Sale hiver à Bulawayo

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La vie est douce à l’ombre des terrasses profondes du quartier toujours fleuri des Jacarandas. Qu’importe la sécheresse au-dehors, les bidonvilles qui n’en finissent de gonfler et la corruption qui ronge le pays, le gin-tonic coule à flot et on trinque à la douceur africaine. Tomas est le roi de Bulawayo, il a tout, une épouse parfaite, des maitresses, de l’argent, beaucoup, et même l’amitié du Président. Mais le vent va tourner, et Tomas, tout perdre.
Publié le : vendredi 30 mars 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748364675
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748364675
Nombre de pages : 124
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Soline de Thoisy
SALE HIVER À BULAWAYO
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0116390.000.R.P.2011.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2011
à Charles Sans
I Petit matin dhiver austral, sec et froid. Tomas roule vite vers son bureau dans son nouveau coupé Mercedes, dernier modèle, vitres teintées et toutes options. Ce joli petit bolide est le seul de sa catégorie sur les routes de la ville, le plus puissant, le plus confortable, le plus élégant, cela va de soi. À Bulawayo, la capi-tale du Bogwane, jeune démocratie de lAfrique Sub-saharienne coincée entre le désert du Kalahari et les hautes montagnes du Kwazulu, les voitures jouent un rôle essentiel dans la société. Elles déterminent le rang, la caste, la race. Avec un peu dexpérience et une bonne faculté dobservation, on peut faci-lement déterminer qui est au volant. Les expatriés des sociétés étrangères roulent en 4X4 familial que les européens achètent en général doccasion au début du contrat, équipés pour le cam-ping, toujours poussiéreux de la dernière virée en brousse. Les expatriés américains eux, préfèrent importer leurs propres véhi-cules. Ils sont un peu risibles avec leur volant du mauvais côté et leurs pièces détachées hors de prix quil leur faut commander à lautre bout du monde à la moindre panne Leurs voitures restent plus soignées que celles des européens. Les américains naiment pas beaucoup partir à laventure, ils jugent irresponsa-bles ces apprentis explorateurs qui entraînent leur progéniture traquer le lion. Les moyens de transport des « locaux » eux, se repartissent en trois groupes distincts. Quatre en fait, si lon inclut celui des plus pauvres, les plus nombreux, ceux qui marchent, sur leurs deux jambes, et sous un soleil de plomb. Ils marchent pour aller
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à lécole, au marché, ils marchent pour tenter de trouver un travail pour la journée, visiter une vieille tante malade ; ils mar-chent tous les jours, sur des distances inimaginables, sans pouvoir même se payer quelques kilomètres en taxi collectif. Juste au-dessus, il y a la classe moyenne, celle des pick-up et des vieilles Toyota Corolla, où lon entasse la famille, les chè-vres, et les auto-stoppeurs qui rentrent au village le vendredi soir. Ce sont les petits blancs, garagistes, nettoyeurs de piscine, bouchers, très travailleurs et solidaires entre eux. Et les noirs, cette « nouvelle classe moyenne » qui rend le gouvernement si fier, prouvant lefficacité de ses réformes, et faisant rêver à la jeune république de sortir un jour du régiment honteux des pays du tiers-monde. Puis viennent les jeunes frimeurs du samedi soir qui roulent en Fiat Polo, ou en petit bolide allemand, que lon retrouve quelques mois plus tard presque immanquablement gagés dans les hangars des banques. Vitres ouvertes, musique à fond, et fausses lunettes de marque sur le nez, ils emballent les petits minets de Bulawayo dans leur auto customisée. Tous nouveaux diplômés de luniversité, déjà endettés, ils épatent les filles et démontrent aux parents restés au village que cest ça, la vraie vie. Et puis enfin il y a lélite, celle qui a réussi et se retrouve le soir au Whisky & Cigar Club ou aux cocktails de telle ou telle ambassade. Ces quelques dizaines dhommes qui contrôlent le pays, les hommes daffaires, les politiciens, et les enfants de ces derniers, qui éduqués dans les meilleures universités américaines rentrent au pays où ils ne savent que brûler la fortune familiale et vivre au crochet du système. Eux, ils conduisent dénormes 4*4 rutilants, des machines surpuissantes, capables de traverser le désert du Kalahari sur une roue. Mais le désert, ces monstres ne lont jamais vu et ne le verront jamais. À Bulawayo, ces énormes engins polluants ne servent pas à explorer le pays, comme leur carrosserie pourrait le laisser penser, non. Elles
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sont seulement le reflet flatteur de leur pilote et de sa position dans la société. Elles sont son image embellie, elles consacrent lépaisseur de son portefeuille, la largeur de son réseau de rela-tion, la jeunesse de ses maîtresses. Voilà pourquoi Tomas tient tant à sa jolie voiture, et à ce quelle reste unique à Bulawayo. Car il est unique ici, Tomas Sandoz, avec sa fortune dodue, ses belles manières en public, ses manières écurantes en affaires. Il est un businessman à succès. Il trait lAfrique, sans aucun complexe, et tant que le lait coulera, il la traira. Il achète les politiciens, ne déclare aucun revenu, ne paie jamais dimpôts. Il prend tout ce quil y a pren-dre. Il na pas détat dâme, il est un businessman. Sa voiture, cest sa fierté. Pas de doute, si un parvenu de la nouvelle élite noire envers laquelle Tomas éprouve un sentiment trouble, mé-lange de crainte et de mépris, savisait de faire importer le même bolide, Tomas achèterait bien sûr immédiatement le modèle au-dessus. Tomas remonte lavenue Joe Slovo, presque déserte ce ma-tin. Il appuie sur laccélérateur pour le plaisir de sentir la vibration du moteur. À lOuest, la lune se couche, énorme et argentée, sur le lointain désert du Namib. Parfaitement syn-chronisé, le soleil se lève de lautre côté de la ville, sur les grandes plaines. Le ciel est pur, le spectacle est grandiose. To-mas sourit, pourtant naturellement peu porté sur la beauté du monde. Il sifflote en écoutant les informations locales sur son autoradio. Lair est vif, son haleine forme un nuage de buée légère. Tomas est de très bonne humeur. Journée bien remplie en perspective, juste comme il aime, un peu de travail, déjeuner en tête à tête avec son fils, puis un golf avec quelques relations bien placées. Et ce soir pour une fois, il se reposera chez lui Tout seul. La perspective enchante Tomas. Ce soir, pas de cocktail, pas de réception diplomatique ou autre inauguration. Pas de femme non plus. Son épouse Elizabeth sort. Elle orga-
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nise un dîsur le statut des femmes dans le pays, entrener-débat femmes justement. Elle et ses amies ont lambition de rédiger un rapport accusateur à remettre à Son Excellence le Dr Banki sur la condition féminine au Bogwane. Elles parcourent les vil-lages depuis des mois, débattent avec les étudiantes de luniversité, les médecins, les pédiatres pour soumettre au Président un plan déducation des femmes sur lhygiène et la sexualité, et les aider à se prendre en main. « Charmante initia-tive qui leur donne bonne conscience et les occupe un peu, sourit intérieurement Tomas. Ça les change de leur club de bridge et de leurs cours de décoration de plateau ». Mais mal-heureusement, Tomas devra très vite les faire renoncer à ce beau projet, ou au moins se permettra-t-il dôter du rapport toute opinion un peu trop controverse. Sa gentille petite femme ne voudrait tout de même pas fâcher le gouvernement avec ses idées féministes Le féminisme, cest bien joli, mais lAfrique na pas besoin de ça se dit Tomas, et surtout pas moi. Oui, il lui en parlera un de ces jours, elle comprendra facilement que son initiative, toute louable soit-elle, pourrait mettre en péril leur statut de notables dans la petite société chic de Bulawayo. Elle ne voudrait pas ça tout de même ? Au besoin, il lui offrira un diamant pour la consoler. Et des roses tous les soirs pendant quelques jours. Ça marche à chaque fois, le coup des roses. Pas dépouse ce soir donc. Pas de maîtresse non plus. Carla est en voyage, Nancy soccupe de ses enfants. Quelle bénédic-tion les enfants, se félicite Tomas, je dois me rappeler de toujours choisir mes maîtresses avec des enfants. Cest essentiel pour quelles ne saccrochent pas trop. En passant devant la villa toute fleurie de Marjorie, il se dit quil pourrait bien lappeler ce soir, elle est rentrée dEurope parait-il et son mari est toujours là-bas. Elle a de bien jolis seins, pas cent pour cent naturels certes, mais jolis. Mais non, elle va encore lui raconter sa vie après lamour, ça lagace davance. Ce soir donc, Tomas
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