Sauvez Diên Biên Phù !

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Novembre 1953, à la veille de la tragédie de Diên Biên Phù, les Français découvrent que le Vietminh possède des missiles sol-air, capables d'interdire le ciel du camp retranché aux avions dont dépend le sort de la bataille. Un commando de la Marine, seule unité disponible, est chargé de localiser et de détruire ces missiles. Au cours de la période d'entraînement qui précède leur entrée en action, les treize hommes qui le composent vont apprendre à se connaître, s'estimer ou se haïr, avant d'être parachutés en pleine jungle et de se lancer dans une traque sans merci. Mais l'ennemi a infiltré le commando, dont l'un des membres est par ailleurs tombé amoureux d'une taxi-girl au comportement équivoque. Pas forcément la meilleure façon d'aborder une opération déjà très délicate !
Publié le : vendredi 26 février 2016
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EAN13 : 9791026204251
Nombre de pages : non-communiqué
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Max Hailier Sauvez Diên Biên Phù !
© Max Hailier, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0425-1
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Avertissement Ce roman est une fiction tout droit sortie de l'imagination de l'auteur. Il ne saurait donc y avoir la moindre ressemblance entre la réalité et les personnages ou événements évoqués ici… A ceci près que la bataille de Diên Biên Phù a bien eu lieu.
Première partie : le Masque
L’Indochine en 1953
PrOlOgue
Mercredi 18 novembre 1953 : 10 h 30…
Ce jour-là, un front de mousson traversait l'Indochine, recouvrant le pays d'un manteau de grisaille dont les franges liquides, après avoir balayé la baie d'Along, dérivaient lentement vers la pointe de Ca Mau. Malgré les apparences, la saison sèche venait de commencer.
Quelque part dans le delta tonkinois, cinq fusiliers marins progressaient sur une diguette. Ruisselants et transis, ils formaient l'avant-garde du commando Pétrel et fouillaient la rizière à la recherche de ces Viets qui, depuis 1941, luttaient pour évincer les Français du pays. Soudain, le quartier-maître radio Smelowsky trébucha et faillit tomber, entraîné par le poids de son émetteur-récepteur. — Merde ! grogna-t-il.
Kien Phuc, un petit Vietnamien qui portait les galons dorés de second maître, se retourna.
— Ta gueule, Smel !
— Merde ! répéta Smelowsky, buté.
L’incident fit rire l'homme de tête, un Basque brun et vif, qui se nommait Hasparren. Sans cesser d'observer les alentours, il laissa passer le quartier-maître Ben Djasir et attendit que la robuste carcasse de son copain Linfant, infirmier de son état, arrive à sa hauteur pour lancer :
— Eh, Toubib ! II aurait pas un peu picolé, le Smel ? On dirait qu'il a du mal à tenir sur ses pattes de derrière. re Un sourire éclaira la face sombre du quartier-maître de 1 classe Linfant, natif de Basse Pointe, en Martinique. — Possible. Je vérifierai mon flacon d'alcool à la pause. On ne sait jamais, avec ces Polaks...
— Ho, les mecs ! fit le radio dont nul n'ignorait l’origine polonaise. Vous savez ce qu'ils vous disent, les Polaks ?
— On s'en fout ! piailla Kien Phuc. Avance !
Et ils reprirent leur marche sous l'œil indifférent d'un buffle qui ruminait paisiblement, vautré dans sa vasière, insensible aux rafales qui lui cinglaient le cuir… Au même moment, en mer de Chine, le porte-avions Avranches se préparait à lancer 1 e deux Hellcat F6F de la 56 flottille embarquée. Le temps était gris, la houle forte. De la passerelle d'aviation, le lieutenant de vaisseau Cajac, commandant la 56.F, suivait les préparatifs avec inquiétude. Là-haut, dans les montagnes, la météo était encore plus mauvaise, et il se demandait si le second maître Cartier, l'un des pilotes qui s’apprêtaient à décoller, n'était pas un peu jeune pour voler par ce temps.
Le capitaine de corvette Le Guen, un Malouin pur jus, qui arborait souvent lejiletenn brodé des Bretons sous sa veste d’uniforme, et qui remplissait à bord la fonction de chef des opérations aériennes, devina son souci.
— Ne soyez pas si nerveux, dit-il. Tout ira bien.
Cajac ne répondit pas. Il écoutait le vent siffler dans la mâture tandis que les moteurs rugissaient en faisant leur point fixe. Le Guen n'insista pas. Il sortit son paquet de Bastos, en extirpa une cigarette informe qu’il porta à ses lèvres sans l’allumer. Au même instant, les haut-parleurs clamèrent dans tout le bord :
— Catapultage annulé. Catapultage annulé.
Puis, une seconde plus tard :
— Les avions au hangar ! Soulagé, Cajac rejeta sa casquette en arrière, poussa un soupir et sourit enfin à Le Guen... Plus bas, dans les entrailles du navire, le capitaine de corvette Lemercier leva la tête à l’annonce des haut-parleurs. D’un geste machinal, il rajusta le monocle noir qui masquait le vide de son orbite droite et murmura :
— Bien ! Très bien !
Puis il reprit l’examen de la carte qu'il étudiait. Son œil unique, un peu bridé, se posa sur la vallée de la Nam Youm, que les avions de l’Avranches survolaient depuis six jours : dix-sept kilomètres sur cinq en plein pays thaï. L'état-major voulait implanter là une base avancée, mais Lemercier, qui connaissait l'endroit, désapprouvait le projet.
L’officier borgne traça un cercle rouge autour du principal village de la vallée : Diên Biên Phù. Tout allait se jouer là ; il en était certain... Pendant ce temps, à quelques kilomètres de Laï Chau, capitale fédérale du pays thaï, le jeune Ong Long écoutait tomber la pluie tout en rêvant de riz chaud, et de filles rieuses aux cheveux enserrés dans des turbans de soie. Soudain, un nouveau venu entra dans la paillote qui servait de QG au maquis Ananas et le tira de sa torpeur. L’homme était trempé. Il s’approcha du foyer où brûlait un grand feu, ôta sa chemise, qu’il tordit et suspendit à une poutre, avant de s'accroupir devant les flammes, son fusil entre les jambes.
— J'arrive de Laï Chau, dit-il alors en thaï. Le Vietminh approche et les Français ont peur. 2 Le sergent du GCMA , qui commandait ce groupe de partisans, sortit la tête de son hamac. — La ferme, Sàu ! Personne n'a peur à Laï Chau !
Sàu baissa le nez mais répéta, en français cette fois : — C'est quand même les Viets venir, sergent. Beaucoup les Viets. Ça pas bon pour 3 Nguôi Phâp. Eux, la trouille ! Le sergent haussa les épaules et renonça à discuter, mais Ong Long, que la nouvelle intéressait, demanda :
— Tu es sûr que les Viets arrivent ? — Sûr ! Le garçon revit le corps supplicié de son père. Il caressa son fusil et sourit… Bien plus au sud, dans un faubourg de Saïgon, des aboiements réveillèrent Thi Lan. — Oh, non, marmonna-t-elle. Pitié !
Elle n'avait pas beaucoup dormi et se sentait la bouche pâteuse. Combien de nuits avait-elle déjà passées au Grand Monde, à fumer, boire et danser avec des inconnus qui louaient ses services comme ceux d'un cyclo-pousse, le temps d'un slow ou d'une coupe ? Deux cents, trois cents ? Elle ne savait plus.
Elle quitta le cadre de bois qui lui servait de lit et gagna la lucarne d'où l'on découvrait l'arroyo de l'Avalanche et le Jardin botanique. II pleuvait, l'air était chargé de miasmes et elle vit
un gros rat plonger dans les eaux brunes. Un instant, elle se prit à rêver aux beaux quartiers de l'autre rive ; un monde qui, naguère, était le sien !
Elle alla prendre une limonade dans la glacière. La sueur faisait luire son torse nu, accusant le léger relief de ses seins dont les pointes dardaient comme des boutons de roses. La bouteille plaquée sur la poitrine, elle revint s'allonger et resta un moment immobile, l'œil rivé au plafond, savourant la fraîcheur du verre sur sa peau… Il faisait également très chaud quand le lieutenant de vaisseau et néanmoins vicomte Pierre-Henri Du PIessis-Grandière déboucha sur le pont du Gardian ; un transport de troupes, qui reliait Marseille à Saïgon et relâchait pour l'heure en rade de Colombo. Le vicomte repéra de suite le maître fusilier marin commando Schoffen, accoudé à la rambarde. Il s'assura que l'insigne de son béret vert était bien à l'aplomb de sa tempe gauche, conformément à la tradition héritée des Britanniques, lissa du bout de sa badine sa courte moustache rousse, et lança :
— Eh bien, maître, on admire le paysage ? Schoffen redressa son mètre quatre-vingt-dix, tourna vers lui ses yeux de porcelaine et répondit avec un fort accent alsacien : — On peut dire les choses comme ça, capitaine.
— Alors c’est bien. Première escale à Colombo ?
Le grand blond sourit, ce qui eut pour effet d'étirer la balafre qui lui sabrait la joue. Du Plessis venait comme lui des nageurs de combat du commando Robert, et connaissait donc parfaitement son histoire. Il répondit néanmoins brièvement qu'il était déjà passé là en 1945 et 1950 ; à l'aller et au retour de son premier séjour en Indochine.
— Bigre ! fit le vicomte. Cinq ans d’affilée ! Vous…
Il fut interrompu par l’arrivée de deux autres commandos de Robert : les quartiers-maîtres Guillou et Santini. Le premier était un Breton râblé que ses camarades appelaient affectueusement Plouc ; le second, un Niçois sec et nerveux. Ils posèrent le vin, le pain et le fromage qu'ils portaient. Santini y ajouta un saucisson qu’il tira de son blouson, puis Guillou claironna, après avoir calé d’un coup de langue sa chique de tabac entre joue et gencive :
— Casse-croûte ! — D’où vient ce saucisson, Ange ? demanda le vicomte, surpris par ce supplément imprévu. — Saucisson ? ricana Santini en s'en coupant une large tranche. Quel saucisson ?
Du Plessis aurait dû relever l’insolence. Il préféra l’ignorer. Après tout, ces hommes étaient habitués à vivre sur le pays ! Et puis, il aimait tant frayer ainsi chaque matin avec ses ouailles, comme il disait, qu’il ne tenait pas à se priver de ce plaisir pour une simple histoire de saucisson. Alors il se servit à boire. Le vin était infect.
Dépité, il se rabattit sur le vieux fume-cigarette qu'il mordillait à longueur de journée, et se le planta entre les dents. — Faites excuse, cap'taine, s’enquit alors Guillou, mais y vous sert à quoi, ce truc, puisque vous fumez plus ? Du Plessis rit et répondit que le « truc » l'aidait justement à lutter contre le manque.
— Ah ! fit simplement le Breton.
Il médita la réponse un moment, puis reprit :
— Et vous sauriez pas où qu'on est affectés, des fois ? — Eh bien, mon Dieu, il me semble bien avoir entendu parler d'une Division navale
d'assaut, répondit Du Plessis. Quelque part au Tonkin, je crois.
Santini jura comme on jurait à Nice et bougonna :
— J'aurais préféré le Sud, les mecs ! Parce qu'au Tonkin, on va en chier !... En France, il faisait encore nuit. Le mistral qui soufflait sur l'île du Levant avait chassé les nuages du ciel, et des millions d’étoiles brillaient au firmament, mais l’air était glacial. Au cœur de l'île, dans sa petite chambre du Centre d'Essais de la Méditerranée, l'ingénieur principal Raymond reposait bien au chaud. La veille, il avait téléphoné à sa femme pour lui demander de réserver quelque chose en montagne pour Noël, avec leur fille.
Il y avait déjà plusieurs jours que l'ingénieur rêvait de sapins verts et de pentes neigeuses.
Il ignorait encore qu'il passerait Noël sous les tropiques, par trente degrés à l'ombre...
Jeudi, 19 novembre 1953.
Notes liminaires
Note du GCMA au bureau Opérations des Forces terrestres du Nord Vietnam.
Objet : effets d’une éventuelle annulation de l’opération Castor (occupation de Diên Biên Phù). L'opération, initialement prévue pour le 18, puis remise au 19 en raison du mauvais temps, vient d'être à nouveau reportée et pourrait même être annulée si les conditions météo ne s'amélioraient pas dans les vingt-quatre heures. Le GCMA tient à souligner que cette annulation, cinq mois après l’évacuation de Na San, serait perçue comme un abandon par les populations thaïes, et comme un signe de faiblesse par le Vietminh, dont un régiment se trouve déjà à Diên Biên Phù. Plus rien n’empêcherait alors l’ennemi d'occuper Laï Chau, d’anéantir nos maquis de haute région et de s'emparer des réserves locales de riz et d'opium. Il serait également en mesure d'envahir le Laos, qui vient tout juste d'adhérer à l'Union française et que nous nous sommes solennellement engagés à défendre.
Le GCMA insiste donc respectueusement pour que l'opération Castor soit maintenue.
Signé : chef de bataillon Chastegny Vendredi 20 novembre 1953.
Réponse du bureau Opérations des Forces terrestres au Nord Vietnam.
Objet : votre message du 19/11/1953. La météo s’étant considérablement améliorée, l'état-major vient de déclencher l’opération Castor. Le GAP1 (groupement aéroporté n°1), a été parachuté ce matin. Il sera suivi par le e e GAP2 et le 5 BPVN (5 bataillon de parachutistes Vietnamiens). Signé : colonel Jan
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