Scènes

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'Quand un homme et une femme sont mariés, ils ne font plus qu'un ; la première difficulté est de décider lequel.'
H.L. Mencken.
Qui, de l'homme, Pierre, ou de la femme, Anna, soumet l'autre, l'absorbe, le phagocyte, le recrée à sa propre image dans le miroir déformant des mots? Lequel des deux impose son 'un'? L'un, puis l'autre, accomplissent ce forfait conjugal. Verbatim. Avec passion, minutie et véhémence. La bande-son des scènes est un rempart contre l'oubli. Mais elle est lacunaire, remontée, truffée de bruits parasites et de paysages sonores qui viennent en perturber l'écoute. À deux, Pierre puis Anna génèrent un diptyque où l'épouse efface consciencieusement les traces laissées par son mari dans son carnet bleu. L'auteur s'en lave les mains ou se cure les ongles, laissant
au seul lecteur le soin de répondre à la difficulté soulevée par Mencken : lequel des deux 'ne fait plus qu'un' du couple? Lequel n'en fait qu'une bouchée?
Publié le : lundi 2 mai 2016
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EAN13 : 9782818039502
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« Quand un homme et une femme sont mariés, ils ne font plus qu’un ; la première difficulté est de décider lequel. »

H.L. Mencken.

 

Qui, de l’homme, Pierre, ou de la femme, Anna, soumet l’autre, l’absorbe, le phagocyte, le recrée à sa propre image dans le miroir déformant des mots ? Lequel des deux impose son « un » ? L’un, puis l’autre, accomplissent ce forfait conjugal. Verbatim. Avec passion, minutie et véhémence. La bande-son des scènes est un rempart contre l’oubli. Mais elle est lacunaire, remontée, truffée de bruits parasites et de paysages sonores qui viennent en perturber l’écoute. À deux, Pierre puis Anna génèrent un diptyque où l’épouse efface consciencieusement les traces laissées par son mari dans son carnet bleu. L’auteur s’en lave les mains ou se cure les ongles, laissant au seul lecteur le soin de répondre à la difficulté soulevée par Mencken : lequel des deux « ne fait plus qu’un » du couple ? Lequel n’en fait qu’une bouchée ?

 

Pierre Glendinning

 

 

Scènes

 

 

Diptyque traduit de l’anglais (Erehwon)

par Anna Marbœuf

 

 

P.O.L

 

 

33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 6e

 

« La langue n’a pas d’os, mais elle les brise tous. »

Proverbe sicilien

 

« Dans les froides cours de justice, la lente raison requiert des serments et des actes authentiques ; mais dans les chaudes sessions du cœur, la moindre étincelle de souvenir suffit à allumer un tel brasier de preuves que la conviction s’en trouve illuminée dans tous ses recoins, comme une ville à minuit par un édifice en feu qui projette de tous côtés ses brandons rougis. »

Herman Melville, Pierre ou les Ambiguïtés

 

« Attention au bourgeonnement, écrire plutôt pour court-circuiter. »

Henri Michaux

 

PROLOGUE

 

Il est neuf heures du soir. Anna, ma belle épouse, Sarah, notre fille de quatre ans, et moi revenons d’un mois de vacances à Amorgos, une île des Cyclades. Un mois de bonheur presque parfait, sans disputes, ou si peu, seulement quelques anicroches bénignes, des agacements passagers, vite oubliés, dilués dans le plaisir d’être ensemble au soleil, à deux pas de la mer, au milieu d’une nature sauvage, parmi les araucarias, les lauriers, les bougainvillées, les tamaris, les figuiers, les citronniers, les pins et les rosiers, bercés par cette conviction sans cesse renouvelée, telle une promesse chaque jour tenue, qu’un lien mystérieux et essentiel, une cohésion, une complicité vitale renaît entre nous trois, se renoue en chacun de nous et ravive l’ancien pacte avec le monde.

Un mois passé en compagnie de vieux amis que nous retrouvons chaque été en Grèce, à nous baigner, explorer les fonds marins, pêcher des oursins, ramasser du sel dans les rochers, visiter des villages haut perchés, marcher en montagne sous de vertigineuses falaises où des chèvres acrobates mouchetaient les versants arides couverts de buissons d’épineux et de chênes verts, notre fille au sourire ravi trônant sur un vieil âne brinquebalant qui posait un sabot délicat après l’autre sur les pierres de l’étroit sentier. Un mois à dîner tous les soirs en bord de mer dans de petits restaurants, savourer du poulpe braisé, des fritures de poissons, du poulet grillé, du fromage de chèvre et des salades grecques, en buvant du retsina ou du vin blanc local. Un mois au soleil où Anna et moi avons souvent fait l’amour le matin au réveil, durant la sieste crapuleuse de l’après-midi, ou encore le soir, légèrement éméchés ou très ivres, en tout cas euphoriques après les nombreux petits verres d’ouzo dégustés avec nos amis sur la terrasse de la pension où nous logions tous.

La veille de notre départ en Grèce, j’avais confié les clefs de la maison à Christophe, un entrepreneur qui est aussi un vieux copain. Avec son équipe à géométrie variable de plombiers, maçons, électriciens, carreleurs, peintres et autres plaquistes, il devait profiter de notre absence pour aménager à l’entresol une salle de bains dans un grand local qui, jusque-là, servait de débarras. Durant le mois que nous venons de passer à Amorgos, j’ai communiqué régulièrement par téléphone avec Christophe. Il m’a chaque fois assuré que les travaux avançaient bien et que tout serait terminé pour notre retour.

Il est neuf heures du soir et je gare la voiture devant la maison. Nous sommes fatigués après douze heures de voyage. Pourtant, Anna et moi avons hâte de découvrir cette nouvelle salle de bains qui, un peu magiquement, se sera construite en notre absence. Sarah dort dans son siège enfant. Je la prends dans mes bras, ouvre la porte d’entrée, puis je la transporte dans sa chambre et la mets au lit sans qu’elle se réveille.

Anna a déjà rejoint la nouvelle salle de bains. Je l’entends s’écrier avec enthousiasme :

« Ah, mais c’est magnifique ! »

Je la retrouve au seuil de la pièce flambant neuve et partage aussitôt sa joie : la grande vasque du lavabo me semble très belle, l’éclairage luxueux, la baignoire spacieuse, le carrelage posé avec soin, le faux plafond aussi. Les couleurs s’accordent agréablement, la réalisation de l’ensemble dépasse tout ce que nous avions espéré en dessinant les plans de cette salle de bains dont nous rêvions depuis longtemps. Bref, nous sommes ravis du résultat et très heureux d’avoir mené à bien ce projet, comme si Christophe et son équipe s’étaient contentés de nous donner un bref coup de main déjà oublié. On dirait un cadeau que nous nous serions offert pour fêter notre retour, dont la maison serait l’emballage ou l’écrin. Cette splendeur immaculée, que je trouve aussitôt digne de figurer dans la vitrine d’un magasin de design d’intérieur ou d’agrémenter les pages d’une revue de décoration, remplace le capharnaüm de l’ancien débarras poussiéreux et l’efface presque dans nos souvenirs, tant cette propreté, cette élégance, cette fonctionnalité chromée, laquée, carrelée, contrastent avec les vieilleries crasseuses qui, avant notre voyage en Grèce, s’entassaient ici. Une telle métamorphose, qui me rappelle soudain la citrouille de Cendrillon transformée en carrosse d’un coup de baguette magique, me semble irréelle, miraculeuse, et je me dis que la fatigue fait volontiers le lit de l’exagération.

Quand Anna actionne la poignée du mitigeur, l’eau chaude jaillit à flots dans la vasque. Puis elle fait marcher la douche de la baignoire, passe la main dans le puissant jet tiède. Elle se tourne vers moi avec un large sourire et lance :

« Enfin, Sarah va pouvoir prendre des bains ! Nous aussi. Tous les deux ! Ça te dit ?

– Mais oui », je réponds avec entrain.

Nous retournons à la voiture récupérer notre unique valise et nos sacs Tati – l’an dernier, Anna m’a expliqué que le sac Tati, mou et compressible, est idéal pour se conformer astucieusement au règlement vexatoire des compagnies low-cost refusant en cabine tout bagage autre que dérisoire. Je verrouille la voiture, puis, épuisés mais ravis de notre séjour en Grèce et de cette salle de bains tombée du ciel comme une splendide cerise sur le gâteau de nos vacances, Anna et moi posons nos bagages dans l’entrée. Presque de concert, nous poussons un grand soupir de soulagement un peu exagéré : le voyage est fini, la salle de bains magnifique.

Je franchis la porte du salon, allume une lampe et goûte au plaisir délicieux de retrouver, après un mois d’absence, un lieu que je connais presque aussi bien que mon corps, qui en est une sorte de prolongement ou de prothèse spatiale, une pièce où je pourrais déambuler les yeux fermés, mais qui, à présent, me semble agréablement étrangère, ou plutôt nouvelle, comme si je la voyais pour la première fois, avec un regard neuf, déshabitué du quotidien. Je devine que cette impression grisante, à la fois trompeuse et saisissante, car plus réelle que les sensations atrophiées accompagnant l’usage des lieux au jour le jour, ne va pas durer, qu’il me faut en profiter, à la fois la savourer et en prendre mentalement bonne note, avant qu’elle s’émousse, que l’illusion se dissipe, que la répétition des gestes et l’usure du temps érodent l’acuité de ma sensation, avant que la nouveauté éphémère, enivrante, de cette pièce pourtant connue et habitée depuis longtemps sombre dans la routine. C’est une ivresse fugace, un état second où les lieux et les objets paraissent révéler brièvement leurs vrais contours, leur nature profonde.

Si j’aime les voyages, c’est bien sûr comme tout le monde pour découvrir d’autres pays, des langues, des climats, des paysages, des manières de vivre différents. Mais pour moi, le plus grand bonheur, le vrai dépaysement, l’authentique exotisme, je les connais en rentrant chez moi, quand je redécouvre tous les éléments de mon quotidien, lavés, dépoussiérés, décrassés de leur usage répétitif et de cette familiarité qui d’ordinaire les rendent quasi invisibles. Au seuil du salon, je me demande un instant pourquoi les agences de voyages ne vantent jamais le charme incomparable du retour chez soi : à promouvoir cette expérience exotique mille fois plus émouvante que celle de n’importe quel pays lointain mais globalisé par l’industrie touristique, elles gagneraient sûrement de nombreux clients. Ulysse retrouvant Ithaque après ses années d’errances m’a toujours bouleversé : même si tout a changé autour de lui, le héros de l’Odyssée déguisé en mendiant pour passer inaperçu reconnaît tout, et personne ne reconnaît le roi. Pour lui, tout est nouveau, et plutôt deux fois qu’une : d’abord parce qu’après une si longue absence les gens ont vieilli ou disparu, les pierres sont usées, les arbres ont poussé ou sont morts. Ensuite, Ulysse rentrant chez lui ressent ce dépaysement dont je viens de parler et qu’à ma modeste échelle de vacancier mensuel je savoure à mon tour.

D’un autre côté et presque à l’inverse, ce retour au bercail m’assure tout aussi délicieusement que ma mémoire est intacte, car je retrouve avec plaisir et reconnaissance tous les meubles et les objets du salon – ce qui bien sûr n’est pas le cas d’Ulysse qui partout constate les ravages du temps. Ainsi, je goûte cette satisfaction contradictoire qu’on tire du caractère à la fois faussement nouveau et trompeusement éternel des objets et des lieux. Même si je sais abstraitement que dans quelques années ou quelques décennies tout cela aura disparu, et moi avec, le retour de voyage moderne est un moment unique où je préfère oublier cette évidence désagréable et saluer l’endroit inchangé où je vis ainsi que toutes les choses qu’il abrite, miraculeusement nouvelles et solidement ancrées dans le passé, chacune à sa place prescrite, identique à elle-même et paraissant m’attendre, tel un précieux gage de la continuité du temps.

Voilà ce que je ressens en entrant au salon après un mois d’absence : un bonheur d’autant plus grisant qu’il m’est offert sans contrepartie, presque en contrebande ou en sous-main.

Dans l’angle du salon, le ficus en pot me semble néanmoins avoir grandi. Je m’en approche, touche quelques feuilles et constate avec distraction que leur texture a changé, comme si ce n’était pas exactement la même plante qu’avant. Pour en avoir le cœur net, je rejoins le buffet, tends la main à la recherche de l’interrupteur de la lampe qui, je le sais, se trouve sur le fil électrique, le long du meuble, à une vingtaine de centimètres du socle. Il n’y a pas d’interrupteur. Mes doigts tâtonnent en vain le long du cordon. Je me baisse pour examiner le fil, constate étonné qu’il ne comporte aucune olive en plastique blanc. Je me redresse, considère la lampe d’un air perplexe, puis découvre un interrupteur qui, sur le socle en acier chromé, se dresse tel un minuscule doigt métallique au bout renflé. Je le fais basculer machinalement, sans m’interroger davantage sur l’absence de l’olive, une erreur de jugement que j’attribue à la fatigue ou à une légère défaillance de la mémoire.

La lampe s’allume, rassurante, et dans cette lumière nouvelle, je retourne auprès du ficus, l’examine, en tâte les feuilles. Aucun doute cette fois, la plante verte n’est pas tout à fait la même que celle qui était là avant notre départ. Mais, niant l’évidence des sens, le témoignage du souvenir ou encore les deux, je préfère oublier cette découverte, invoquer distraitement la lassitude ou mon récent émerveillement face à ce salon à la fois tout neuf et presque éternel. Et puis, n’avons-nous pas une splendide salle de bains ? À quoi bon bouder mon plaisir à cause d’un détail dérisoire, d’autant plus infime qu’il est inexplicable ?

Venant de la cuisine, j’entends alors la voix stupéfaite d’Anna :

« Le grille-pain… la bouilloire… le four micro-ondes… Pierre, viens voir ! Pierre ! »

Je la rejoins dans la cuisine éclairée, regarde autour de moi sans rien remarquer d’anormal. Anna me dit alors d’un air consterné, en écartant largement les bras :

« Ce ne sont pas les nôtres.

– Comment ça, pas les nôtres ? Moi, je les reconnais.

– Non. Tu ne vois pas qu’ils sont neufs ?

– C’est vrai qu’ils ont l’air neufs. Mais nous les avons achetés il y a moins d’un an. Sans doute que la femme de ménage les a bien astiqués en notre absence. »

Anna me dévisage d’un air excédé, comme si je m’entêtais à ne pas voir, à nier l’évidence et à la contredire, peut-être dans le seul but de la contrarier. Puis elle me tourne le dos pour ranger dans les placards ou au réfrigérateur les produits que nous avons rapportés d’Amorgos : deux bouteilles d’un excellent ouzo, de la viande de chèvre séchée, du miel local, de la confiture d’églantines, de l’huile d’olive, un sac plastique contenant le sel de mer ramassé dans les rochers, un Tupperware rempli de coquilles d’oursins.

Je retourne au salon. Pour fêter nos vacances et le parfait succès de ce que j’appelle « l’opération salle de bains », j’ai envie d’écouter de la musique, un morceau de Sonic Youth qui me trotte dans la tête depuis des semaines. Je savoure déjà le plaisir d’entendre enfin ce morceau obsédant, tout en me délectant de ma légère ivresse due à la fatigue et à ce bizarre dépaysement : être chez soi comme à l’étranger, dans un nouveau logement où l’on vient d’emménager, où tous les objets sont neufs et pareils à de vieux amis qu’on retrouve après les avoir perdus de vue.

Je rejoins la chaîne stéréo encastrée dans la bibliothèque, tends instinctivement la main vers l’endroit où, je le sais, se trouve le bouton on/off de l’ampli. Mon doigt rencontre seulement une paroi métallique lisse et noire, que je regarde sans la reconnaître. C’est un ampli Sony, comme le mien, mais ce n’est pas le même. Les boutons de commande de celui-ci se trouvent à gauche, et non à droite comme, j’en suis certain, c’était le cas avant notre départ. J’y mettrais ma main au feu. J’ai tellement l’habitude de les manipuler, ces boutons, que je peux allumer mon ampli dans l’obscurité, aussi naturellement qu’on enfile ses chaussures sans les regarder, qu’on se gratte la hanche ou se frotte l’œil.

Saisi d’une brusque appréhension, je me retourne vers le salon. L’héroïne entend un bruit suspect dans son dos, elle pivote lentement, découvre un homme encagoulé brandissant un long couteau, elle porte les mains à sa bouche, écarquille les yeux, pousse un cri strident, le couteau s’enfonce dans sa gorge, elle meurt. Cette scène de film vue mille fois et encore plus souvent remémorée me fait rire tout bas. Il n’empêche, je ne suis pas rassuré. J’observe maintenant avec méfiance cette pièce que je connais pourtant par cœur. Soudain, elle semble receler une étrangeté qui contredit le souvenir que j’en ai, une nouveauté menaçante incompatible avec ma récente euphorie. Je suis brusquement à l’affût de tout ce qui, pour une raison inconnue et qui me dépasse, aurait pu y changer. En même temps, je n’y crois pas. Cédant à une lâcheté que je préfère ignorer, je m’efforce de me convaincre que cette impression absurde de changement ou de métamorphose de certains objets – le ficus, l’interrupteur, l’ampli – s’explique par l’absence, la fatigue, une amnésie passagère.

L’envie d’écouter le morceau de Sonic Youth qui, plus que jamais, me trotte dans la tête contribue à me distraire de mes soupçons. Je me retourne vers la chaîne, allume le lecteur de CD, constate avec soulagement qu’il ressemble beaucoup à celui que je connaissais un mois plus tôt. Non seulement il lui ressemble, mais c’est mon lecteur, cet appareil que – je m’en souviens très bien – j’ai acheté il y a deux ans dans une grande surface en compagnie d’Anna. Ce jour-là, un samedi, il y avait une promotion sur ce modèle normalement hors de prix. Je me souviens aussi qu’il pleuvait à verse et que les magasins étaient bondés de clients et de badauds venus s’y réfugier pour échapper à l’orage.

Cette édition électronique du livre Scènes de Pierre Glendinning a été réalisée le 26 avril 2016 par les Éditions P.O.L.

Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage (ISBN : 9782818039496)

Code Sodis : N81749 - ISBN : 9782818039502 - Numéro d’édition : 299323

 

 

 

Le format ePub a été préparé par Isako
www.isako.com
à partir de l’édition papier du même ouvrage.

 

Achevé d’imprimer en mars 2016
par Imprimerie Floch

N° d’édition : 299322

Dépôt légal : avril 2016

 

Imprimé en France

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