Semaine sainte

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Avoir un martyr parmi ses ancêtres donne-t-il la possibilité d’entretenir une certaine connivence avec la mort ?

Markus Sigmaringue, qui s’est installé en Corse, est toujours persuadé que c’est possible lorsqu’il décide de retourner vivre sur le continent.

Sa dernière semaine passée sur l’île, une semaine sainte d’avril, lui permettra-t-elle de voir la réalité d’une façon différente ?

Une révélation, en quelque sorte.

Publié le : lundi 21 janvier 2013
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EAN13 : 9782952865081
Nombre de pages : non-communiqué
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I  Alors qu’il s’efforçait de la dessiner dans un de ses cahiers d’écolier, Markus Sigmaringue eut, un jour, l’idée de rajeunir l’image de la mort.  Après avoir mis la faux de côté, il raccourcit le linceul et imagina un sourire. Puis il ajouta des socquettes et une corde à sauter pour lui donner l’apparence d’une petite fille de son âge à qui il ferait des confidences. Enfin, hésitant sur le bas-ventre et à court d'imagination, il coloria la tunique.  Comme l’on pouvait s’y attendre, au lieu de fortifier son attention sur les fins dernières, l’allégorie aux tresses exacerba surtout ses penchants pour le sexe des filles. En fait, Markus ne connaissait pas encore le sens des mots et ses coups de crayon ne ressemblaient qu’à des gribouillis.  Néanmoins, avec son dessin, le jeune Sigmaringue avait acquis une certitude : la mort cessait d’être le voleur de l’Apocalypse qui vient à l’improviste et vous glace. Entre eux, une connivence était née.  Ainsi, arrivé maintenant sur ces rivages où les parents, en nous disant adieu, semblent
murmurer dans une langueur cruelle « prépare-toi, tu es le suivant » il pouvait, comme aujourd’hui, proposer à son allégorie de faire, en sa compagnie, quelques pas entre les tombes.  Markus connaît deux cimetières. Celui du couvent de la Visitation, en Haute-Savoie, près duquel certains de ses parents ont été enterrés. Et, sur cette île de la Méditerranée où il vit encore, celui de la Colline-du-vent dans lequel il piétine depuis une heure.  Paysage calme. Brume des montagnes à châtaignes. La mer toute proche. Et, deux doigts sous la première crête, le couvent d'Olmeto que les Capucins, revenus après trois cents ans d’absence, ont entrepris de restaurer.  Aimant changer de domicile, Markus a toujours transporté ses morts avec lui, sans difficulté. Ne s’encombrant, à vrai dire, que des deux ou trois galets de faïence qui contiennent les cendres de ses chiens et de ses chats.  Mais ce matin, mardi des Rameaux, la donne change. Ses repères disparaissent. Des spécialistes entreprennent la réduction du corps de sa mère.  Cérémonie macabre et mots cruels. Mais, à son avis, manipulation moins abominable que celle de la crémation des humains pour laquelle il ne se sent pas préparé. Et, référence archéologique à l’appui, assez conforme au
retour à l’état fœtal. A la satisfaction d’imaginer un squelette lové dans une jarre. Avec tendresse. Sans horreur.  Ayant décidé de retourner vivre sur le continent, Markus souhaite, en effet, garder à proximité de chez lui la dépouille de celle qui l’a si souvent déconcerté et qu’il a tant aimée.  Notes décalées d’un glas. Dix fois. Ou plus. Puis silence. Et reprise. L’employé municipal qui s’appuie sur le plus long manche de pelle montre le cercueil que ses collègues sortent du caveau.  — Vous ne devriez pas rester. Allez attendre au parloir. Nous vous préviendrons lorsque nous aurons terminé.  Mais avec les mères, y a-t-il jamais une fin ? La preuve, les histoires qui roulent, depuis si longtemps, sur l’adorable Jocaste. Oedipe et son train. Les bibliothèques d’aventures, de contes et de légendes qui nous les rendent si familiers.  Certes, lorsque Markus était enfant, sa mère l’avait souvent décontenancé. Peut-être l’avait-elle trop provoqué. De son côté, l’avait-il trop désirée, certaines nuits, quand elle était seule. Qu’il partageait son lit. D’autres petits garçons n’ont pas eu cette chance.  De ce temps d’enfance, survivait en lui le souvenir d’esprits chahuteurs et bavards. De
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