Si je t'oublie...

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La traversée de Félix, enfant qui aurait dû être heureux, à la recherche de son père exilé volontaire dans un monde violent et lumineux.En chemin, il va se réconcilier avec l'histoire, l'absence et le départ, les errances froides de celle qui l'a portée. En chemin, il posera ses questions.Dépassant les violences et la souffrance retournée contre soi, Félix trouvera la parole, Jacob trouvera son fils. Revenant au sacrifice originel, ils affronteront ensemble l'exigence du lien et la nécessité de la filiation.
Publié le : mercredi 15 juin 2011
Lecture(s) : 120
EAN13 : 9782748177428
Nombre de pages : 221
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Si je t'oublie...
Frédéric Abergel
Si je t'oublie...
Roman
Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2006 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-7743-6 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748177435 (livre numérique) ISBN : 2-7481-7742-8 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748177428 (livre imprimé)
1 Depuis vingt ans, Jacob vit de partage. Ses mains sont prises à donner et son cœur bat au rythme de sa charge. La loi est présente dans tous ses matins, toutes ses nuits, quand il se lève et compte ses frères, quand il se couche après les avoir passés en revue, ses frères d’un sang ancien, frères de noblesse partagée, enfants du désert qui les a réunis. La fratrie des Hébreux revenus au pays. Dans sa pratique, Jacob a trouvé la raison de vivre. Fasciné par le peuple qui a traversé le désert sans se détruire, par ses lois innombrables élevées au-dessus de la terre, il a découvert la survie digne de sens. La ritualisation des piliers de la vie donne beauté et couleur aux naissances, croissances, mariages et morts. Il a trouvé, dans le don du nom et l’honneur de la circoncision, un métier infaillible. Le premier de ses passages est resté le plus beau. Il peut encore goûter l’adrénaline
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rapidement évacuée – l’angoisse – parfaitement contrôlée – et la joie de la réussite. C’était un petit Jean-Jacques, né de parents français à peine émigrés en Israël, qui allait être renommé Isaac. Prénom que Jacob avait prononcé à la lettre aux parents joyeux et inquiets, le « Yi » intense et le « Kh » aéré pour bien montrer où vivrait leur enfant. Le père avait accompagné Jacob dans la chambre du bébé. Entre les mains de sonmohel, le bébé semblait à l’aise. Il ne pleurait pas. Il regardait. Jacob savait ce que Yitskhak voyait : un visage barbu à la forte mâchoire. Il n’y avait plus d’eau utérine, plus de chaude mère, plus de mains délivreuses, il y avait un os carré avec un menton au bout, le tout recouvert d’une broussaille noire et bouclée. Et les dents, qui brillaient dans l’attente. Jacob avait tourné le nouveau-né d’un quart de tour, sa tempe au duvet rosé plus facile à contempler que l’intensité des yeux noirs. Après l’avoir déshabillé, il l’avait jaugé : les bourses étaient un peu sorties, le sexe long et souple : celui-là serait facile… pour une première fois. Quand Jacob avait décollé du gland le prépuce du bébé, la résistance de la muqueuse interne ne lui avait pas déplu. Il s’était senti en droit de forcer, dans l’obligation de préparer son terrain.
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