Si le jour se lève

De
Publié par

Si le jour se lève est le récit d’une enfance blessée sous le soleil de la Martinique et de la Guadeloupe, qui est surmontée au fil des ans. En dépit des épreuves morales, le personnage se reconstruit autour d’un amour infini. Thalie puise sa force dans sa souffrance, celle qu’elle nie et affronte, dans sa colère, celle qu’elle a éprouvée, impuissante face à ses beaux-pères, dans son désir du néant dont elle triomphe à la fin. Cette œuvre est le récit d’une victoire sur soi, d’une victoire de l’amour et de la vie. La société, la mentalité et l’histoire des Antilles y sont présentées avec réalisme et constituent le décor dans lequel évolue Thalie. "Si le jour se lève", est, au début du roman, un doute d’enfants effrayés et devient, au fur et à mesure que le personnage grandit, un vœu puis une certitude.
Publié le : vendredi 10 février 2012
Lecture(s) : 32
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748363029
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748363029
Nombre de pages : 264
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Du même auteur
Le Journal dun Pirate, nouvelle, 1978 Une vie parmi tant dautres, roman, 1980 Plume en deuil, poésie, 1981 Jeune maîtresse, roman, 1981 Révolte en Guadeloupe, essai, 1981 Âmes Océanes, poésie, 2002 Toutiraso ou le pays où lon ne sourit plus,essai fictif, 2010Pour une théorie de la réception communo-culturelle de la lecture, essai, 2010
Christine Lara
SI LE JOUR SE LÈVE
 
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur :
http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits dauteur. Son impression sur papier est strictement réservée à lacquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits dauteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS  France
IDDN.FR.010.0116132.000.R.P.2011.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2011
À mon frère Jean-Pierre Lara, trop tôt disparu et que je noublierai jamais.
Partie I. Le prix de l’innocence Il faisait froid au dehors, la neige en colère sécrasait en bourrasques contre la vitre où Thalie avait le nez collé. Les immeubles gris se détachaient, menaçants, dun ciel sombre. Le temps semblait sêtre arrêté. Quelques passants sengouffraient dans les bâtiments, par des portes aux vitres cassées. Passants troublés, passants préoccupés du lendemain. Avec un soupir, lenfant descendit du tabouret sur lequel elle sétait juchée pour mieux observer les scènes de la vie entre les immeubles obscurs, scènes de centaines dexistences pressées, oppressées. Elle fixa sa mère qui refermait une valise en carton rigide. Cétait une belle femme noire. Son corps était tout en douces rondeurs. Son visage arrondi était agréable et ses yeux si pleins de douceur brillaient aussi dintelligence. Pourtant ce merveilleux sourire qui montrait des dents blanches, savait cacher les souffrances et les désillusions. Cétait une femme de courage qui avait affronté diverses tempêtes sentimentales. Elle avait dû renoncer à son premier amour, parce quelle navait pas eu la chance de naître dans une famille aisée. Certes, il aurait pu laimer et braver sa famille pour elle. Mais cela naurait pas été convenable car Maryse était, de plus, née de parents non mariés. Marguerite, sa mère avait été toute sa vie la maîtresse officielle dun homme marié. Enfant illégitime, adultérin et sans fortune, son destin sécrivait sans ce jeune homme. Maryse avait épousé à dix-neuf ans un homme qui, selon les dieux était celui quelle méritait. Celui dont elle avait vu le visage au fond du marc de café.La
7
SI LE JOUR SE LÈVE
lecture dans le marc de café est une divination fort populaire que les sibylles de tout ordre et les jeunes filles naïves pratiquent volontiers.  François, qui de son côté lavait épousée sans trop savoir pourquoi, séloigna delle, tout dabord par le cur, puis par lesprit et pour finir, physiquement, quatre ans et deux enfants plus tard. Mulâtre aux yeux bleus et à la peau dorée dont raffolaient les femmes. Sans doute était-ce ce succès qui faisait de lui un homme sans passion réelle, sans attache, un libre-penseur indifférent au monde, un artiste peut-être, un mauvais époux sans doute. Ce merveilleux sourire cachait aussi la misère connue, les petits métiers qui ne pouvaient que garantir la survie : coursière de métro en métro, femme à tout faire dans divers bureaux, agent suppléant dans des assurances et tout cela, sans jamais suffire à assurer le quotidien. Ce merveilleux sourire cachait les humiliations que ce manque dargent enchaînait sans cesse. La honte ressentie lorsquelle avait eu besoin daide et avait écrit à son frère Manuel, demeuré à la Guadeloupe, lorsquelle lui avait demandé de laider à payer les billets davion, lorsque ce frère lui avait répondu de faire ses « fpayer ses dettes ».Ce merveilleux sourire que Thalie admirait, sans savoir les centaines de secrets et de silences quil dissimulait. Ce serait bientôt le départ, bientôt une autre vie. La fillette souriait à cette idée.  Tu sembles bien heureuse Thalie, dit sa mère dun ton joyeux.  Oui, nous allons partir à la Guadeloupe. Est-ce quil fait vraiment beau tous les jours ?  Bien sûr, il pleut de temps en temps, mais il ne neige pas. La jeune femme observa le visage rayonnant de sa petite fille en pensant que lenfance était une période magnifique. Elle sen voulait de navoir pu la rendre ainsi à ses enfants. Thalie était si excitée par ce départ. Elle retourna vers la fenêtre et dit tout bas, pour ne pas inquiéter sa mère « Au moins, là, on ne mappellera pas nègre plateau. » àElle navait jamais bien com-
8
SI LE JOUR SE LÈVE
pris le sens de cette expression mais le motnègreet la façon dont cela était dit par ses camarades de classe suffisaient à son enten-dement. La chambre était étroite, et lenfant se demandait comment sa mère pouvait évoluer entre le lit gigogne en fer bleu, quelle partageait avec son frère, le lit une place au petit matelas usé dont parfois, elle apercevait un ressort, larmoire en bois brun foncé qui, jusqualors, avait caché la pauvreté de leurs habits et cette valise énorme qui devait contenir tous leurs biens.  Viens donc maider à ranger cette valise au lieu de rêver ! gronda sa mère. Thalie obtempéra, rien naurait pu gâcher sa joie. La valise fut vite glissée sous le lit. Puis, elle sortit dans le couloir en sau-tillant. Elle connaissait parfaitement chaque recoin du minuscule appartement de son oncle Richard où sa mère, son grand frère et elles sétaient installés deux ans plus tôt. Deux longues années durant lesquelles la fillette sétait sentie de trop, entre ces murs quelle imaginait ne jamais pouvoir quitter. La porte de droite ouvrait sur la chambre de son oncle, de sa tante et de sa cousine, la suivante, sur les toilettes et la douche et cette dernière porte, légèrement grasse, était celle de la cuisine. Au fond, elle apercevait la lumière diffuse de la petite lampe posée près du grand canapé beige dont le cuir dessinait de longues fissures sombres. Souvent lenfant avait imaginé que ces lon -gues traces étaient des personnages dont les aventures lemmenaient toujours bien loin de cette réalité. Cétait sa façon, à elle, de changer son monde. Jonathan son frère aîné, âgé de huit ans, sy était endormi et elle savait que très bientôt on lobligerait à regagner son lit gigogne en fer bleu, juste au-dessus de la valise quelle venait daider sa mère à ranger. Mais cétait nécessaire, car la grand-mère dormait sur ce canapé depuis son arrivée, au sein de cette famille déjà nombreuse. Dans le fauteuil du salon, son oncle Richard faisait sauter sa fille unique, Cindy sur ses genoux. Toute cette famille antillaise se pressait dans un
9
SI LE JOUR SE LÈVE
trois-pièces de Saint-Denis. Un peu en retrait, penchée sur sa Singer noire, au socle de bois, Marguerite, la grand-mère cousait une robe pour Cindy. Elle relevait sans cesse ses lunettes dun geste mécanique. Cétait encore une belle femme malgré son âge avancé. Sa peau claire, quelle protégeait du soleil et qui, selon elle, la plaçait au-dessus de plusieurs et justifiait son mé-pris des autres, trahissait une histoire ancestrale lourde de peines.  Alors, Thalie, que fais-tu encore debout ? Et tu nes même pas lavée ! gronda sa tante Gérane. Dailleurs, vous de-vriez tous être au lit. Vous avez un long voyage demain. Allons, réveille ton frère et allez vous coucher. Thalie fixa sa tante, qui sortait de la douche. Ses cheveux courts et blonds encadraient un visage souriant mais ses yeux bleus semblaient sévères : il valait mieux obéir. Gérane souriait légèrement, suivant des yeux la petite fille qui se dirigeait vers son frère. Enfin, son appartement serait moins encombré. Elle ne supportait plus cette vie de promiscuité et souvent se disait quelle navait épousé que Richard et non pas toute sa famille, comme cela semblait trop souvent, être le cas. Depuis son ma-riage avec cet homme, rien navait été comme elle le souhaitait. Elle avait dû affronter les regards désapprobateurs de la société, les reproches de sa famille, quitter la métropole pour suivre son époux à la Guadeloupe et, à son retour, trouver un autre em-ploi. Son mari avait été au chômage un temps bien trop long, avant dêtre engagé dans un petit bureau à Nanterre. Les an-nées soixante nétaient probablement pas aussi difficiles pour les Noirs de France que pour ceux des États-Unis, mais le ra-cisme parfois subtil, parfois évident, savait créer un schisme dans la population. Bien entendu, la loi ne permettait pas de discrimination mais la réalité était là, et de nombreux Noirs finissaient par se persuader quils trouveraient la paix, en reniant leurs origines, en épousant un Blanc ou une Blanche. Cétait un espoir dascension sociale, de reconnaissance, même si cela de-
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant