Si Péguy voyait ça

De
Publié par

Des histoires drôles, farfelues, insolites ou douces - amères, à l'école d'un Marcel Aymé et de quelques autres.

Publié le : mardi 14 juin 2011
Lecture(s) : 50
EAN13 : 9782748134421
Nombre de pages : 167
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Si Péguy voyait ça
GP Nolorgues
Si Péguy voyait ça Nouvelles
Le Manuscrit www.manuscrit.com
Le Manuscrit.com 5bis, rue de l’Asile Popincourt 75011 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.com
Si Péguy voyait ça
8
ISBN : 2-7481-3443-5 (fichier numérique) ISBN : 2-7481-3443-5 (livre imprimé)
GP Nolorgues
L'immortel Le jet s’était écrasé en Beauce, à trois heures de l’après-midi, par temps superbe, avec visibilité parfaite. Résultat : cent cinquante victimes. Incompréhensible, pas le moindre incident à bord, un vol parfait jusque là. Des boites noires retrouvées intactes, audibles sur la dernière histoire belge échangée, juste avant l’accident, entre Max Menu aiguilleur à Roissy et Ronsin le pilote de l’avion, lequel venait justement de renoncer à compter ses heures de vol. Inexplicable plus tard, aussi bien mesurés en heures de commissions, qu’en kilos de rapports. Pour en arriver à cette conclusion douteuse, bien incapable de satisfaire les familles des victimes : Le pilote aurait été gêné par le soleil. Cent cinquante morts … et un rescapé ! Alex Florissan, sur son tracteur, le premier témoin du drame, s’était bouché les oreilles avec ses mains, à cause de la déflagration, et une fois enlevées - Qu'est ce qu'il avait vu? Un type se lever d’entre les morceaux fumants du zinc, tout de même pas en s’époussetant, il ne faudrait pas exagérer, mais bien portant sur ses deux pieds, et tout à fait capable de les placer l’un devant l’autre, pour aller le trouver, et lui dire : - vous avez vu ce gâchis ! C’est même cette réflexion, un peu arrangée, qui figura en titre de la plupart des journaux, au-dessus de la photo du survivant, tendant la main à Alex, lequel
 9
Si Péguy voyait ça
venait enfin de trouver un extincteur dans la boite à outil portative de son tracteur. En effet, attendait sur place un photographe de l’agence Epsilon. On l'avait placé à cet endroit dix ans plus tôt, par précaution, car si l’on sait prévoir les catastrophes à venir, on ne sait jamais où et quand. Ce survivant s’appelait Douglas Ramos, il était représentant en vin chilien pour le bordelais, et revenait de Santiago. On expédia, décora, pleura vite fait les cent cinquante victimes pour ne s’intéresser qu’à lui. Presse et journaux télévisés se l’arrachèrent, sans qu’il céda le moindre morceau de soi, car il avait donné assez de preuve de sa solidité. On lui demanda son avis sur la taille du filet de pêche en Terre Neuve, on rassembla ses cousins éloignés dans un autocar, pour leur faire visiter la cathédrale de Chartres, en même temps que les lieux du drame ; puis dans un bled perdu de la Cordillère des Andes, ravitaillé évidemment par les vautours, on alla interroger son vieux maître d’école, pendant que l'on publiait un volume de recettes de cuisine de sa grand-mère, tout comme sa photo de bébé, posant sur couverture léopard, en première page de "Times magazine" ; et même, il se vendit trois bouteilles de vin chilien au supermarché de Bègles. Les termes de miracle et de miraculé revenaient à tout bout de champ à son propos , jusqu’à ce que dans le courrier des lecteurs d’En avant le Loiret, relayé par une communication confidentielle lue sur les marches de l’institut, on déclara que les soit disants miracles étaient de la supercherie, et les miraculés des imposteurs. Ce à quoi, le premier
10
GP Nolorgues
quidam venu, doté de bon sens, qu’on trouva après trois mille trois cent trente quatre auditions, put poser cette question toute simple à la cantonade : - Si les miracles n'en sont pas, comment alors expliquer que Douglas Ramos fut encore de ce monde, après être passé de soixante quatorze kilos tout habillé dans son fauteuil, à deux mille trois cent trente trois livres en se répandant sur le sol, quelques huit kilomètres en contre bas. Il lui fut répondu, par les mêmes, la semaine suivante : qu’il se pourrait bien que Douglas Ramos fut immortel. C’était là une hypothèse osée et stupide. On n’en retint que la première partie, celle qui pouvait le mieux se discuter et faire vendre On demanda à Douglas Ramos ce qu’il en pensait. Il répondit qu’il ne fallait rien exagérer. Comme on insistait, il déclara qu’il ne se souvenait de rien ; ce qui à toujours été le meilleur moyen de bien entretenir un mystère. La polémique enfla, au point de faire reculer les statistiques des suicides par consentement individuel, et les morts naturelles dans les hôpitaux de l’assistance publique. Comment en effet vouloir quitter ce monde, sans savoir si Douglas Ramos était oui ou non immortel, d’autant plus que ceux là étaient parmi les premiers intéressés. On en vint aux mains à distance, c’est à dire aux invectives dans les médias. Jusqu’à ce qu’un milliardaire texan eut acheté la première page du journal "Le Monde", pour y titrer : S’il est immortel qu’il le prouve ! Exact, dit la rumeur bourgeoise, n’y aurait il pas
 11
Si Péguy voyait ça
la dessous mensonge et supercherie ? Et si on nous prenait pour des cons, reprit à son tour la rumeur populaire. Douglas Ramos qui flemmardait dans un palace, fut sommé de s’expliquer. Une fois de plus il se vérifia, que la providence distinguait encore quelqu’un qui ne le méritait guère. Ce qui augmenta le taux d’amertume dans la population. On le vit soupirer, geindre et se dérober. - Il le faudra bien pourtant ! , lui dit son agent désintéressé. - Mais quoi donc ? - recommencer, refaire un accident avec toi, pour voir et leur prouver à nouveau ton indestructibilité. Des ligues s’en inquiétèrent. On allait tout de même pas reproduire cent cinquante victimes, d’autant plus qu’on aurait beaucoup de mal à trouver des volontaires. Mais qu’est ce que ce qu’un sacrifice, en regard de l’immortalité , leur fut il répondu. Il se créa un comité de sages douteux qui décréta que pour un essai, on pouvait très bien changer d’endroit et de méthode, qu’il ne s’agissait après tout que de balancer Douglas Ramos dans le vide. N’importe quelle construction élevée ferait l’affaire ; avec une préférence pour le troisième étage de la tour Eiffel, à cause des touristes et de l’impact universel garanti. L’engouement suivit. Restait à persuader le premier intéressé. Au début on s’y prit très mal, on lui offrit une prime. La psychologie appliquée des milliardaires
12
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Michaelmas

de bragelonne-classic

X

de nouveau-monde-editions