Si tu vas à Rio

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Londres, été 2012, la flamme olympique brille de mille feux. Deux basketteurs français que tout oppose, le sage et expérimenté Richard, le fougueux et enragé Lionel, sont unis par un objectif commun: l'or olympique. Ils croisent par hasard le destin de Miloud, un jeune banlieusard égaré, contraint de les accompagner dans leur parcours. Mais le ciel s'assombrit soudainement et un violent coup de tonnerre s'abat sur les jeux. Des jeux qui ne sont pas forcément ceux que l'on imagine avec des personnages qui ne sont pas forcément non plus ceux que l'on croit. Preuve qu'il faut savoir se méfier des apparences, sans juger trop vite les différences. Un des rares romans dans le décor de "ces jeux-là".
Publié le : jeudi 9 janvier 2014
Lecture(s) : 15
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342017960
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342017960
Nombre de pages : 170
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Du même auteur
Les Révélations de Bres, Mon Petit Éditeur, 2012
Sylvain Fèvre
SI TU VAS À RIO
 
Mon Petit Éditeur
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Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2014
Retrouvez lauteur sur son blog : sylvainfevre.blogspot.com
Il me faut un stylo et une feuille. Voilà. Cest décidé mec, cest comme ça que je vais faire. La vache ! Quel stress ! Jaimerais bien ne pas faire trop de fautes. Imagine quun jour Madame Bovary ma prof de français quand jétais en troisième B au bahut Charles Trenet juste der-rière Carrouf tombe sur cette lettre. Ben quoi ? Why not ? Je suis sûr que ça va faire du bruit cette histoire, ça va déchirer à mort. Alors pas impossible que Mdame Bovary elle me lise. Elle men a tellement donné des trucs à lire que jai dailleurs jamais lus en lui affirmant la vie de ma mère que je lavais fait, ça cest tordant, les rôles inversés. Moi le petit bouffon, je vais écrire un truc et cest pas impossible quelle le lise. Elle va me maudire. Je lentends déjà dire « Tous ces efforts pour en arriver là ! ». Je lai bien emmerdée la pauvre. Pourtant elle était chouette Miss Bov comme on la surnommait. La seule prof qui a tenté de me sortir la tête de leau pendant que les autres menfonçaient. Putain de ta race ! En plus, elle était genre ca-non, je la kiffais à donf cette meuf. Dailleurs elle devait bien me kiffer un peu elle aussi pour maider comme ça. Cest pour ça que le prof de maths ne pouvait pas me saquer, il lorgnait tellement sur elle. Jaloux ! Bouffon va ! La seule fois où elle men a vraiment voulu, cest quand avec mon frangin et les potes de la cité on a refait la façade du collège à notre goût. Taurais vu la face de cake du dirlo quand il a découvert les graffitis. Ouais, ce jour-là je crois que Miss Bov maurait étran-glé. Nous on sest bien marrés et mon frère est devenu le grand frère, le caïd du quartier. Il a craché sur un keuf et flambé de-
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vant un journaliste. Tu parles, il sest vite retrouvé au trou. Il en est encore plus vite ressorti, et cest vraiment devenu le héros de la rue. Moi aussi je vais devenir un héros, Allah akbar. Je ne suis pas allé plus loin que la troisième, jai queuté mon brevet, je passe mes journées à zoner dans la rue, à dealer un peu, mais je vais faire quelque chose de ma putain de vie. La vie de ma mère. Maman, gentille petite Maman, pourquoi tes partie comme ça ? Tu me manques tellement. Jaurais peut-être moins fait de con-neries si tétais encore là. Je laurais peut-être eu ce brevet, et aujourdhui jaurais même le bac. Je postulerais pour être manu-tentionnaire à Carrouf à côté du bahut. Le midi jirais voir Miss Bov si elle est encore là. Jen doute. Les petites jeunettes, on les fout en banlieue un ou deux ans, un petit bizutage, et après elles filent là où cest plus cool. Ouais Maman, je me suis un peu trompé de chemin, mais je vais me reprendre. De là-haut, tu seras fière de moi Maman. Je crois que jai trouvé un titre pour ma lettre mais il faut que je révise un peu la conjugaison :je vais, tu va, il ou elle va. Ah oui, le S àtu vas. Oh et puis je men bats les couilles des fautes, limportant cest ce que je vais dire et faire. Maman, Papa, je vais passer à la téloche, mais cest pas pour moi, beau sacrifice, une sorte de martyre, Allah akbar
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JO Ici Londres La capitale est dun calme olympien. Les pigeons ont envahi les bancs de Trafalgar Square. Une brève éclaircie transperce le brouillard londonien. En dehors dun message ambigu pour certains, rassurant pour dautres, cela fait plus de quarante-huit heures quaucun signe na émané de ce fameux appartement 109 du bâtiment B. Ils sont au moins trois à lintérieur, les deux otages et le ou les ravisseurs. On sait également grâce au comp-teur que de leau y est régulièrement consommée. Tous les autres logements ont été rapidement évacués. Les militaires de la Force Intervention du GIGN ont pris les commandes des opérations. Des tireurs délite sont postés sur le toit des im-meubles faisant face au bâtiment B. Les informations filtrent au compte-gouttes. Les journalistes meublent, répètent, extrapo-lent, inventent. Au 10 Downing Street, le ministre de lIntérieur français tourne en rond au centre dun bureau carré gracieusement mis à disposition par le Premier ministre britannique. Lhôte de lÉlysée est en contact permanent avec son ministre qui valse entre certitudes et hésitations. Le ministre doit agir et tirer pro-fit de la situation. Cest pour lui une occasion en or à ne pas laisser filer. Il veut absolument être à la manuvre et ne laisser au Président que la décision finale. Tout le reste, la gloire, aller libérer lui-même les otages reclus dans lappartement, se faire
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filmer et photographier en héros, toute la lumière, il se la ré-serve. 2017, cest demain, il faut marquer les esprits. Le rideau dune des deux fenêtres de lappartement 109 semble bouger. Les doigts se crispent sur les gâchettes. Le mi-nistre français arrête de tourner. Il se fige, lindex posé sur les lèvres, les yeux rivés sur lécran de surveillance, une oreille pour le Président, lautre pour le commandant du GIGN. Lultime consigne présidentielle est donnée. La voiture du ministre quitte aussitôt le centre de Londres pour le quartier de Stratford, bâ-timent B, appartement 109. Le rideau est tiré. Le monde entier retient son souffle. La fe-nêtre à guillotine souvre. Une main agite un mouchoir blanc pendant quelques secondes puis le laisse échapper lentement. Le linge ondule silencieusement pour terminer son vol sur un buisson taillé sur mesure. Un visage apparaît. Le visage. Ce vi-sage devenu si familier en quarante-huit heures. Gracieux, lumineux, radieux, il distribue un large sourire rempli dinnocence et de fierté. Lautre main tient une feuille de papier venant couvrir ce beau sourire. Quelques mots résonnent contre les façades : « Si tu vas à Rio, ». Un son sec et bref interrompt la lecture. Le silence lui succède aussitôt. Le ministre vient de relayer lordre présidentiel.
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