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Sidjè ou la marche des femmes sur la prison de Grand-Bassam
Marcel Amondji
Sidjèou la marche des femmes sur la prison de Grand-Bassam
Roman
Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-00050-4 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304000504 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-00051-1 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304000511 (livre numérique) Éditions Le Manuscrit
Sidjè ou la marche des femmes sur la prison de Bassam
à Bernard B. Dadié Le romancier qui s’intéresse à l’histoire a un rôle fort proche de l’historien idéal, tel que je le vois. Un fait, très souvent, n’est qu’une version qui s’est congelée, rien de plus. Il revient alors au romancier de rechercher ce qui est derrière les faits. […] Évidemment, il ne doit se faire aucune illusion : la grande histoire complète, jamais ne se saura…José Saramago
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Sidjè ou la marche des femmes sur la prison de Bassam
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Un premier coq chanta et, comme si ce premier chant était le signal du réveil de toutes les basses-cours du voisinage, les cocoricos se succédèrent pendant la demi-heure suivante, tantôt tout proches, tantôt si lointains que l’on pouvait à peine les deviner. Puis ce fut au tour des compagnies de tisserins peuplant des palmiers chauves de saluer bruyamment la naissance du nouveau jour. Puis encore, comme à son accoutumée, le famélique chien jaune du voisin aboya paresseusement sa rogne d’être dérangé tous les jours à cette même heure matitunale. D’ordinaire, Dan’o accueillait ces bruits du jour renaissant avec amusement ; il était heureux d’avoir une fois de plus devancé les champions des basses-cours. Car, si matinaux que soient les coqs, il s’était toujours réveillé avant qu’ils ne lancent leurs premiers chants. Un matin, au début de leur mariage, Sidjè lui
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avait fait à ce propos une remarque qui l’avait beaucoup fait rire : « Toi, si tu connaissais le langage des coqs, je crois que tu serais le premier à chanter pour réveiller le monde. » Depuis ce jour, quand il entendait les premiers chants des coqs, Dan’o avait l’impression d’entendre la boutade de Sidjè ; et cette impression le replongeait dans ces temps lointains où il n’était qu’un jeune villageois qui ne connaissait rien du monde et de ses dangers ; rien de la vie et des souffrances qu’elle réserve aux vivants. Mais, ce matin, il n’entendait ni le chant des coqs qui se défiaient d’une basse-cour à l’autre, ni la rauque protestation du chien mal réveillé, ni les chamailleries stridentes des infatigables tisserins. C’était comme si tout cela avait lieu dans un autre univers, un autre temps, une autre vie ; une vie, un temps, un univers qui n’étaient pas les siens mais ceux d’un être inconnu qui habitait son corps ; un être indécis qui cherchait désespérément un point d’ancrage pour son âme désemparée ; un être abandonné tout entier au trouble qui l’obsédait, et qui pesait sur son cœur comme le taraudant remords d’une action indigne. En vain s’était-il évertué à chasser hors de lui cet être qui lui faisait horreur. Le seul résultat de tous ses efforts fut que de toute la nuit il ne put trouver le repos. Et maintenant, ivre d’insomnie et
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