Sisyphe

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Sisyphe, dont le corps a été enterré sans sépulture, se retrouve en Enfer. Il y négocie un retour sur Terre pour se faire inhumer. Le roi de Corinthe devra tromper les Dieux pour arriver à ses fins...


Publié le : vendredi 7 décembre 2012
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EAN13 : 9782332534569
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© Edilivre, 2013

Du même auteur :

Antoine Maxiola a déjà publié chez Edilivre :

Nouvelles simples, tristes, cruelles et Nouvelles brèves

Clara, la bonifacienne

Et chez Sol’Air

Bonifacio le siège de 1420 (épuisé)

Citation

 

Il faut voir Sisyphe heureux

Albert Camus

Chapitre I

Hadès au fond des Enfers était assis sur son trône de marbre froid. Son regard était morne et son cœur taciturne. Sa main droite lissait avec monotonie les longs poils de sa barbe. Il tenait son lourd sceptre dans sa main gauche et le penchait à droite, à gauche, devant, derrière, en gouvernant les sombres âmes de son royaume.

Le spectacle des morts le remplissait de lassitude et d’un grand désœuvrement. Le visage figé, il ne riait plus jamais. Il enviait doucement ses frères.

Zeus le Maître avait choisi les cieux. Debout sur un nuage blanc, aucun horizon n’altérait sa vue. Il contrôlait les trajectoires harmonieuses des étoiles et son âme légère courait dans le ciel limpide.

Poséïdon régissait les mers. Il dormait sur le sable blanc, plongeait dans les vagues, poursuivait les dauphins. Il avait chaud, il avait froid mais était toujours content.

Déméter sa belle mère, lui ravissait son épouse plusieurs mois par an. Ce n’était pas grand mal. La Déesse qui inondait la terre de fleurs, chargeait les arbres de fruits lourds, se vautrait au soleil et sommeillait sous les feuillages parfumés.

Tandis qu’aux enfers… Les étoiles avaient depuis toujours fermées leurs paupières… Il n’y avait ni ciel bleu, ni nuage, aucune brise marine ne caressait de rivage.

*
*       *

Il était au plus fort de sa contrariété quand son épouse entra :

« Sisyphe désire te voir dit Perséphone, il aide les Danaïdes à remplir leur tonneau et en est fort mécontent.

– Laisse-le à son sort celui-la, s’il me fallait recevoir tous les damnés, je n’y arriverais jamais.

– Sisyphe n’est pas un simple mortel, Hadès. Quand il instruisit les hommes de nos mystères, ce fut un crime d’amour. A Corinthe il fit construire grand nombre d’autels pour nous honorer. Il mérite quelque intérêt !

Le Dieu bougonna quelques instants :

– Après tout, cela me distraira un peu. Conduis le jusqu’à l’antre de Cerbère, je l’y attendrai, mais que personne ne le sache, et les Danaïdes moins que les autres !

Sans un mot, il se leva, marcha vers la porte de son royaume. Quand il y parvint, son chien glapit de joie et donna sa première tête à caresser, puis sa deuxième et enfin sa troisième.

« Tu es une bonne bête Cerbère, dit Hadès en le tapotant de sa lourde main velue. J’ai besoin de ta grotte, va mordre Tytios, cela vous occupera tous les deux ».

Le maître des Lieux s’assit dans la grotte et regarda le Styx qui charriait dans son eau trouble et bourbeuse les déchets de la terre. Il se souvint des ruisseaux limpides qui dévalaient les collines à l’ombre des châtaigniers, des mimosas en fleurs, des étoiles qui se bousculaient dans le ciel laiteux, des cigales qui criaient le soir à tue-tête et poussa un gros soupir…

Sisyphe arrivait, il reprit son air digne et éteignit ses rêves.

« C’est la première fois que j’accepte d’être dérangé par un mortel ! Que me veux-tu ?

Sisyphe dans son coin ne faisait aucun bruit :

– …

– Parle ! La lumière te manquerait-elle ? Ou le parfum des roses ? Ou le cri des oiseaux ?

– Non, non ! dit-il confus et confondu, ce n’est pas le soleil qui tracasse mon âme, ni les vagues qui lèchent les récifs le soir, ni même les lavandes qui exhalent si fortement leur parfum au petit matin. Leurs souvenirs me sont flous et l’objet de ma requête est plus important »

– Pourquoi ta voix remue-t-elle quand tu évoques le soleil, les vagues et les lavandes, s’ils t’indiffèrent tant ?

– Ta présence Dieu suffit à me faire trembler.

– Eh bien, ressaisis toi, et parle moi de Corinthe avant que tu ne meures.

– Corinthe est toujours la même. Elle grouille de vie. Ses collines regorgent de vignes aux lourdes grappes. Les feuilles des oliviers se tournent au soleil et scintillent à midi de lumière argentée. Dans les olivaies hommes et femmes s’agitent tous les jours et regagnent le soir la ville, leurs grands sacs remplis sur le dos de leurs mules. Les bergeries regorgent de troupeaux et de vigoureux béliers recouvrent les brebis. Les ruelles foisonnent de marchands venus de toutes les îles; les uns étalent leurs tissus aux couleurs vives, les autres vantent leurs farines, leurs graines, leurs olives et leurs figues. Un ferronnier cogne du matin au soir sur son fer et sur son cuivre. Quelques libyens circulent en vantant leurs tapis. On rit, on pleure, on crie : tout le monde s’agite. A quai les navires ont le soir leurs coques vides, et appareillent le matin chargés à flottaison ; leurs voilent blanches se gonflent et les tirent à grand-peine. Au large la mer sommeille tranquille. Les marins y jettent leurs filets … Tu vois Hadès, rien de nouveau que je puisse t’apprendre.

– La terre est douce reprit le dieu. Elle est pleine de joies, de peines, de bruit et de lumière… Mais dis-moi ta requête !

– Laisse-moi retourner à Corinthe, je reviendrai vite !

– Que veux-tu y faire ? Aucun damné n’obtint jamais cette faveur !

– Ma femme a laissé mon corps sans sépulture, il pourrit dans une fosse où les vers le rongent. Je voudrais la punir et mettre mes os en terre.

– Qu’as-tu à faire de ton corps maintenant que tu es aux enfers ?

– Pas grand-chose, mais personne n’honore ma mémoire. Chez toi mon existence est vaine, je ne suis qu’une âme parmi les autres. Tandis que sur terre j’avais fait un empire. Peu importe mon sort mais que vive l’empire.

– Que t’importe aussi l’empire ?

– Par lui j’ai permis à une multitude d’hommes et de femmes d’honorer les dieux, dont toi-même, dans les temples que j’ai bâtis. Ils taillent les vignes que je leur ai fait planter, ils vont sur les mers avec des vaisseaux construits dans mes chantiers. En méprisant mon corps, ils méprisent l’ordre établi et détruiront tout ce que j’ai créé : les navires, les olivaies, les temples avant de périr eux-mêmes et de tuer les dieux par l’oubli.

– Tu as plutôt le désir de voir le soleil s’endormir sur la grève, ou de culbuter quelques jeunes femmes sous les oliviers de ton pays.

– Je ne souhaite qu’ensevelir mon corps !

– Comment t’y prendrais-tu ? Tu serais, sur terre, immédiatement reconnu !

– Je me rendrais sur une petite barque, vers les rives du Péloponèse. A terre je vendrais mes poissons....

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