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Sollicitudes

De
111 pages
Sophie attend. Paul ne croit plus en rien. Marco s'échine sur son ordinateur. Une jeune fille ne supporte plus les noms... Ces 12 nouvelles sont autant de solitudes sollicitées ou en recherche de sollicitations, en quête de bienveillance. Douze sollicitudes chimériques dans des situations pathétiques et parfois saugrenues.
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SollicitudesPascal Raux
Sollicitudes
NOUVELLE' manuscrit.com, 2002
ISBN: 2-7481-0257-6(pourlefichiernumØrique)
ISBN: 2-0256-8(pourlelivreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrandsLecteurs(libraires,revues,critiques
littØrairesetdechercheurs),cemanuscritestimprimØtelunlivre.
D Øventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
Nous remercions le lecteurde tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de lA’ sile Popincourt
75011 Paris
TØlØphone:0148075000
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comDANGEREUSE CANDEUR
Sophie a peut-Œtre une ØternitØ dans la tŒte.
Comme aprŁs une piqßre anesthØsiante. Un vide,
telle une habitation troglodyte abandonnØe. Enfin
bref,ellecroitrŒver. Pardon. ElledoitrŒver. Pardon
encore. Elle rŒve.
Pratique.
Ablation des ecchymoses de l me. Elle cor-
rompt,Sophie,lespensØeslesplusmØphitiques.
ForcØment.
C estdel ordredusßrpourtantqu ilnereviendra
pas. Del ordredupittoresqueaussi. Dramatiquesur
le dØpart, le bel enfoirØ. Du genre à promettre l es-
poir. Àfaireprendredesintersticespourdesabysses.
Incapablecommetantd autresdedispara treclaire-
ment,sanslaissersatrace. C estqu ila l orgueilen
dedans, le bougre, et qu il ne considØrerait rien de
moinsignominieuxquedesefaireoublier,comment
dire, totalement. Ne pas avoir existØ pour l autre,
c’estnepasavoirexistØdutout. Alorsiladßlaisser
deux trois broutilles chez elle, qu il viendra recher-
chera-t-ildit: jepasserailesrechercher. Oubienje
passerais. Ellen’apasdoutØ,Sophie. C estunfutur,
j’ensuissßre,a-t-elleinconsciemmentinterprØtØ.
Pourtant à y regarder de prŁs.
Qu a-t-illaissØvolontairementpourfairecroire?
Sa brosse à dents sßrement. MŒme pas une valise.
Un slip usagØ qui peut rappeler à Sophie ô combien
7Sollicitudes
il a mauvais goßt, l animal : elle le lui disait si sou-
vent. Elle lui achetait des cale ons. Pas de quoi re-
muer ciel et terre donc : une brosse à dents et un
slip. Pas de quoi revenir. Alors il ne reste plus que
cette chemise cartonnØe, chemise de l espoir, il doit
y avoir des papiers importants. Mais elle n a pas eu
lecouragederegarder,Sophie,etelleamis asurle
compte du respect. Du respect de son intimitØ à lui,
l impudique,quiØparpille,commedesmorceauxde
chairs, des rØsidus bien dØrisoires de sa risible exis-
tence. Si seulement elle osait fouiner. Pardon. Se
renseigner. Elles apercevraitquelachemisecarton-
nØe(rouge,celavadesoi)necontientqu unephoto
et la facture d un baladeur dont la garantie est expi-
rØe. Un cadeau de Sophie, ce baladeur.
Oui, mais la photo ?
C estSophiedessus. Belle. BronzØe. Pendantces
si sublimes vacances en GrŁce. Celles que Sophie
se remØmore sans cesse. Un souvenir divertissant,
aufond,lesagrØablesrØminiscencescommettentdes
exactions sur les pØnibles rØflexions.
Il n a aucune raison de revenir chercher cette
photo. S’il reprend la photo, il reprendra Sophie.
C est ce qu elle penserait en inspectant la chemise
rouge. Elle ne se donnerait aucune raison de ne pas
encore patienter. Elle est convaincue. Il reviendra.
Au moins une fois.
Pourtantày regarder d encore plus prŁs.
En admettant hardiment qu il soit attachØ, com-
ment dire, Øgo stement, à l une de ces babioles. Par
exempleleslip.PrØsentd’unemŁreØtouffantepeut-
Œtre (il est moche et usØ, ce slip, et lui, l enfant
unique,n’ajamaissu s acheter sespropressous-vŒ-
tements). Il n osera pas offenser sa mŁre en ne rØ-
cupØrant pas un objet, si ridicule soit-il, offert par
elle. D ailleurs, c Øtait bien le premier sujet de dis-
pute avec Sophie, cette mŁre.
8Pascal Raux
Ou bien il n est pas attachØ à ce slip, mais il
sera pris d un remords, comment dire, nØvrotique.
L’idØe que quelque chose de si intime puisse Œtre
dans d’autres mains que les siennes lui pourra de-
venir insoutenable. AprŁs tout, il est vraisemblable
qu ilyresteunetracedepisseoudefoutresurceslip
(ellenel aurapaslavØ,ceslip,Sophie,parunesorte
de fØtichisme nostalgique), comment alors laisser à
l’abandon ce qu il faudrait purement et simplement
brßler.
En imaginant curieusement qu il revienne cher-
cher son slip.
IlsonnerachezSophiedeuxoutroispetitscoups,
timide bØgaiement de son doigt trahissant une sen-
sationdegŒne. Elleseraàpeinesurpriseenouvrant
laporte,Sophie. Elleserabelleetrayonnante. Tous
lesmatins,depuistroismois,elles habilleetsema-
quille pour lui. Toutes les journØes, pour Sophie,
commencentavecl odeurd unpremierrendez-vous
programmØ. Tous les soirs, Sophie s endort avec
l’excitationd’unpremierrendez-vouspourlelende-
main. Elleporterasßrementcettejupenoire,oucette
robe rouge, elle ne se sera pas trompØe, de toute fa-
çon. Elleseraàsongoßtàlui. Elleouvriralaporte,
etils apercevraqu ellel attend. Luineserapasbeau
ni rayonnant. Il aura remis des vieux habits qui au-
raient pu Œtre choisis par sa mŁre. Des habits qui
Øvoquent vaguement le slip usagØ.
Conscientdel’obscØnitØdesavisite,ildiraqu’il
estvenupourprendredesnouvelles. Ilestvenupour
dire un petit bonjour. Et Sophie entendra : je suis
venupourrevenir. ElleconfondralesprØtextes.
IlprendrauncafØouunwhiskyselonl heure(au-
cunecarenceàcraindre àcesujet,ilyauratoujours
du cafØ et du whisky, chez Sophie : elle aura fait
les courses en fonction de ses goßts à lui, le diffi-
cile), il allongera inutilement sa visite. Il redeman-
dera mŒme une tasse ou un verre, l important, pour
9Sollicitudes
lui, Øtant de reculer le moment oø il reprendra son
slip, de ne pas montrer qu il est passØ pour rØcu-
pØrer cette laideur incarnØe. Et pendant cet atroce
temps, des paroles de circonstancesurle devenirde
l un et de l autre entra neront Sophie dans une joie
sans limite : il ne semble pas vouloir partir, il est
dØj comme revenu. Ellese dira: il revient.
Il dira : je dois partir. Pardon. Je dois y aller.
Pardon encore. Je suis dØsolØ, mais je dois y aller
maintenant.
Elleentendra: jesuisdØsolØdedevoiryaller.
Juste avant de s en aller, il demandera à Sophie,
comment dire, sournoisement, s il n y a pas encore
quelquesaffairesàlui,ici,surtoutdesfringues,ilin-
sistera. Sophieferaminedechercher,ellenevoudra
pas montrer qu’elle est capable de faire l inventaire
complet du peu qu il a à rØcupØrer. Tiens, c est tout
ce que j ai trouvØ, dira-t-elle en lui tendant le slip.
ElleneluiparlerapasdelachemisecartonnØerouge,
on ne sait jamais. Il ne la lui rØclamera pas, aprŁs
tout,ilapeut-ŒtremŒmeoubliØsonexistence.
Ilpartiraendisantàbient t. Ilpenseraadieu. Elle
comprendra : à bient t.
IlajouteramercipourlecafØoulewhisky.
Il Øtait parti en disant c est fini. Je passerai cher-
cher mes affaires. Ou je passerais. Cela faisait trois
mois.
Il n’y avait pas eu de dispute. Il Øtait parti, com-
ment dire, nonchalamment, ØprouvØ par une forte
lassitude. DØj sesvisitess ØtaientespacØes,tropde
travailoutropdefatigue,s excusait-ilpartØlØphone.
DØj , il avaitrapportØ chez lui ses disques, puis son
appareilphoto,enfinsonpyjama. Sophieavaiteuun
pincement au cœur, elle avait si fortement cru qu il
s installerait chez elle, pas tout de suite, mais pro-
gressivement: aufond,ilØtaitdenaturesolitaire.
10Pascal Raux
Solitaire,moncul,criaientench urlesamiesde
Sophie. Il se fout de ta gueule, l avertissaient-elles.
Sophie chassait ces avis malveillants. N Øtaient-
elles pas un peu jalouses, ces amies. Pour un peu,
elle se serait f chØe avec elles.
Il ne reviendra pas, continuent-elles de dire. So-
phienelesentendpas(ellenepeutpaslesentendre,
elleØcourtesesconversationstØlØphoniques,desfois
que). Ellene voitplusses amies, elle passe dessoi-
rØesentiŁresallongØesursonlit,fumantcigarettesur
cigarette. Belleet apprŒtØe, prŒte àŒtrebelle. DØsi-
rable dans l attente. Pardon. DØsirante. Pardon en-
core. DØsireuse de bonne aventure du moment que
ce soit avec lui.
Si belle dans sa jupe noire ou sa robe rouge, qui
ne lui faisaient dØj plus aucun effet : Sophie Øtait
devenue transparentepourlui,l insensible.
PourtantilavaitrudementinsistØpourqu ellepor-
tât ces habits affriolants. Sophie trouvait cela nor-
mal,aprŁstout,elleluiachetaitbiensescale ons,et
d’autreschosesaussi. Maiscen Øtaitpaslamonnaie
de la piŁce qu il exigeait. DØj elle ne lui plaisait
plus, comment dire, naturellement. DØj , il fallait
qu elle fßt autre.
ØniŁme cigarette sur le lit de l attente, Sophie se
refuse à souffrir pour de bon.
Elle a peut-Œtre une ØternitØ dans la tŒte, comme
aprŁsunepiqßreanesthØsiante,unvidetelleuneha-
bitation troglodyte abandonnØe.
Elle rŒve.
Le tØlØphone sonne. Elle va rØpondre, on ne sait
jamais, maispas longtemps, des fois que. C est une
amie, Øvidemment. Tenace, l amie, tout de mŒme.
J’ai re u un faire-part, dit l amie brutalement, com-
ment dire, il va se marier.
ForcØment.
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