Solution pour un massacre

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Dans une société libérale comme la nôtre, certains peuvent être tentés d'aider la providence à leur profit en malmenant légèrement le cadre étriqué de la législation. Ainsi, un industriel respectable n'hésitera pas à faire exécuter un ancien collaborateur passé à la concurrence, surtout si une société de service spécialisée en morts naturelles lui propose des prestations clefs en main parfaitement adaptées à son problème. Hélas pour ces philantropes, quelques gendarmes trop zélés remarqueront des détails troublants dans l'accumulation des décès, aidés dans cette quête par un exécuteur au grand cœur. D'autres personnages issus de la presse, des territoires d'Outremer, de la crèche du quartier, et des pouvoirs publics apporteront leur concours à cette farce pour des raisons diverses, ma
Publié le : lundi 13 juin 2011
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EAN13 : 9782748104561
Nombre de pages : 347
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Solution pour un massacre
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748104579 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748104560 (pour le livre imprimé)
Rémi Péquignot
Solution pour un massacre
ROMAN
CHAPITRE UNJEUDI
Pour la troisième fois depuis le lever, Laura changea de robe. Elle n’arrivait pas à décider quelle impression donner en cette fin de semaine. Mettant un point d’honneur à imposer la mode à son en vironnement, elle étudiait minutieusement sa mise afin de rester la star incontestée du quartier. Enfin, elle régla le dilemme en échangeant ses escarpins rouges par de fines sandalettes jaunes, puis rejoignit Amélie qui chantonnait impatiemment dans la cuisine. Histoire de l’agacer jusqu’au bout, Laura re garda le ciel bleu par la fenêtre pendant une minute avant de lancer son cri de guerre.  Allez Boulou, on y va ! Amélie se leva en soupirant bruyamment, fai sant grincer sa chaise de soulagement. Ce n’était pas une sinécure de se cogner les deux cent kilos de la géante néocalédonienne. La frêle ogresse fixa son large ceinturon kaki autour de sa taille démesurée, sans pour autant plis ser sa robe traditionnelle canaque. Ensuite elle ral luma son Roméo et Juliette avec un briquet Zippo ca bossé avant d’entraîner Laura vers la porte de l’ap partement. La jeune fille se laissa faire docilement en gar dant néanmoins ses distances. Elle s’était trop sou vent heurtée à la batte de criquet ou au fusil à canons
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sciés, calibre douze, qui ne quittaient jamais la cein ture de son amie dès qu’elles mettaient le pied de hors. Cette dernière, malgré sa douceur, ne se ren dait pas toujours compte du volume qu’elle déplaçait en mouvement. Amélie déverrouilla les lourds battants de la porte blindée, modèle Verdun, que Félicien avait fait poser dès leur installation dans le grand appartement du dernier étage, puis enfila le large imperméable militaire servant à dissimuler son armement tandis que Laura appelait l’ascenseur. Quand celuici arriva et que ses portes s’ou vrirent, la forte quinquagénaire braquait la cabine vide avec son juxtaposé chargé de balles à ailettes, sans tenir compte de Laura qui montrait son aga cement devant cette inutile précaution en chucho tant d’aigres remarques sur les grandes personnes qui voient le mal partout. Quand on a cinq ans, on imagine difficilement que le monde soit peuplé de malfaisants. L’enfant bouda jusqu’à la porte de l’immeuble, mais une fois dehors, elle se cramponna à la brode rie de l’ample robe colorée de sa babysitter puis lui détailla ses intentions pour la matinée à venir.  D’abord on va faire des dessins avec des crayons de couleur, et puis après on va jouer dans la cour et taper sur les garçons ! Pendant ce temps là, tu feras les courses. Au déjeuner, je veux manger du steak haché et des frites avec de la mayonnaise dessus, puis un gâteau au chocolat !  Ton papa a dit que tu devais manger du pois son et des légumes verts un jour sur deux. Quand il est là, tu ne fais pas d’histoire ; ne profites pas de son absence pour faire des caprices ! Je lui ai promis de surveiller ce que tu mangeais. Tu as eu des frites hier soir, alors ça suffit ! Laura reprit son attitude boudeuse en mar monnant des menaces de vindicte à l’encontre de
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l’ogresse. Elle connaissait pourtant l’intransigeance de sa nounou sur le chapitre alimentaire, mais elle était aussi têtue que la géante et tentait à chaque instant de la faire fléchir. Une fois parvenue à l’école ; la petite courut pour embrasser la maîtresse, en profita pour coller une baffe à Jojo, son ennemi juré, puis alla se pava ner devant ses copines qui s’extasièrent bruyamment devant son élégance. Amélie salua le corps enseignant d’un bref ho chement de tête accompagné d’un borborygme indé codable, avant de tourner les talons en faisant vi brer le macadam de ses rangers cloutées. Elle avait un planning serré pour la matinée ; chaque jour, elle faisait une tournée d’inspection pour manager sa nombreuse progéniture, afin de lui éviter de som brer dans la facilité, ce qui ne lui laissait pas de temps à gaspiller dans de vaines parlotes.
Félicien sentait monter l’exaspération de la vendeuse du magasin de jouet, mais il lui demanda tout de même de sortir d’autres modèles de poupées de son stock. Il connaissait trop bien le caractère doux et aimable de sa fille adoptive pour prendre le moindre risque sur le choix du cadeau qu’il lui rapportait à l’issue de chacun de ses déplacements. La dernière fois, il avait cru bien faire avec le nounours rose mais se l’était pris aussi sec dans la tronche. Du coup, il avait du cavaler chez le premier dealer venu pour acheter une glace à la vanille, seul médication efficace pour calmer le chérubin. La pe tite montrait ainsi son désaccord devant les voyages qu’il devait hélas effectuer pour son travail. Enfin, il se décida pour une Barbie en robe de mariée ; normalement, ça devrait convenir. En sortant de la boutique avec son paquet ca deau sous le bras, il pensa une fois de plus à son petit amour. Elle représentait à présent tout pour lui ; il
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ne se rappelait même plus la vie qu’il menait avant son arrivée. Désormais son plus ancien souvenir da tait du jour, un an auparavant, où il l’avait rencontré dans un orphelinat bosniaque dévasté. Malgré sa résolution, il avait éclaté en sanglot devant le spectacle de cette petite fille terrifiée, ten tant en vain de se dissimuler derrière le radiateur de la salle de visite. Paradoxalement, ses larmes avaient rassuré l’enfant qui s’était précipitée pour le consoler en essuyant son visage avec un minuscule mouchoir à carreaux. Depuis cet instant, ils vivaient ensemble une histoire d’amour sans nuages. Il se rendait bien compte qu’il la gâtait trop, mais elle était son miracle quotidien ; chaque ins tant passé avec elle transformait sa morne existence en fête perpétuelle et lui permettait d’assumer son délicat travail. Il se dirigea vers la voiture de location en véri fiant une fois de plus l’heure sur son chrono Rolex. Il lui restait encore une heure avant son rendezvous sur une route déserte à la sortie de Nîmes, où il exé cuterait un certain MarcAntoine Beaupré.
Les couloirs de la société France Plus ré sonnaient de la colère de son dirigeant, Francis Lablonde. Les secrétaires tremblaient devant leurs ordinateurs, terrorisées à l’idée que le potentat passe ses nerfs sur elles. À l’heure actuelle, c’était une fois de plus Henri Gros, le directeur des ressources humaines, qui s’en prenait plein la gueule. Tête baissée, il supportait le typhon de la fureur de son patron en priant que ses démarches pour trouver un autre emploi aboutissent. Après avoir explosé un deuxième cendrier en cristal sur les boiseries de son immense bureau, le doux Francis invectiva à nouveau violemment son collaborateur.
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