Sous l'oeil de Jade

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Égoïste, cynique, presque odieuse, Nadège, la quarantaine, ne prête guère attention ni à ses enfants, ni à son mari Alain – si elle l’a apprécié autrefois, désormais il ne lui apparaît plus que comme une « surface financière » supérieure à la sienne. Mais elle se garde bien de lui avouer qu’elle a gagné au loto quelques années auparavant… Partie seule à Cuba, elle le laisse avec ses enfants, ses questionnements naïfs et ses doutes attendrissants. Elle profite d’une catastrophe naturelle pour changer d’identité et s’enfuir au Canada. Alain, lui, ne sait rien de cette échappée, et pleure sa défunte épouse… Dans un style percutant et drôlissime, Gérard Pouillot nous offre un roman acerbe, émouvant et tragique, sachant faire alterner avec brio les pensées de Nadège et Alain.
Publié le : lundi 20 juin 2011
Lecture(s) : 133
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EAN13 : 9782748177367
Nombre de pages : 351
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Sous l'oeil de Jade
Gérard Pouillot
Sous l'oeil de Jade
ROMAN
© Éditions Le Manuscrit, 2006 www.manuscrit.com communication@manuscrit.com ISBN : 2-7481-7737-1 (fichier numérique) ISBN 13 : 9782748177374 (fichier numérique) ISBN : 2-7481-7736-3 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748177367 (livre imprimé)
I
Cela fait si longtemps que je ne m’étais pas retrouvée seule. Quelle quiétude ! Quelle liberté ! Au-delà du rivage, la mer miroite d’écailles turquoise se prolongeant au large par des incrustations, des marbrures bleu intense. La température est exquise, l’air coule calmement sur mon corps dénudé tel une caresse d’ange. La brise marine souffle juste assez pour me rafraîchir, trop peu pour me gêner ou faire s’envoler dans les yeux les milliards de grains de sable de teinte vanille dorée. Je défie un peintre de réaliser pareille splendeur sur sa toile ; d’ailleurs quand on a un site comme celui-là à contempler en direct, quel intérêt de se fourrer dans un musée en subir une insipide reproduction. En plus des gracieux palmiers qui la bordent, pour compléter cette scène exotique, il ne manque plus que quelques singes. Dieu en soit loué d’ailleurs (rassurez-vous, c’est une expression, je ne loue jamais les inconnus), car je n’apprécierais guère une coexistence avec des créatures grimaçantes qui,
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par mimétisme finissent par donner un tableau fort inesthétique de la race humaine. Les rayons du soleil sont doucement tièdes. Quelques mouettes survolent le rivage silencieusement. Tant mieux, j'abomine les cris suraigus de ces volatiles qui piaillent à Dieppe, à Saint-Malo, en tous ces endroits frais et ventés, en suivant les chalutiers. Il y a si longtemps que j’attendais ces instants de liberté ! En ce moment précis, je ne fais que jouir du soleil qui m’effleure le ventre bien plus plaisamment qu’aucun mâle ne l’a jamais fait. On lit partout que le corps féminin est source de jouissance, de plaisirs infinis, ignorés, répétitifs. Jusqu’à présent, aucun de mes rares amants, et encore moins mon mari, n’a éveillé dans mes parties intimes, prétendument érogènes un émoi qui fût digne d’être narré avec des mots d’apothéose. D’après Pierre, un Canadien qui loge près de mon bungalow, George Deubeliou a renforcé à l’encontre de ses compatriotes la restriction imposée à la visite de ce pays. Je bénis cet accroissement de fermeté de l’Administration étasunienne à leur égard, en ce qu’il permet d’éviter l’encombrement des plages. Quant à l’embargo sur les marchandises qui va de pair paraît-il, j’avoue ne pas comprendre son bien fondé politique. Au vu de la pauvreté et de la crasse générale du pays, de l’incapacité à avoir de l’eau chaude en permanence, je ne saisis pas
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