Sous la dalle

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Un boucher colérique passant les villageois au hachoir de sa vengeance, un sémiologue distingué découvrant une petite culotte sur son balcon, un reporter à la faconde déréglée commentant une course de momies... une suite de personnages évoluant dans un monde aux limites de la folie.

Publié le : vendredi 10 juin 2011
Lecture(s) : 125
EAN13 : 9782748107623
Nombre de pages : 159
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© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748107632 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748107624 (pour le livre imprimé)
Rémi Karnauch
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NOUVELLE
LES ALÉAS DU PETIT COMMERCE
Quand on n’a plus de dents, on ne devrait plus manger de viande. Parce qu’on avale de trop grosses boulettes, et l’estomac fatigué ne se fait pas chier à ma laxer tout ça : il fait chier direct les boulettes, et ça cause des maladies, et on accuse le boucher qui ne doit pas en plus fournir le dentier ! De ma boucherie, je les voyais bien les vieux. Pour en arriver à saliver devant un morceau de viande crue, il faut être à la fois très naturel et plutôt seulabre. Quand y a plus d’amour, reste la gueule. Dans le bol alimentaire, ça circule, ça bouillonne, ça pète de partout, où qu’elle est la sor tie ? Ça rate une marche, le fémur se déboîte, je vais vous confier un secret : les vieux, ça finit par mourir, et ceux de l’asile SaintVincentdePaul ne faillissent pas à cette saine tradition. Ils crèvent. Intoxication alimen taire, qu’ils ont dit. Après ça, il y a eu scandale et enquête. Évidem ment, moi j’ai cru que ça serait mis sur le compte de la vacherie spongiforme affectant les bovidés. Mais pas du tout, tous ces désastres sanitaires, c’est réservé à tous les autres bouseux qu’on bichonne comme des cervi dés, avec qui on est censés pleurer sur leurs cornes de cocu. Mais les experts, pour ma pomme à moi, ils ont décrété que c’était moi le véreux, le négligent, rupture de la chaîne du froid, qui les aurait tués. Moi qui n’ai rien à me reprocher, je n’étais pas préparé à recevoir un coup pareil. Je suis profondément écœuré. J’ai acquis
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quelques lumières sur le fonctionnement d’une muni cipalité, sur la confraternité du fric qui circule entre eux dans des réseaux absolument interdits au connard moyen. Dans un bled de ce genre, vous avez le maire, le médecin, le notaire, le gros propriétaire et puis, un peu comme le coq sur un tas de fumier, il y a le bou cher. A la soute, le boucher, qui fait avancer la compa gnie ! S’il lui arrive un coup tordu, il n’aura pas de visite demiteinte, de ces arrangements qui se tricotent dans le dos des juges, quand ils font semblant de regarder ailleurs. Comprenez qu’ils se tiennent tous. Les autop sies ont été pratiquées par le docteur Mirepoix, expert, mais Mirepoix, c’est le copain de virée de notre vétéri naire, ça allait lever la mignonne du côté de la DASS, je n’en dévoile pas plus, mais j’adresse les photos si on me fournit les timbres et trois quatre balles pour le dé placement. Ce scandalelà, bien sûr qu’on n’en a pas parlé, tous copains dans le cocon, et ça se tient par la barbichette de leurs trous de balle. Donc si vous pen sez vraiment qu’on va m’accorder une contreexpertise à partir du moment où le véto a été blanchi, alors là vrai ment c’est que vous croyez que le Père Noël s’est ma rié avec Blanche Neige et qu’ils rendent les Sept Nains très heureux. Moi, je n’ai tué personne, jamais ! Les bêtes que je livrais à l’hospice SaintVincentdePaul étaient saines. Je suis prêt à manger un bœuf entier en place publique pour le prouver à toutes les bonnes gens du village. Parce que, voyezvous, quand on ne change pas d’adresse, faut voir que le tribunal continue de sié ger à tous les coins de rue. Si t’es passé entre les pattes de la « justice », tu suintes le crime par tous les porcs que tu ne peux plus vendre, si t’en pleures, c’est du re mords, si t’en ris, tu ricanes. Non mais voilà qu’ils me prennent pour un empoisonneur dans le patelin ! Pas croyable ! Un procureur qu’est pas du pays, un bou cher qu’a exercé pendant vingt ans ; ils croient le pro cureur, et il paraît qu’on serait chauvins, nous autres les Français ! Alors comme j’en ai plus que marre de raser
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les murs, je me suis dit en moimême quand j’ai appris qu’il y avait un nouveau mort à SaintVincentdePaul, et surtout quand j’ai appris que c’était Filliout qu’avait tiré sa révérence, excusez la longueur des phrases, vous avez qu’à tailler dans la barbaque si ça vous colle l’in digestion au cerveau, de toute manière j’encule les in tellectuels, j’ai plus rien à branler de ce qui gigote dans les branchages, j’ai même jamais beaucoup aimé les oi seaux, c’est vous dire si j’en suis détaché, détergé, dé gueulé des salamalecs, mais revenons au sujet, quand j’ai appris que c’était Filliout qu’était crevé à SaintVincent, j’ai donc dit : Je te déterre et je t’autopsie, toi, Filliout. (Un boucher peut se permettre des autopsies. Il voit clair en pas mal de domaines. Par exemple, il sait que les gens portent en eux ce qui les débecte le plus. Leurs saloperies ? leurs turpitudes ?… Mais non, leurs tripes, leurs intestins. S’ils étalaient devant eux ce qui les com pose, ils dégueuleraient au lieu de se transporter, de se bichonner, de se rafistoler. Un boucher, au contraire n’a pas peur des « vérités intérieures ».) Alors comme je ne suis pas fainéant, j’ai fait ni une ni deux, j’ai embarqué une pelle, une pioche. For cément j’avais attendu la nuit, et, quand le sparadrap a été mis sur les lèvres des endormis, je me suis rendu jusqu’au chemin des Dames. J’ai bifurqué dans le sen tier communal qui mène au cimetière. Évidemment, je connais l’objection que peut soulever mon entreprise : le mort que j’allais déterrer n’avait pu manger de ma viande depuis que j’étais interdit de pratique. A ce contradicteur, je rappelle que ce mort c’était Filliout, et Filliout, avant même d’aller couler son pus dernier à SaintVincent, c’était déjà mon client. Vous pensez peutêtre que tout ce que je lui ai vendu, c’est parti en fumée, en caca plutôt. Eh bien celui qui dit ça ne connaît rien à la viande. Je n’ai peutêtre pas fait de longues études, mais, pour être boucher, il faut pas être loin du chirurgien, et moi je sais très bien que la viande qu’on mange c’est de la
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noce, de l’intime. Dans le circuit ça se peaufine, ça veille au grain, à la graisse. Un vieux a dans le ventre tout un troupeau. Quand il ouvre la gueule, il bêle, il beugle, il grogne. Il se dégorge. Il est devenu de la vieille carne, un amalgame de tout ce qu’il a bouffé, prêt à être fourgué aux vers. Les vers, bien sûr que j’y avais pensé. Ces tor tillards sont véloces ; pas besoin de petite annonce pour les avertir d’un nouvel arrivage. Quand ils t’ont dans la peau, ils font pas de chichis. Pas jaloux pour trois ronds, ça te pénètre en groupe, ça partouze à mort, pour eux pas de bas morceaux, rien pour le clebs, tout pour leur gueule, à peine s’ils sont arrêtés par des pas sages trop durs, genre tibias, dents en or, boutons de braguettes, boucles d’oreilles, pacemaker, lunettes, etc. Ces squatters ne peuvent être délogés à moins d’enduire le client de DDT, ce qui ne peut le rendre plus comes tible. Et puis il y a les gaz, le bide qui explose, la bombe humaine la voilà, des petits feux follets, le carbone de l’éternité, le tango dernier dans les marais, faut faire gaffe, ça va vite la putréfaction ! Alors bien au fait des petites manies des morts, je savais qu’il me fallait opé rer à grande vitesse, sinon le Filliout, qui n’avait pas fini de me servir, allait encore m’attirer des remarques de la part des consommateurs associés, tous ces écolos mon cul, des fainéants qui voudraient que les petits oiseaux leur tombent tout propres, tout jolis dans la bouche, sans ficelle ni tralala et crever guéris en pissant de l’eau de rose, tout purs, tout blonds comme les eût aimés l’aryen de funeste mémoire. A propos de ces enculés, je me rappelle bien ma dernière visite à SaintVincent de Paul. Dès que j’ai poussé la camionnette dans l’allée, il y a eu quatre vieux qui se sont foutus en travers avec leurs cannes ou leurs bâtons qu’ils avaient ramassés. Filliout, vieux militant du mieux vivre, nouvel adepte du gentilgentil à mous tache, et puis surtout précrevard à l’asile de Saint
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