Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Achetez pour : 10,99 €

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Publications similaires

Une parisienne à Chicago

de editions-payot

Fin d'été

de albin-michel

Vous aimerez aussi

I Le premier jour à Paris
7
Parîs, e 28 juîn 1878
Me voîcî de nouveau dans cet îmmense iet doré, dans eque î faut bîen tomber de temps à autre, bon gré ma gré. La premîère foîs, j’y restaî quatre moîs, me débattant comme un 1 désespéré, et je bénîs e jour où j’en sortîs . Maîs je voîs bîen que a faute m’en étaît împutabe, aujourd’huî que j’y revîens
2 … disposé à une noble tranquillité.
Gare en effet à ceuî quî vîent à Parîs trop jeune, sans but précîs, a tête confuse et es poches vîdes ! Aujourd’huî je regarde Parîs avec sérénîté, et je e regarde à travers ’âme d’un amî très cher, quî me faît sentîr avec pus de vîvacîté et de fraïcheur toutes es împressîons de a premîère foîs. Et voîcî cees du premîer jour, tees que peuvent es rendre un esprît fatîgué et une pume empruntée à ’hôte. Avant d’être conduît à ’Exposîtîon, î faut que e ecteur pénètre avec nous dans Parîs ; nous jetterons ensembe un coup d’œî au théâtre avant de nous tourner vers a scène. Nous sommes descendus à a gare de Lyon, à huît heures du matîn, par un temps magnîique. Et nous nous trouvâmes d’embée dans ’embarras. Nous avîons u dans es journaux que es cochers de Parîs poussaîent eurs prétentîons jusqu’à refuser de transporter des voyageurs par trop corpuents. Je is 3 remarquer à Gîacosa que notre constîtutîon pouvaît parfaî tement provoquer et justîier un refus dédaîgneux du pus courtoîs des cochers. I s’assombrît, et moî aussî. De surcroït, nous portîons deux cachepoussîère quî nous grossîssaîent sans pîtîé. Comment faîre ? I ne nous restaît qu’à tenter de
8
faîre îusîon en nous approchant d’un iacre au pas de danse et en apostrophant ’homme d’une voîx de fausset. Ce fut un succès. Le cocher nous jeta un regard înquîet, maîs î nous 4 aîssa monter et î se dîrîgea rapîdement vers es bouevards . Nous devîons aer jusqu’au bouevard des Itaîens, c’està dîre gagner e centre de Parîs en passant par a pus admîrabe de ses rues.
La premîère împressîon est agréabe. C’est a grande pace îrréguîère de a Bastîe, spectacuaîre et tumutueuse, sur aquee débouchent quatre bouevards et dîx rues, et d’où ’on entend e grondement sourd du vaste faubourg SaîntAntoîne. Maîs ’on est encore abasourdî par e vacarme de a grande gare ugubre où ’on est descendu, fourbu et somnoent, et ce vaste espace peîn de umîères, toutes ces coueurs, a grande coonne de Juîet, es arbres, e vaetvîent frénétîque des voîtures et de a foue, c’est tout juste sî on es entrevoît. C’est e premîer soufle împétueux et sonore de a vîe de Parîs, et on e reçoît es yeux mîcos. On ne commence à voîr nettement que sur e bouevard Beaumarchaîs.
Icî Parîs commence à apparaïtre. La rue très arge, a doube rangée d’arbres, es maîsons joyeuses ; tout est caîr et fraîs, et de toutes parts se dégage un aîr de jeunesse. On reconnaït au premîer regard mîe petîts rafinements de confort et d’éégance, quî révèent un peupe peîn de besoîns et de caprîces, pour eque e superlu est pus îndîspensabe que e nécessaîre et quî jouît de a vîe avec un îngénîeux rafinement. C’est a buvette* quî respendît de verre et de méta, c’est e petît café prétentîeux quî voudraît passer pour uxueux, c’est e petît traîteur quî exhîbe es mêmes gourmandîses exquîses que e grand restaurant*, ce sont mîe petîtes boutîques, proprettes et rîantes, quî rîvaîsent de coueurs, d’étas, d’înscrîptîons, de mannequîns, de menus rubans et de verroterîes. Entre es deux rangées d’arbres vont et vîennent des iacres, des
9
fardîers, des voîtures tîrées par des machînes à vapeur et des omnîbus très hauts, chargés de passagers, quî cahotent sur e pavé înéga dans un fracas assourdîssant. Maîs ce n’est pas e même mouvement qu’à Londres. L’espace ouvert et verdoyant, es vîsages, es voîx, es coueurs, donnent à ce remueménage ’aspect d’un dîvertîssement bîen pus que d’un travaî. Et puîs a popuatîon n’est pas nouvee. Ce ne sont que des igures connues, quî prêtent à sourîre. C’est Gervaîse quî se montre sur e pas de sa boutîque, son fer à repasser à a maîn, c’est monsîeur 5 Joyeuse quî va au bureau en rêvant à une gratîicatîon , c’est 6 Pîpeet quî ît a gazette , c’est Frédérîc quî passe sous es 7 8 fenêtres de Bernerette , c’est a grîsette de Murger , c’est a 9 mercîère de Pau de Kock , c’est e gamîn* de Vîctor Hugo, 10 11 c’est e Prudhomme de Monnîer , c’est ’homme d’affaîres12 de Bazac, c’est ’ouvrîer de Zoa. Is y sont tous ! C’est aors que ’on s’aperçoît que, même à mîe îeues de dîstance, on vîvaît dans ’enceînte îmmense de Parîs ! I est huît heures et demîe, et a grande journée de a grande vîe – une journée pour Parîs, un moîs pour e nouve arrîvant – a déjà commencé, chaude et bruyante comme une bataîe. Pardeà a cameur de a rue, on entend confusément a voîx profonde des énormes quartîers cachés, te e mugîssement de a mer masquée par es dunes. On est à peîne sortî du bouevard Beaumarchaîs, on n’est pas encore parvenu au fond du bouevard des Fîesdu Cavaîre que déjà on devîne, on sent, on respîre, aaîsje dîre, ’îmmensîté de Parîs. Et ’on pense avec stupeur à ces petîtes vîes soîtaîres et sîencîeuses d’où ’on est partî, quî s’appeent Turîn, Mîan ou Forence, où ’on habîtaît tous porte à porte, au poînt de vîvre presque en famîe. Hîer nous voguîons sur un étang ; aujourd’huî nous navîguons sur un océan.
On a parcouru un peu pus d’un mîe : on entre dans e bouevard du Tempe. Icî, a voîe déjà très arge s’éargît encore, es maîsons s’éèvent, es rues atéraes s’aongent. La majesté de Parîs commence à apparaïtre. En effet, à mesure
10
que ’on avance, tout grandît en taîe et en beauté. Les théâtres commencent à déier : e Cîrque d’hîver, e ThéâtreLyrîque, a Gaïté, es FoîesDramatîques ; es cafés éégants, es «grands magasîns », es traîteurs rafinés ; et a foue prend un aspect pus caîrement parîsîen. I y a sensîbement pus de cîrcuatîon qu’en temps ordînaîre. Notre voîture est obîgée de s’arrêter à chaque înstant pour attendre que a ongue ie quî a précède se mette en mouvement. Les omnîbus de toutes es formes, quî ressembent à des maîsons ambuantes, se suîvent de très près. Les gens se croîsent en courant dans toutes es dîrectîons comme s’îs jouaîent à chat de part et d’autre de a rue, et sur es deux trottoîrs passent deux processîons înînterrompues. On entre dans e bouevard SaîntMartîn. C’est une autre étape sur a voîe de ’éégance et de a grandeur. Les kîosques barîoés devîennent pus nombreux, es boutîques pus rutîantes, es cafés pus pompeux. Les bacons et es cornîches des maîsons se couvrent d’înscrîptîons en gros caractères dorés quî font ressember toutes es façades aux frontîspîces de îvres gîgantesques. Les frontons des théâtres, es arcades des passages, es édîices recouverts de panneaux de boîs jusqu’aux premîers étages, es restaurants quî s’ouvrent sur a rue comme des tempes ou des théâtres aux mîroîrs ébouîssants, se succèdent sans întervae, es uns à a suîte des autres, comme une seue et même întermînabe boutîque. Mîe ornements, mîe fanfreuches, mîe appâts crîards, caprîcîeux, charatanesques, surgîssent, se baancent, se dressent de toutes parts, brîent à toutes es hauteurs, confusément, derrîère es arbres, quî étendent eurs frondaîsons audessus des kîosques, sur es bancs des trottoîrs, sur es statîons des omnîbus, sur es fontaînes, sur es tabes aux terrasses des cafés, sur es courtînes brodées des boutîques, sur es escaîers de marbre des théâtres. Après e bouevard SaîntMartîn, e bouevard Saînt Denîs. La grande rue s’abaîsse, se reève, se resserre, reçoît des lots de chevaux et d’hommes venus des grandes artères
11
des quartîers popueux, et ee s’étend devant nous, à perte de vue, grouîante de voîtures et noîre de monde, dîvîsée en troîs partîes par d’énormes guîrandes de verdure quî a rempîssent d’ombre et de fraïcheur. Depuîs troîs quarts d’heure on avance au pas, serpentant, frôant d’întermînabes ies de voîtures quî font penser à de fabueux cortèges nuptîaux quî s’étendraîent d’un bout à ’autre de Parîs. On entre dans e bouevard de BonneNouvee et on voît croïtre encore e fourmîement, e bourdonnement, e fracas, aînsî que a pompe des grands magasîns quî étaent sur a rue eurs énormes vîtrînes, ’osten tatîon de a récame*, quî monte du premîer étage au deuxîème, au troîsîème, aux cornîches, aux toîts ; es vîtrînes devîennent des saes, es marchandîses précîeuses s’entassent, es panneaux mutîcoores se mutîpîent, es murs des maîsons dîsparaîssent sous une décoratîon ébouîssante, puérîe et magnîique quî séduît et fatîgue e regard. Ce n’est pas une rue que ’on traverse : c’est une successîon de paces, une seue et îmmense pace parée pour a fête, où grouîe une mutîtude quî a du vîfargent dans es veînes. Tout est ouvert, transparent, exposé aux regards, comme dans un vaste et uxueux marché à ’aîr îbre. L’œî pénètre jusque dans es dernîères saes des boutîques rîchîssîmes, jusqu’aux oîntaîns comptoîrs* des cafés bancs et dorés, tout en ongueur, et dans es saes à ’étage des restaurants* prîncîers, et î embrasse au moîndre changement d’orîentatîon mîe beautés, mîe surprîses, mîe mînutîes pompeuses, une varîété îninîe de trésors, de frîandîses, de joujoux, d’œuvres d’art, de bagatees ruîneuses, de tentatîons en tout genre, dont on ne se déîvre que pour y retomber de ’autre côté de a rue, ou pour se récréer e ong de deux rangées sans in de kîosques, quadrîés et barîoés comme un habît d’Arequîn, couverts d’înscrîptîons et de igures grotesques, tapîssés de journaux de tous es pays et de tous es formats, quî donnent au vaste bouevard ’apparence extravagante et sympathîque d’un grand carnava îttéraîre. Et pendant ce
12
tempsà, du bouevard de BonneNouvee on entre dans e bouevard Poîssonnîère, et e spectace se faît pus varîé, pus ampe et pus rîche. Et on a déjà parcouru quatre mîe mètres, éprouvant de pus en pus vîvement un sentîment nouveau, quî n’est pas un pur émerveîement, maîs une însatîsfactîon confuse, un regret peîn de désîrs, ’amertume du jeune homme quî se sent humîîé à sa premîère entrée dans e monde, une sorte de déceptîon d’amourpropre, quî s’exprîme par des coups d’œî dépîtés et rageurs jetés à a mesquînerîe de nos bagages, exposés à a rîsée, sur e sîège de a voîture, au beau mîîeu de ce uxe însoent.
Et, enin, on entre dans e bouevard Montmartre, auque font suîte ceuî des Itaîens, ceuî des Capucînes et ceuî de a Madeeîne. Ah! voîcî e cœur ardent de Parîs, a voîe royae des trîomphes mondaîns, e grand théâtre des ambîtîons et des débauches fameuses, où afluent ’or, e vîce et a foîe des quatre coîns de a terre ! Icî a pompe atteînt son combe. C’est a métropoe de a métropoe, e paaîs roya toujours ouvert de Parîs, où tendent et convergent toutes es aspîratîons. Icî a rue devîent pace, e trottoîr devîent rue, e magasîn devîent musée ; e café, théâtre ; ’éégance, faste ; a spendeur, étînceement ; a vîe, ièvre. On voît passer des nuées de chevaux et des torrents de foue. Vîtrînes, enseîgnes, avîs, portes, façades, tout se dresse, s’éargît, s’argente, se dore, s’îumîne. C’est une course au faste et à ’écat quî conine à a foîe. On y trouve a propreté hoandaîse, a gaîeté d’un jardîn et toute a varîété de coueurs d’un bazar orîenta. On dîraît ’unîque sae, démesurée, d’un énorme musée où es ors, es pîerrerîes, es dentees, es leurs, es crîstaux, es bronzes, es tabeaux, tous es chefsd’œuvre de ’îndustrîe, toutes es séductîons de ’art, tous es fastes de a rîchesse, tous es caprîces de a mode se pressent et s’exposent dans une profusîon quî effare et une grâce quî enchante. Les