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Chapitre 1
— Vous êtes bien la mère de Ben Matthew ?
Ben ?… Mais qu’était-il arrivé à Ben ?
Sentant ses jambes la trahir, Julie Matthew chercha un appui derrière elle, contre le mur.
— Oui, fut tout ce qu’elle put articuler.
— Je suis désolée, madame, votre fils a été victime d’un accident. L’ambulance l’a amené ici, à l’Hôpital Général.
Non !
Julie ne cria pas réellement ce « non », du moins elle ne le pensait pas. Elle essaya de demander ce qui s’était passé, où aller, comment allait son fils, mais son esprit ne cessait de répéter en boucle : Ben, Ben, Ben, Ben… Son amour de petit garçon de neuf ans.
*  *  *
Elle prit un taxi pour se rendre à l’hôpital. Gina l’avait appelé pour elle et avait promis de prévenir Russel. Julie aurait dû le faire elle-même, mais lorsqu’elle avait eu son portable en main, elle n’avait pas réussi à composer le numéro tant ses doigts tremblaient.
Ayant réglé la course, elle descendit de la voiture et referma la portière. Elle se trouvait à présent devant l’hôpital et son cœur cognait à grands coups dans sa poitrine. Les lettres rouges du mot URGENCES lui parurent menaçantes, presque maléfiques. Alors, elle respira profondément, ce qui ne la soulagea guère, mais lui donna la force de se diriger vers le bureau des admissions.
— Julie…
Elle se figea en reconnaissant son mari, qui, elle ne savait trop comment, avait réussi à se trouver là avant elle. Il avait cet air de stupeur qu’ont les victimes de catastrophes sur les couvertures de Life.
— Je n’arrive pas y croire…, dit-il d’une voix blanche.
Il ouvrit les bras et, l’espace de quelques secondes, elle s’abandonna au réconfort qu’il lui offrait.
— Comment as-tu pu arriver aussi vite ? demanda-t-elle.
— J’étais sur la route de la maison quand Gina m’a appelé.
Mais cela n’avait pas d’importance. Une seule chose comptait pour l’instant : Ben.
— Où est-il ?
— Je ne l’ai pas encore vu. Ils m’ont dit qu’il avait une blessure à la tête. Il était inconscient quand il est arrivé. Je pense qu’il l’est encore.
*  *  *
Coma ? Julie avait souvent lu des livres, vu des films dont un des personnages se trouvait dans cet état. A présent, elle se rendait compte qu’elle ne savait pas réellement ce que le terme recouvrait. Le Dr Assad, le neurologue qui s’occupait de Ben, essaya de le lui expliquer :
— Lorsque vous le verrez, vous aurez l’impression qu’il dort, mais Ben ne répond pas aux stimuli extérieurs comme une personne endormie le ferait.
— Mais… il se réveillera, n’est-ce pas ?
Russel avait posé la question que Julie n’avait pas osé formuler.
— Le scanner a révélé plusieurs petites hémorragies, dit le Dr Assad. Nous ne serons pas en mesure d’évaluer la gravité de son état avant quelques jours.
Julie n’était pas capable d’articuler une question ni même le moindre commentaire. Cela ne pouvait pas leur arriver ! Pas à eux… Pas dans leur foyer… Et cependant, il n’y avait aucun doute sur la réalité. Ni sur le sérieux du médecin à l’aspect soigné, professionnel, qui se tenait debout devant elle et son mari.
— J’aimerais pouvoir vous apporter plus de réponses, continuait le Dr Assad. Je sais combien l’incertitude est pénible pour les familles. Mais dans le cas de lésions cérébrales, il est extrêmement difficile de se prononcer. Je crains que nous ne devions renoncer à tout pronostic pour le moment, et suivre l’évolution de Ben au jour le jour.
— Peut-on le voir, docteur ? Peut-on voir Ben ? demanda Russel.
Le médecin hocha la tête.
— Il est encore en salle de réanimation. Ne soyez pas effrayés par l’activité déployée autour de lui, non plus que par le tube qui sort de sa gorge ou les divers monitorings auxquels il est relié. Nous prenons grand soin de votre fils, c’est tout.
Julie, guidée par la main de Russel posée dans son dos, suivit le médecin dans un état second. Les gens, les couloirs, les murs n’étaient qu’une succession de formes blanches, grises ou vertes dénuées d’existence et de consistance. Une seule pensée l’habitait : Ben. Tout ce qu’elle voulait, c’était Ben. Voir Ben. Tenir la main de Ben.
Néanmoins, à l’entrée de la salle, Julie se figea de terreur. Car elle ne vit pas les cinq ou six personnes en blouse verte ni le matériel sophistiqué dont lui avait parlé le Dr Assad. Non, elle ne vit que , son enfant, étendu sur son lit, inerte comme un mort, et vers qui toute la lumière de la pièce semblait converger.lui
Le neurologue s’était trompé : Ben n’avait pas l’air de dormir. A la maison, il dormait les bras au-dessus de la tête, les couvertures en désordre d’un côté ou de l’autre, jamais sur lui, ses boucles rousses retombant de façon charmante sur son front. Tandis que là…
Là, il était allongé tout droit, les bras le long du corps, un drap replié impeccablement sur les jambes, ses beaux cheveux partiellement rasés.
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