Storyboard

De
Publié par

Daniel a un travail. Et un appartement. Daniel a également une sœur, et une mère. Daniel a même des amis. Daniel a aussi une vie. Même si cette vie doit suivre un scénario stupide et précis à la fois, maîtrisé jusque dans ses moindres détails. Mais ce que ne dit pas le scénario, c’est si tout cela mènera un jour à quelque chose, quelque part. Le monde tel que Daniel le voit, c’est un décor immense et figé dans lequel il est condamné à errer, un monde où sa solitude n’a pas de place. Mais Daniel s’accroche , à Julie, surtout, qui ne connaît que trop bien la fin de ce genre d’histoires. Suffira-t-il de l’arrivée de Nathalie et de sa jeunesse pour changer le cours du scénario ? Et si tout était déjà écrit d’avance ?
Publié le : lundi 8 juillet 2002
Lecture(s) : 69
EAN13 : 9782748122008
Nombre de pages : 219
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Storyboard
Vincent Risueno
Storyboard
ROMAN
© manuscrit.com, 2002 ISBN: 2-7481-2201-1 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-2200-3 (pour le livre imprimé)
Avertissement de léditeur
Découvert par notre réseau de Grands Lecteurs (libraires, revues, critiques littéraires et de chercheurs), ce manuscrit est imprimé tel un livre. Déventuelles fautes demeurent possibles ; manuscrit.com, respectueuse de la mise en forme adoptée par chacun de ses auteurs, conserve, à ce stade du traitement de louvrage, le texte en létat. Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com 5bis, rue de lAsile Popincourt 75011 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.com
Prologue
Il est dix heures et quart du matin quand Daniel se réveille, allongé sur un canapé, au milieu dun petit salon. Il a besoin de cinq minutes pour reconnaître lappartement de Julie car il fait sombre à lintérieur. Daniel doit son réveil à une forte douleur à la tête et la jambe gauche. Il se lève et ouvre la fenêtre, constate quil fait beau. Il est tout seul dans lap-partement, sans doute Julie est-elle partie travailler. Tout lui revient alors rapidement en mémoire, même si ses souvenirs restent confus. Il ne comprend pas pourquoi Julie la laissé dormir chez elle au lieu de le jeter dehors, et encore moins pourquoi elle lui a bandé la tête comme laurait fait nimporte quelle infirmière dévouée à son métier.La gentillesse des femmes est décidément sans limites, se dit Daniel en soupirant.A croire quelles nont pas la moindre idée de ce quest réellement un homme. Surtout un homme comme moi. Puis il va dans la salle de bains et enlève le ban-dage avec précaution. Une croûte de sang séché sest formée à lendroit où Julie la frappé avec son gros oeuf en pierre polie. Daniel fait rapidement sa toi-lette et avale une aspirine. Il trouve un message de Julie sur la table de la cuisine ; il est écrit : « Mets les clés dans la boîte aux lettres en sortant. » Daniel sait ce que ce message signifie réellement. Daniel sort
7
Storyboard
donc de lappartement. Il ne pense pas y retourner un jour.
Sur le chemin du retour Daniel passe devant un magasin qui vient douvrir depuis peu et décide dy entrer. Il déambule ainsi au milieu des télévi-sions, des magnétoscopes, des chaînes hi-fi, des téléphones portables, des ordinateurs, le magasin est immense et parfaitement propre, partout des affiches colorées lui proposent dacheter de la musique, des images, des mots, des idées, et bien dautres choses encore, et Daniel est nerveux car il soupçonne des caméras invisibles de le surveiller au moindre de ses pas, et en même temps Daniel se demande si les gens qui marchent autour de lui existent vraiment, sils ne sont pas en réalité des comédiens, ou des fantômes, et Daniel a beaucoup de mal à admettre quils puissent posséder comme lui uneâmeune conscience, peut-être ? Qui sait ? -, car il ne voit que leurs vêtements aux couleurs sombres et leur visage sans expression, et rien dautre. Alors pour se rassurer Daniel choisit un disque en vitesse -une compilation de musiques de films - puis attend sagement en faisant la queue à la caisse, comme tout le monde. Comme tout le monde. Puis Daniel rentre chez lui. Ce nest que la nuit tombée quil prend réellement conscience des évè-nements quil vient de connaître. Quelque chose en lui a changé, sans quil puisse définir avec certitude la nature exacte de ce changement. Daniel est toute-fois sûr dune chose : il nest désormais plus à labri de lui-même. Une barrière intime qui le protégeait jusqualors sest effondrée en lespace dune seule nuit, labandonnant dans sa propre folie quil croyait étrangère, lointaine, elle et la menace dactes irréflé-chis dont il se sait incapable dempêcher le déroule-ment. Il sait quil ne pourra pas lutter. Il sait éga-lement quil ne sera pas vraiment responsable ; du
8
Vincent Risueno
moins essaie-t-il de sen convaincre. Daniel aime-rait croire quil ny a pas eu davant et après cette fa-meuse nuit, que rien na fondamentalement changé. Il aimerait tant y croire. Daniel doit se rendre à lévidence : de tels faits ont réellement eu lieu. Des actes ont été accomplis, des paroles ont été prononcées, parfois à regret. Mais que lui importent les regrets ? Ce qui importe main-tenant, cest de redéfinir lui-même la nouvelle ligne de conduite. Ecrire la fin du scénario, et respecter ce dernier jusquau bout. Et tant pis si tout nest quillu-sion, sil ne restera pour toujours quun simple ac-teur à qui on aura réussi à faire croire quil pouvait réellement lui arrivait des choses merveilleuses, des choses quil noublierait jamais. Daniel allume son ordinateur, espérant trouver une solution à travers son manuscrit.Car il doit bien y avoir une solution, nest-ce pas ?, se demande Daniel. Mais laquelle ? La destruction de magasins de luxe nest pas une solution. Voyager nest pas une solution. Sinstaller pour toujours nest pas une solution. Lalcool nest pas une solution. Trois paquets de cigarettes par jour nest pas une solution. Lhéroïne nest pas une solu-tion. Le Prozac nest pas une solution. Se souvenir nest pas une solution. Attendre indéfiniment nest pas une solution. Travailler toute sa vie nest pas une solution. Gagner de largent nest pas une so-lution. Dépenser de largent nest pas une solution. Le sexe nest pas une solution. Labstinence nest pas une solution. Dieu nest pas une solution quand on ne croit pas en Dieu. Lart nest pas une solution quand on ny comprend rien. Lamour nest pas une solution quand on ne croit pas en lamour. Ou quand on ny croit plus. Et la seule lueur quaperçoit Da-niel, une lueur tangible,réelle, cest celle émanant du pistolet de Patrick posé sur son bureau, reflétant
9
Storyboard
la lumière blanche de lécran de son ordinateur. Da-niel reste ainsi un moment, parfaitement immobile, comme hypnotisé par une force inconnue. Puis il se saisit de larme et met le canon contre sa tempe, tout en sachant pertinemment que le pistolet nest pas chargé. Daniel sursaute lorsquil appuie sur la dé-tente, un peu honteux davoir eu peur.Serait-ce aussi facile que cela? se dit-il en faisant tourner larme dans sa main.Non, bien évidemment. Cela aussi, jen suis incapable.Puis il ouvre sa fenêtre et jette un coup dil aux alentours. Quelques passants traînent en-core dans les rues, surtout des couples qui reviennent du restaurant. Daniel les vise avec le pistolet, décri-vant des arcs de cercle avec son bras. Dehors lair est très doux. Un plan commence alors à prendre forme dans lesprit de Daniel. Puis il ferme la fenêtre et part se coucher ; il essaiera en vain de dormir, tout son être en proie à une profonde agitation.
Vous vous sentez perdu ? Cest tout à fait normal. Sûrement serait-il plus sage de commencer par ce qui semble être le début.
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.