Sucurijù

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« En face de moi, une branche s'écarte silencieusement. Je me relève et scrute le feuillage. Encore un imperceptible mouvement de feuilles, et j'aperçois les oreilles, les yeux, le mufle d'un jaguar qui me fixe. Mais après quelques secondes je me vois baissant lentement mon arme. Les oreilles du fauve se redressent, ses yeux cessent de jeter des éclairs. Il n'y aura pas d'attaque. Je lui parle d'une vois douce : pois é, amigo Onça, je suis un homme. Tu n'as jamais vu quelque chose comme moi, hein ? Moi aussi, je cherche à manger...»

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782844508188
Nombre de pages : 308
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DES PéPINS, DES PéPINS, ENCORE DES PéPINS !
Voisins mÉchants À CayeNNe, Satiro et les copaiNs oNt déméNagé. Il y a maiN-teNaNt daNs l’appartemeNt uN Coolie. Comme je passe devaNt l’appartemeNt, je le salue et lui teNds la maiN. Il me regarde méchammeNt, retire vivemeNt la sieNNe eN me coNseillaNt d’aller me faire foutre. Pourquoi dit-il ça ? ON Ne se coNNaît même pas ! Je veux lui souhaiter la bieNveNue et je suis reçu comme si j’étais Méphistophélès ! Et les jours suivaNts, chaque fois que je passe, j’ai droit à uNe réflexioN désobligeaNte. QuaNd je vois sa femme, je peNse que Nous pourroNs Nous eNteNdre, vu qu’elle est brésilieNNe. Mais elle se met à m’iNsul-ter ! Il paraît que je suis uN « verdadeiro filho duma égua », uN « safado » et uN « fresco disgraçado ». Quel laNgage daNs la bouche d’uNe femme ! Elle ajoute que quaNd oN a uNe tête comme la mieNNe, oN Ne devrait pas sortir daNs la rue pour agres-ser les geNs par la seule vue de ma gueule repoussaNte, grima-çaNte et tordue. Elle profère moult meNaces de Nature et d’origiNe iNdétermiNées quoiqu’uNiformémeNt épouvaNtables pour me faire compreNdre que je ferais mieux de quitter l’appart, la ville, et taNt qu’à faire le pays. Elle est forte celle là : deux étraNgers qui vieNNeNt s’iNstal-ler daNs moN pays et ils se comporteNt exactemeNt comme s’ils veNaieNt d’aNNexer le territoire par la force ! Je trouve souveNt des ordures déversées devaNt ma porte ou autres méchaNcetés. Ce soNt eux évidemmeNt, mais ils préteNdeNt bieN sûr le coNtraire : ils Ne soNt pas gardieNs des lieux, diseNt-ils, et Ne soNt pas respoNsables de ce que d’autres foNt. Eux Ne foNt qu’ap-prouver ces agissemeNts mais eN soNt iNNoceNts comme l’agNeau qui vieNt de Naître.
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Les touristes qui me font fâcher avec un Élu ENcore uN groupe de persoNNes. nous alloNs comme avec les autres visiter les marais. Ce soNt des geNs qui aimeNt leurs aises et ils demaNdeNt à dormir daNs le carbet de passage. Mais les coNditioNs de logemeNt leurs paraisseNt iNcorrectes pour le prix. Ils me demaNdeNt de les emmeNer voir le maire. Il est daNs le village. Ils foNt leurs doléaNces, mais se foNt eN répoNse eNguirlaNder par celui-ci. Il y eN a qui Ne soNt jamais coNteNts ! Si les lieux Ne leurs coNvieNNeNt pas, ils N’oNt qu’à rester chez eux ! Et il s’eN preNd à moi. Pourquoi lui fais-je perdre soN temps avec des gueulards pareils ? n’ai-je pas autre chose à faire que de lui ameNer des geNs iNiNtéressaNts ? Et d’abord, quaNd libére-rai-je les lieux de ma préseNce polluaNte ? Jusque-là il m’avait toléré daNs sa commuNe mais puisque je Ne veux pas y mettre du mieN, il m’iNterdit désormais de remettre les pieds ici. Je N’ai qu’à aller faire mes affaires daNs d’autres villages, si taNt est que l’uN d’eux soit aussi patieNt qu’il l’avait été avec moi. AlloNs, boN ! Qu’est-ce qui lui preNd ?
On annexe mon appartement. niNita, la compagNe d’uN copaiN, me préseNte soN oNcle. Il me demaNde s’il pourrait passer quelques jours ici car il vieNt d’arriver du Brésil et N’a aucuN logemeNt. Je Ne demaNde pas mieux que d’aider temporairemeNt uNe famille eN difficulté et leur ouvre moN logemeNt. Il arrive le leNdemaiN. Avec lui soN frère, sa femme, ses deux eNfaNts. Au retour de la chasse suivaNte, je suis surpris de voir uN tas d’objets de toute sorte. Ça par exemple, mais oN dirait qu’ils veuleNt s’iNstaller ici comme chez eux ! Ils oNt uN peu trop de choses pour des geNs soi-disaNt arrivés du Brésil. Je dis au gars qu’il Ne faut pas exagérer et que j’espère qu’il va rapidemeNt trouver uN autre logemeNt. Mais il N’eN a NullemeNt l’iNteNtioN ! Il va rester daNs l’appartemeNt, vu que je N’eN ai besoiN que quaNd je reNtre de la chasse. Il sera « eNchaNté » de me faire uNe place chaque fois que je reNtrerai, mais il Ne quittera pas ce logemeNt pour se retrouver daNs la rue, il habite désormais ici. Je vais voir les flics. Après s’être fait prier, ils vieNNeNt fiNalemeNt. Mais ils Ne foNt qu’affirmer mollemeNt à mes locataires qu’ils devraieNt partir. EN fait, par leur mollesse, ils oNt plutôt eNcou-
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ragé ces geNs à rester chez moi ! Toutes les semaiNes apparem-meNt, uN truc désagréable me tombe dessus. Quel sera le pro-blème suivaNt ?
Vol de mon auto La Nuit, après avoir été faire uN peu la java à la crique, j’ai uNe très mauvaise surprise : moN auto a disparu. Voilà qui Ne va pas arraNger mes affaires. Je me doutais bieN que les eNNuis N’étaieNt pas fiNis. J’ai, à N’eN pas douter, uN problème : d’abord uNe grave fâcherie avec uN maire, puis de Nouveaux voisiNs iNcroyablemeNt hostiles, eNsuite oN aNNexe moN logemeNt, puis le vol de ma voiture ? UNe série Noire. Que faire ? Je Ne vois pas treNte-six solu-tioNs : c’est uNe sorte de tempête, il faut serrer les deNts et coNti-Nuer à avaNcer saNs se décourager, jusqu’à l’avoir traversée. La série Noire va forcémeNt cesser au bout d’uN momeNt. FraNcisco dit que la vie est comme uN fleuve, la source et l’embouchure étaNt pour chacuN de Nous respectivemeNt la Nais-saNce et la mort. Pourquoi des hommes meureNt-ils à quaraNte aNs et d’autres à quatre-viNgt-dix aNs ? Parce que les uNs hériteNt d’uN fleuve court, d’autres d’uN fleuve loNg, d’uN plus facile ou plus difficile. Il y a souveNt des écueils daNs le fleuve, c’est à dire daNs la vie. C’est le destiN de chacuN et cela Ne peut être chaNgé. CepeNdaNt, rieN N’est décidé d’avaNce. Si l’oN desceNd iNé-luctablemeNt le cours de la vie, oN peut maNœuvrer par Nos efforts et Notre voloNté pour choisir Notre propre chemiN daNs les limites de ce fleuve. LoNger la rive droite, la rive gauche, préfé-rer le milieu, preNdre uNe courbe par l’iNtérieur ou au coNtraire par l’extérieur, dévier la trajectoire pour éviter de heurter uN rocher. Parfois, le fleuve-vie est comme uN saut, se partageaNt eN plusieurs bras et Nous avoNs alors uN choix à faire daNs le par-cours que Nous preNoNs. Ce choix N’est pas toujours évideNt : coNtourNer l’uN des îlets, aNticiper ou corriger la dérive due au couraNt, preNdre la passe de droite, celle de gauche ? L’uNe s’avéraNt violeNte et daNgereuse, l’autre plus calme. La secoNde N’étaNt d’ailleurs pas NécessairemeNt le meilleur choix car oN a
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parfois besoiN aussi de Naviguer eN eaux violeNtes et de heurter quelques écueils pour s’eNdurcir et preNdre de l’expérieNce. De temps eN temps aussi, il N’y a qu’uNe seule voie et c’est alors uN passage obligé. EN ce momeNt, ma vie est eN traiN de passer daNs uN saut rugissaNt et iNcoNtrôlable et je suis chamboulé, heurtaNt violem-meNt les roches. Survivrai-je jusqu’à parveNir aux eaux calmes ?
Naufrage Je dois régulièremeNt faire des voyages à la ville pour veNdre ma productioN de caïmaNs empaillés et pour m’approvi-sioNNer. Au momeNt de partir, MoNsieur Dolor, uN aNcieN, me dit que je preNds des risques. C’est doNc avec uNe forte appréheN-sioN que je preNds la mer daNs la Nuit. À trois heures du matiN, je quitte le vieux port. L’océaN paraît calme. SoudaiN, je perçois uN groNdemeNt. La peur me saisit immédiatemeNt aux tripes et bloque ma respiratioN. UNe image terrifiaNte pas si aNcieNNe me revieNt à l’esprit : d’où va veNir la vague moNstrueuse ? CommeNt vais-je mourir ? Mais ce N’est qu’uNe petite vague qui déferle uN peu sur le sommet. Ouf ! Je dépasse le plateau du Mahury quaNd poiNteNt les pre-mières lueurs de l’aube. Je peNse que j’ai affroNté avec succès l’épreuve la plus difficile : la NavigatioN NocturNe daNs les récifs. Je commeNce déjà à apercevoir les vagues à quelque dis-taNce daNs le Noir moiNs profoNd et le levaNt commeNce à se teiN-ter légèremeNt. D’abord grise puis jauNe pâle, uNe zoNe de plus eN plus large colore le ciel piqueté d’étoiles. L’uNe d’elle, d’uN jauNe éclataNt, s’est levée depuis peu. C’est la belle Aphrodite qui Nous parle des douceurs de la vie. Tout le ciel est maiNteNaNt bleu. Le disque éblouissaNt est sur le poiNt de s’élaNcer au-dessus de l’horizoN mariN. ENtre deux Nuages d’or, plusieurs rayoNs traceNt de loNgues raies de lumière jauNe qui alterNeNt avec l’azur, dessiNaNt comme l’éveN-tail d’uNe reiNe. UN petit éclair puis il apparaît, comme uNe baleiNe lumiNeuse qui fait leNtemeNt surface. EN quelques miNutes, il a quitté le moNde aquatique pour l’aérieN, moNtaNt tout droit comme uNe moNtgolfière.
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