Sur les rives de Meadow Lake (Harlequin Prélud')

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Sur les rives de Meadow Lake, Ann DeFee

Sur les rives de Meadow Lake, le temps semble suspendu, pour Jasmine et Charlie, dans la quiétude d'un éternel été fait de jeux et de rires. Mais un drame vient brutalement mettre fin à leur belle insouciance : alors qu'ils viennent de se donner l'un à l'autre pour la première fois, avec toute l'ardeur de leurs seize ans, persuadés que rien ne les séparera jamais, l'ex-petite amie de Charlie découvre qu'elle est enceinte... A Meadow Lake, les étés vont désormais se succéder comme de tristes hivers pour Jasmine et Charlie, dont les rêves d'avenir ensemble semblent définitivement brisés. Mais la vie réserve parfois bien des surprises et, soudain, un certain été.

Publié le : lundi 1 juin 2009
Lecture(s) : 14
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280274852
Nombre de pages : 352
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Eté 1973
Chapitre 1

Journal

« Allongée au soleil, sur le ponton de bois qui surplombe la paisible rivière au fond de la propriété de mes parents, je savoure avec mes trois meilleures amies, Bunny Bennett, Mary Alice Cunningham et Misty Steward, la fin des examens et le début des vacances. En dépit de nos différences, nous sommes inséparables depuis notre première année d’école.

Moi, c’est Jazzy, de mon vrai nom Jasmine Boudreaux.

Mary Alice est la mystique du groupe. Elle est posée et sensible. Bunny, la rebelle, est toujours en mouvement. Misty, l’intellectuelle, passe avec autant d’aisance de l’analyse du libéralisme selon Ayn Rand à celle du communisme selon Karl Marx. Quant à moi, des quatre, je suis celle qui a le caractère le plus pratique, mais je dois avouer que je suis très naïve et je me laisse souvent embarquer dans les histoires les plus invraisemblables.

Ainsi, je me suis mis en tête que, Mary Alice et moi, nous sommes les deux seules filles de la classe de terminale à n’avoir jamais couché avec un garçon. Du moins, c’est ce que j’imagine… parce que, entre nous quatre, il n’est jamais question de ces choses-là.

— Jasmine Boudreaux ! Les filles ! Vous m’entendez ? Attention aux serpents !

Portée par les flots alanguis de la rivière, la voix lointaine de maman s’effiloche jusqu’à nous.

Elle insiste.

— Bucky en a vu une bonne demi-douzaine hier soir et vous savez que ces sales bêtes affectionnent tout particulièrement l’endroit où vous êtes.

— Oui, maman. On fait attention.

Bucky, c’est mon frère… Quel empêcheur de tourner en rond, celui-là ! Etudiant en troisième année à l’université du Texas, c’est un je-sais-tout.

Tiens, voilà que Bunny se lève, maintenant, et qu’avec son plus bel accent texan elle engage la conversation avec maman. Elle ne sait donc pas qu’il n’y a pas plus bavarde que ma mère ?

— Madame Boudreaux, est-ce que ma maman a appelé ?

— Non, ma chérie. Que veux-tu que je lui dise quand elle téléphonera ?

— Juste lui rappeler que je passe la nuit ici, s’il vous plaît.

Et d’ajouter entre les dents, à notre seule intention :

— Si toutefois ça l’intéresse de savoir où je suis…

— Tu peux compter sur moi. Jazzy, nous allons dîner au club, ce soir. Je vous laisse de l’argent sur la table de la cuisine. Allez manger au Pink Pig.

A Meadow Lake, huit mille six cent trente et un habitants, il n’y a guère qu’au Pink Pig Burger Emporium qu’il se passe quelque chose. Enfin, si on peut dire ! En tout cas, c’est là qu’on trouve la nourriture grasse et sucrée qu’on aime, et c’est là aussi qu’on se rassemble pour faire la fête avec tous les ploucs du coin.

Ce n’est pas toujours facile de grandir dans une petite ville du Texas du Sud, surtout quand on a, comme moi, un père chef de la police. Tout le monde, je dis bien tout le monde, met un point d’honneur à rendre compte de chacun de mes faits et gestes à mes parents — si j’avais l’audace de proférer une grossièreté, maman en serait informée avant même que j’aie refermé la bouche.

Bref, chaque fin de semaine, c’est autour du Pink Pig qu’on se retrouve entre jeunes. On gare les voitures dans le parc de l’autre côté de la ville et on commence par aller au cinéma. Puis, bras dessus bras dessous, on va faire un tour jusqu’à la Pizzeria Garcia, pour finir devant le Pink Pig. Et la soirée se passe à s’observer du coin de l’œil, en pouffant et en rougissant.

Mais moi, ce qui me préoccupe pour l’instant, c’est ce qui m’attend après le lycée… Alors, les recommandations de ma mère qui se mêle toujours de tout, c’est à peine si je les entends.

— Misty, prends garde aux coups de soleil. Ta peau de rousse est fragile, n’oublie pas !

— Oui, madame, acquiesce la rousse en question en se badigeonnant le ventre d’huile solaire pour bébé.

Puis, se tournant vers nous, elle ajoute :

— Dites, si j’avais encore plus de taches de rousseur, vous ne croyez pas que j’aurais l’air bronzée ?

Quelle question ! Ma pauvre, on n’en pense rien.

Depuis toute petite, bronzer est une obsession pour Misty. Mais elle n’a jamais pu dépasser le stade des taches de rousseur, en passant par les cloques et la peau qui pèle. Ce n’est pas comme moi. J’ai hérité du teint de mes ancêtres cajuns et, à la fin de l’été, je serai aussi noire qu’une mûre, au grand dam de Misty.

Pour revenir à Meadow Lake, si les distractions y sont limitées, vivre dans une petite ville n’en offre pas moins un grand avantage : on s’y fait des amis pour la vie. Des amis avec qui on partage tout, les pensées, les rêves, les maladies d’enfants.

Tout, sauf les petits copains !

Mais c’est une autre histoire que je raconterai plus tard. Pour l’instant, laissez-moi vous parler de mes amies.

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