Sus Scrofa

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Pourquoi Gabriel Grès, l’austère commandant de bord, démissionne-t-il du jour au lendemain pour aller s’installer dans l’arrière-pays Varois, avec les sangliers pour seule compagnie ? Du co﷓,pilote à la chef de cabine, plus personne n’entend parler de lui. Jusqu’au jour où ils découvrent, dans les médias, que le commandant est soupçonné d’avoir sauvagement tué un chasseur. Les meurtres s’enchaînent et la région sombre peu à peu dans la psychose. Dans la veine des nouveaux thrillers écologiques, Sus Scrofa n’hésite pas à pénétrer de plain-pied dans le milieu des chasseurs.
Publié le : dimanche 5 mars 2006
Lecture(s) : 78
EAN13 : 9782748169065
Nombre de pages : 215
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Sus Scrofa
Gilbert Lèbre
Sus Scrofa
ROMAN
Le Manuscrit www.manuscrit.com
© Éditions Le Manuscrit, 2006 20, rue des Petits Champs 75002 Paris Téléphone : 08 90 71 10 18 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.com ISBN : 2-7481-6907-7 (fichier numérique) ISBN : 2-7481-6906-9 (livre imprimé)
I Le vieux solitaire s'éloigne peu de la compagnie. Aux premières lueurs de l'aube, l'homme devine son regard de myope dans les taillis. Il est à une centaine de mètres au-dessus. Invisible, silencieux, rusé. Il veille. Les sangliers sont rentrés au petit matin, après avoir passé la nuit à fouger le sol à la recherche de glands et de racines. L'homme est allongé, sa tête repose sur le flanc de la laie adulte qui mène la compagnie. Nous sommes à la fin du mois d'août, une seule nuit d'orage n'a pas suffi à assouplir la terre et à relancer la maigre végétation. Pour se nourrir la petite troupe a dû pousser jusqu'à la lisière de la forêt, sans doute les bêtes ont-elles piétiné et mangé une centaine de mètres carrés de maïs. L'agriculteur ira déclarer le "désastre " à la mairie, comme toujours, il en rajoutera puisqu'il sera indemnisé. La compagnie, aujourd'hui, comprend six laies dont Roma, la plus âgée. Deux jeunes femelles ont été tuées pendant les dernières battues, leurs orphelins ont été adoptés par le groupe.
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SU SSC R O F A
L'homme est adossé à la bête. Lorsqu'elle a regagné sa bauge, son souffle était court et bruyant. Maintenant il est régulier. Parfois, elle soulève sa formidable tête et la tourne vers lui. Elle soupire bruyamment, grommelle ou couine. Lui, passe la main sur son nez humide où un peu de terre s'est accrochée, l'en débarrasse et s'amuse à presser ce boutoir sensible et si résistant à la fois. Cela fera bientôt un an qu'il vit avec la petite troupe de sangliers dans ces forêts de l'arrière-pays méditerranéen. Avec eux il a connu la peur, la trouille absolue, celle qui tétanise l'homme ou qui le fait détaler, aveugle, inutile. La compagnie est très bavarde, peu à peu il a appris à la comprendre. Lorsque septembre arrive et que les aboiements des chiens montent des plaines, le nez frémissant des bêtes prélève un peu d'air. Elles se lèvent en silence, les petits se regroupent auprès de leurs mères. Roma reste immobile à renifler et à écouter. De la direction qu'elle prendra dépend leur survie. Soudain, sur un grognement, tous s'élancent derrière elle. Dans des taillis impénétrables ces forces ouvrent un passage qui se referme derrière leurs corps fuselés. Cet escamotage a toujours fasciné l’homme. Avant cette année passée auprès de Roma et des siens, il venait de plus en plus souvent dans les montagnes. Approcher la petite troupe sauvage sur ses gardes ne fut pas facile. C’est par hasard qu’il put être accepté et reconnu par les « bêtes noires ».
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