Tahiti à Paris

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Tahiti à Paris retrace la vie d'un quadragénaire qui s'interroge sur le sens de sa vie et entend la magnifier. D'un caractère réfractaire et divergent, il refuse le confort et la facilité, se dispose à toutes les expériences, veut se plonger dans un roman qu'il écrirait lui-même, choisissant les protagonistes parmi ses proches, leur conférant un rôle coupé à la serpe bien malgré eux. Se faisant, il s'expose non seulement à des découvertes certes jouissives mais aussi à de graves déconvenues: l'existence romanesque faite de complots, d'amours et d'ambitions n'est pas consentie à tout un chacun. Le goût du tragique mal assouvi peut rapidement dévier vers des effets pathétiques, voire risibles, mêlant sarcasmes et maladresses. Du reste, on aura beau passer par toutes les tocades, des plus sérieuses comme une formation académique aux plus incongrues comme le voyage aux Indes, en se faufilant parmi les plus aléatoires comme les expériences ésotériques, il n'en demeure pas moins qu'on n'arrache pas un destin aux forceps. Ne reste t-il alors que l'humilité et l'autodérision pour se satisfaire d'un bonheur commun et tranquille?
Publié le : jeudi 17 septembre 2015
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342042054
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342042054
Nombre de pages : 194
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Du même auteur
Vains combats, Philosophie, Mon Petit Éditeur, 2012
Pierre Pimpie TAHITI À PARIS
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France IDDN.FR.010.0120634.000.R.P.2015.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeur en 2015
Chapitre I. Une personnalité sinueuse
Paul était un jeune homme délicat et c’était bien là son plus grand malheur. Il était né dans un village de Provence au bord de la mer où la laideur du monde apparaît voilée. Comment imaginer les sacrifices de Verdun ou les décombres de Beyrouth au regard des vagues qui répandent chaudement leur écume sur le sable blanc ? La résine des pins n’est pas le sang des hommes ; l’encens des arbres n’invoque pas la douleur mais le songe. Le sel des eaux mères purifie ou dilue les actions mau-vaises. Au paradis, les complaintes appartiennent au lointain hors de portée ; on ne commet pas sciemment le mal et on ne le craint pas car on n’en connaît rien. Paul n’était donc pas armé pour souffrir les contrariétés mo-dernes, les mille compromissions qu’appelle un statut réputé vénérable, les heurs et malheurs d’une France qui ne veut plus s’appartenir, perdue dans le tourbillon qu’elle ne maîtrise plus. Chassé du monde idéal ou de l’idée qu’on pouvait s’en faire, de son île certes minuscule mais protégée, pour suivre ses parents dans la banlieue parisienne dès sa prime enfance, il eut dès lors une nouvelle vision de l’existence, sombre, fastidieuse, embou-teillée, qu’il voulut chasser de son esprit pour conserver intact le souvenir de son paradis originel. D’un écrin végétal baigné d’azur, il se voyait désormais cerné de barres et de tours, de gens et de dangers.
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Il ne le sut que bien après mais, ressasser un âge d’or révolu, une fiction provençale et lumineuse, n’augurait rien de bon pour le juste équilibre de son esprit ou l’inclination politique de ses idées. Staline faisait fusiller ou déporter, de manière fort avertie, ses officiers revenus de l’Europe riche et moderne : ils avaient vu ; ils pouvaient ainsi comparer. Leur loyauté au régime se voyait donc compromise. Quand on sait que le paradis existe quelque part – du moins quand on le croit –, on ne peut plus se satisfaire des vilenies attachées à son sort. L’instinct de survie pourvoit à tout ou presque. Quand une réalité s’avère effrayante ou simplement déplaisante, il suffit d’en fabriquer une autre, sur mesure, conciliante, rassurante. D’aucuns disent que seule une infime partie du cerveau est mo-bilisée par l’être humain. Il se peut à l’inverse que toutes les facultés soient sollicitées sans que quiconque en ait conscience pour mettre en branle mondes et arrière-mondes. Tout ce qui se pense se crée et les fictions ainsi produites ne sont-elles pas incarnées dans les univers parallèles ? Au-delà du miroir, le jeune homme, affecté par la noirceur industrieuse des cités communistes du pourtour parisien, trouvait sa réplique dans une autre individualité qui, elle, conservait les yeux rivés sur la ligne d’horizon d’une mer infinie. Tout cela serait tellement facile s’il suffisait de rêver pour s’extraire d’un réel oppressant. Encore faut-il avoir l’imagination en marche, pour échafauder des plans sur la co-mète, et la conserver sous contrôle, pour ne pas sombrer comme Icare du haut de sa folie et de son orgueil. On ne défie pas les dieux, ni même les réalités apparentes, impunément. Et ce qu’il faut bien dire, pour comprendre la personnalité inquiète et ravageuse de Paul, c’est que le rêveur invétéré qu’il composait naturellement était doublé d’un amateur d’actions et
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de barouds particulièrement exigeant. Se réfugiant dans le rêve comme une tortue au fin fond de sa carapace, il en extirpait l’essence pour bouleverser le réel. Ce qu’on peut faire en songes, il faut le produire en actes, ne serait-ce que pour croire à ses rêves et accréditer les mouvances de son imagination. Il n’était donc point malheureux, mais il se faisait la proie de toutes les formes d’extrémismes. Il n’est pas de plus grands dangers que le rêve en mouvement ni de plus grands maux que les hautes aspirations bâties dans le creux de son esprit. La vie sait jouer des tours avec une malice confondante. Elle est à l’image de l’armée qui envoie en régiment de parachutistes ceux qui ont la vocation du grand large et dans les bâtiments de la Royale ceux qui ont le goût de l’artillerie lourde et des chars de combat. Paul, à la blancheur marmoréenne et aux mains fines, ne se retrouva certes pas ouvrier sur les chantiers exposés aux quatre vents ou mineur de fond. Non, les méandres de la vie sont plus impénétrables et méthodiques que cela ; ils ont leur logique propre quand bien même celle-ci échappe volon-tiers à qui veut la comprendre. Il parvint donc à s’extraire de la banlieue pour devenir parisien à part entière, doté d’un emploi de bureau confortable voire d’un statut de fonctionnaire pour le moins respectable. Mais s’il était fonctionnaire, c’était bien sur le mode dostoïevskien, de la même façon que s’il était résident à Paris, c’était pour habiter les quartiers les moins français, les moins européens de la capitale. Il y a sans doute plus de frustra-tion, de déplaisir ou d’infortune à être malvoyant qu’aveugle de naissance, à rester sur le pas de la porte sans pouvoir entrer que d’être résolument dehors, à demeurer à Barbès ou Belleville qu’à vivre au cœur d’une grande ville de province. Il était remarquable et certainement comique de voir Paul se balader parmi les audacieux tire-laine et autres malfrats de son voisinage. Du reste, les coupe-jarrets des Balkans, les trafiquants
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de tous poils, les ruffians alertes ne l’effrayaient point. Sa prédi-lection pour la littérature l’avait introduit dans les ressorts du roman picaresque espagnol. Il savait donc qu’on peut être terri-blement humain, à savoir totalement subordonné aux conditions de sa survie en milieu hostile, tout en méritant néanmoins l’onction divine. L’enfer n’est pas sur Terre, comme l’augurent certains, mais Paul estimait que l’existence ici-bas est à tout le moins le lieu du purgatoire ou, pour dire mieux, de la mise à l’épreuve. Il ne suffit pas d’être riche pour être bon, de même que les voleurs et petits bandits disposent de leur morale et de leur vocation céleste eux aussi. L’intérêt de la culture, c’est qu’elle permet de relativiser bien des choses et de s’accommoder parfois même du pire. Il pouvait être casuiste, jésuite ou byzantin ; il pouvait tout accepter, tout justifier. Il y avait en lui une part d’amoralité qui le conduisait à tout entrevoir de manière compréhensive. Mais, curieusement, il n’était pas bienveillant pour autant. Il acceptait tout parce que cette totalité témoignait d’une humanité pré-gnante et irréfragable. En parallèle, il refusait cette composante humaine, cette complaisance avec la facilité et le moindre effort, cet anthropocentrisme qui annihile toute soumission de l’Homme à des lois supérieures. Il avait une haute opinion de lui-même, de sa liberté, de son devenir ; il n’était pas individua-liste pour autant. Il se croyait grand car il se projetait dans un vaste ensemble, dans une conjonction d’univers. Il entretenait ainsi ses fictions, ses rêves et ses aspirations qui l’extrayaient de sa condition humaine. Celle-ci se présentait comme une fatalité qu’on se doit d’agencer sans pour autant la rechercher et en absoudre toutes les contingences. Ainsi la vie le conduisait-elle à vivre au cœur de ce qu’il n’aimait pas de prime abord mais qui pouvait le fasciner autant que le repousser. Il est bien des socialistes libertaires pour trou-
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