Terrestrial Parade

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L’existence ordinaire d’un être condamné à vivre ses fantasmes, la vengeance implacable d’un déçu de la vie, la brève transfiguration d’un bagnard du futur… La torture mentale de qui fait de sa vie une exhibition permanente, dûment rémunérée, et le spectacle atroce auquel sont conviés, à titre d’enseignement, une bande d’étudiants à qui l’on fait confondre mensonges et vérités… En sept nouvelles et un long récit, Alain Dartevelle reprend à son compte ce constat qui veut que l’enfer soit les autres. Quitte à le réinterpréter, voire à le pervertir. Car, loin de l’imagerie classique, ses espaces infernaux s’ancrent dans des mondes parallèles propres à la science-fiction, où le diable adopte au plus souvent le masque anonyme des sociétés à venir.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 63
EAN13 : 9782748107302
Nombre de pages : 137
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Terrestrial Parade
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748107314 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748107306 (pour le livre imprimé)
Alain Dartevelle
Terrestrial Parade et autres manipulations
NOUVELLE
JUMBOJEFFIE
JUMBOJEFFIE
On lui a bien appris que sa planète est ronde, mais pour ce qu’elle en voit… Où que Jeffina se dirige, tou jours le même plateau herbu, dont les bornes reculent en même temps qu’elle progresse. Sa planète est en tout cas si vaste et si fertile qu’elle s’y perdrait, la petite Jef fina immensément gourmande. Encore que… Peuton se perdre si l’on ne va nulle part ? Elle est seule au monde, vautrée dans les plants de jonk rouge qu’elle mâchonne à la racine. Elle doit, si elle s’arrête, jouer du croupion pour se dresser, et, par dessus la marée des jonks dégoulinant de suc, consta ter que les limites de sa plaine s’immobilisent. Elle re plonge alors dans le fatras bruissant des tiges, dont elle fait une bouillie écarlate. Elle s’avance et se dit que làbas, de nouveau, l’horizon recule. Que son astre vienne à se mouvoir, ou à se figer, elle seule en est res ponsable, voilà ce qu’elle pense. La chair des jonks est plus juteuse encore quand on la suce à partir du pied, comme Jeffina le fait. Elle dégage chaque plant en creusant le sol de sa trompe cor née, puis saisit délicatement le mince fût entre ses man dibules, le décortique ensuite d’une rapide torsion du cou et puis aspire, laisse couler la liqueur sanglante au fond de son gosier, et puis mord le coeur frais, presque glacé du jonk. C’est délicieux, dans la fournaise que prodiguent làhaut Mastor et Koshka, les deux soleils pareils, si haut dans le ciel mauve de sa planète natale.
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Terrestrial Parade
Jeffina soupire d’aise, elle perçoit les cris vifs des mor ceaux de jonk qui agonisent dans son ventre épanoui. Elle a tant mangé qu’il lui faut faire la pause. Alors elle se met sur le dos, panse au ciel, le temps d’une rê verie somnolente. Plus tard, bientôt, elle creusera le sol friable et fera sa récolte d’armidiennes, menus insectes noirs qui vivent entre les rhizomes : elle aime les in crustations d’or qui ornent leurs élytres, et aussi, et sur tout la saveur sucrée de leur abdomen qui craque sous la dent. Et après, oh après, il y a le choix… Elle pourrait obliquer pour inspecter, là vers la gauche, le champ de névérias. Ou retrouver la fourragère grouillant d’ercy bèles qu’elle occupait hier, ou aller déguster, si l’envie l’en prend, de ces cosses de sforza qui poussent à foison sur le terrain de droite. Cette abondance la saoule. Et, de plaisir, elle expulse un chapelet de crottes. Elle a peu d’ouïe, pas d’odorat, mais la concep tion qu’elle se fait de son existence passe par d’autres sens. Ainsi le goût, qu’elle a hypertrophié, et dont les seules informations suffiraient à la combler. Effecti vement sa vie, qu’elle ne mesure pas, recèle beaucoup d’instants de bonheur. A présent, sous la vacuité du ciel en feu, que sa vue décompose en facettes régulières, la vie de Jeffina pourrait fort bien demeurer en suspens. Encore que… Peuton annuler le temps si l’on a une mémoire ? Hier, une strie en quinconce a rayé son ciel mauve. Elle y a tout de suite reconnu le tracé d’un Jumbo, une de ces bêtes luisantes, géantes, qui trans portent les Colosses. C’était l’aurore et le Jumbo si lointain se distinguait à peine, bille d’argent zigzagante. Le soir, les airs ont tremblé, le sol a frissonné sous Jeffina : elle a revu le Jumbo, qui cette fois passait très près, au ras de la fourragère. Avec sa queue courtaude, son ventre d’acier bombé, son nez levé comme une trompe qui ferait la grimace aux soleils, et son vitrage rainuré, ce Jumbolà était en tout point semblable à ceux qu’elle a déjà pu observer. Elle n’en aime aucun,
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