The Gossip Girl prequel

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Découvrez tous les secrets de la célèbre série Gossip Girl avant ses débuts . Chuuut !





Bienvenue à New York, dans l'Upper East Side, où mes amis et moi vivons dans d'immenses et fabuleux appartements, où nous fréquentons les écoles privées les plus sélectes. Nous ne sommes pas toujours des modèles d'amabilité, mais nous avons le physique et la classe, ça compense.




Tout a commencé avec trois inséparables ados de quinze ans, parfaitement innocents et sublimissimes : Serena, Olivia et Nate. À l'époque, Olivia craque pour les yeux verts de Nate mais, évidemment, c'est pour Serena, la meilleure amie d'Olivia, que Nate a le béguin. Laquelle Serena, de son côté, fait de vilaines cachotteries aux deux autres... Dès le départ, ces soi-disant meilleurs amis n'étaient pas aussi proches qu'ils en avaient l'air !
Si quelqu'un peut aujourd'hui raconter leur histoire, c'est moi et personne d'autre car j'étais sur les lieux du crime, et, c'est votre jour de chance, je suis incapable de tenir ma langue. Alors asseyez-vous bien confortablement pendant que je dévoile le passé et révèle les secrets de chacun !
Je sais ABSOLUMENT tout et surtout, ce que j'ignore, je me ferai un plaisir de l'inventer - de toutes pièces...





Publié le : jeudi 5 février 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782823809008
Nombre de pages : 390
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Nous étions faits pour nous entendre

Les débuts de Gossip Girl

Roman de

Cecily von Ziegesar

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À une famille merveilleuse, où j’ai eu la chance de naître.

For nobody else gave me a thrill. With all your faults,
I love you still. It had to be you, wonderful you, it had to be you1.

Chanson interprétée par Frank Sinatra

 

 

 

 

1 Litt. : Car personne d’autre ne m’a fait frissonner./Avec tous tes défauts, je t’aime tout de même./Ça ne pouvait être que toi, merveilleuse toi, ça ne pouvait être que toi. (N.d.T.)

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Salut à tous !

Jamais eu ce sentiment hyperflippant que quelqu’un écoutait votre conversation, vous espionnait, vos amis et vous, vous traquait dans des fêtes et, en règle générale, vous suivait partout ? Eh bien, c’est vrai. C’est moi. En vérité, si je suis toujours là, c’est parce que je suis l’une d’entre vous.

On se sent complètement perdu ? On ne sort pas beaucoup ? On ne sait pas qui « nous » sommes ? Laissez-moi vous expliquer. Nous sommes un groupe très fermé de jeunes personnes à la beauté indescriptible, qui, en l’occurrence, vivent dans ces majestueux immeubles aux marquises vertes et portiers en gants blancs près de Central Park. Nous fréquentons les écoles privées non mixtes les plus élitistes de Manhattan. Nos familles possèdent des yachts et des propriétés en divers endroits exotiques du monde entier. Nous fréquentons les plus belles plages et les stations de ski les plus sélectes. Nous trouvons immédiatement une place dans les meilleurs restaurants des quartiers les plus chics sans même avoir réservé. Nous faisons tourner les têtes. Mais ne nous confondez pas avec les acteurs, top models ou rock stars hollywoodiens, ces gens que vous avez l’impression de connaître tant vous entendez de choses sur eux et qui sont en fait hyperennuyeux par rapport aux rôles qu’ils jouent ou aux chansons qu’ils chantent. Mes amis et moi ne sommes absolument pas ennuyeux, en revanche, et plus je vous parlerai de nous, plus vous aurez envie d’en apprendre. Je me suis tue jusqu’à aujourd’hui, mais il vient de se passer quelque chose que je ne peux pas garder pour moi…

LA PLUS BELLE HISTOIRE JAMAIS RACONTÉE

Nous avons appris dans notre premier cours d’écriture créative, cette semaine, que la plupart des belles histoires débutent comme suit : quelqu’un disparaît mystérieusement ou un inconnu arrive en ville. L’histoire que je vais vous raconter appartient à la première catégorie.

Pour être plus précis, S a disparu.

Afin d’éclaircir le mystère sur la raison de son départ et l’endroit où elle est allée, je vais devoir remonter à l’hiver dernier – celui de notre année de seconde – quand la crème pour la peau La Mer a fait un carton ainsi que notre petit bain moussant parfumé à la rose. Tout a commencé avec trois inséparables ados de quinze ans, parfaitement innocents et sublimissimes. Aujourd’hui, ils en ont seize et disons que deux d’entre eux ne sont pas si innocents que ça.

Si quelqu’un doit raconter cette histoire, ce sera moi et personne d’autre, car je me suis trouvée sur tous les lieux du crime. Alors asseyez-vous bien confortablement pendant que je dévoile le passé et révèle les secrets de tous, parce que je sais tout et, ce que je ne sais pas, je l’inventerai de toutes pièces.

Avouez-le : vous craquez déjà pour moi.

Moi aussi je vous aime…

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les meilleures histoires commencent avec un garçon et deux filles

— Pouce ! hurla Serena van der Woodsen alors que Nate Archibald lui faisait un body-check dans une congère poudreuse de près d’un mètre de haut. La neige fondait dans ses oreilles et sur son pantalon. Nate plongea sur elle, de tout son mètre quatre-vingts d’adolescent parfait aux cheveux châtain doré et aux yeux verts étincelants. Il sentait Downy et le savon Kiehl’s au bois de santal dont la bonne approvisionnait la salle de bains. Serena resta allongée, immobile, essayant de respirer en dépit du poids de Nate sur elle. « J’ai froid aux cheveux ! » se plaignit-elle en prenant dans sa bouche quelques boucles divines et mouillées de Nate.

Le jeune homme soupira, la mort dans l’âme, comme s’il avait passé toute la matinée de février dans le jardin transformé en chambre froide de sa maison de Manhattan, sur la 82e Rue, juste derrière Park Avenue. Il roula sur le dos et se trémoussa comme Guppy, le golden retriever de Serena mort depuis longtemps, quand elle le lâchait sur la pelouse verte du Great Lawn de Central Park. Puis il se releva et épousseta maladroitement le fond de son treillis Brooks Brothers impeccablement repassé. C’était samedi, mais il portait les mêmes vêtements que ceux qu’il mettait tous les jours de la semaine à St Jude’s, l’école de garçons sur East End Avenue dont il fréquentait la classe de seconde. C’était l’uniforme non officiel de Prince de l’Upper East Side, celui que ses camarades de classe et lui-même portaient depuis qu’ils étaient rentrés à la maternelle ensemble à Park Avenue Presbyterian.

Nate tendit la main pour aider Serena à se relever. Elle le regarda avec circonspection en fronçant les sourcils, craignant qu’il ne se moque d’elle et ne la plaque de nouveau au sol.

— J’ai vraiment froid, ajouta-t-elle.

Il lui fit un geste de la main, impatient.

— Je sais, viens.

Elle s’ébroua, feignit de se curer le nez et de s’essuyer sur son jean Earl en denim foncé trempé de neige, puis lui tendit une main.

— Merci mon vieux. (Elle se releva en chancelant.) Tu es un vrai pote.

Nate la conduisit à l’intérieur. Le derrière de son pantalon était humide et elle vit la couture de son slip kangourou moulant. Hou là là, comme c’était gay de sa part ! Il ouvrit la porte-fenêtre en verre et s’écarta pour la laisser passer. Serena ôta ses Ugg bleu pastel d’un coup et traîna ses pieds nus et ses ongles vernis de rose Piggy Bank de Urban Decay dans un long couloir en direction de la cuisine Italian Modern toute blanche qui ne servait pour ainsi dire pas. Le père de Nate était un ancien capitaine de la marine reconverti en banquier et sa mère, une Française de la haute. Ils n’étaient pratiquement jamais chez eux et quand ils y étaient, ils passaient leur temps à l’Opéra.

— As-tu faim ? demanda Nate en la suivant. J’en ai trop marre des plats à emporter. Mes parents sont au Venezuela, ou à Saint-Domingue, et je ne sais pas où ils vont en février pendant deux semaines, et je mange des burritos, des pizzas ou des sushis tous ces putains de soirs. J’ai demandé à Regina d’acheter du jambon, du gruyère, du pain Pepperidge Farm, des « grammy-smith » et du beurre de cacahouète. Tout ce que je mangeais au jardin d’enfants… (Il tira anxieusement sur ses cheveux châtain doré ondulés.) Peut-être que je traverse une espèce de crise de la cinquantaine, quelque chose comme ça.

Parce que sa vie est si stressante que ça ?

— On dit granny-smith, idiot, l’informa affectueusement Serena.

Elle ouvrit un placard blanc où elle trouva une boîte intacte de Pop-Tarts à la cannelle et au sucre roux. Elle ouvrit l’emballage, ôta l’un des sachets à l’intérieur, le déchira avec ses dents blanches impeccables et en sortit un petit gâteau recouvert d’un épais glaçage. Elle suça le coin qui s’émiettait, sauta sur le comptoir et donna des coups de pied pointure quarante dans les placards. Des Pop-Tarts chez Nate. Elle faisait ça depuis qu’elle avait cinq ans. Et maintenant… et maintenant…

Elle poussa un profond soupir.

— Papa et maman veulent que j’entre au pensionnat l’an prochain, annonça-t-elle.

Ses grands yeux presque bleu marine se voilèrent de larmes inattendues. Partir au pensionnat et laisser Nate ? Cela faisait trop mal rien que d’y penser.

Nate tressaillit comme si une main invisible venait de le gifler. Il prit l’autre Pop-Tart du sachet et sauta sur le comptoir à côté de la jeune fille.

— Sûrement pas, répondit-il avec fermeté.

Elle ne pouvait pas partir. Il ne le permettrait pas.

— Ils veulent voyager plus souvent, expliqua-t-elle. (La courbe rose parfaite de sa lèvre inférieure tremblota dangereusement.) Si je suis à la maison, ils vont se sentir obligés de rester davantage. Comme si j’avais envie qu’ils soient là ! Enfin bref, ils ont pris des dispositions pour que je rencontre le doyen en vue de l’admission et tout et tout. Il semble que je n’aie pas le choix.

Nate se rapprocha de quelques centimètres et passa son bras autour de ses épaules.

— Ça va être nul ici si tu n’es pas là, lui dit-il sérieusement. Tu ne peux pas partir.

Serena respira un bon coup, tremblante, et posa sa tête sur son épaule.

— Je t’aime, murmura-t-elle en fermant ses paupières délicates.

Leurs corps étaient si proches que la partie du sien qui était collée à Nate vibra. Si elle tournait la tête et inclinait un tout petit peu le menton, elle pourrait très bien embrasser son cou chaud et adorable. Et elle voulait le faire. Elle en mourait d’envie, parce qu’elle l’aimait sincèrement, de tout son cœur.

Vraiment ? Ouh, ouh ? Depuis quand ??

Peut-être depuis qu’ils avaient fait de la danse de salon en quatrième ensemble. Elle était grande pour son âge et Nate avait toujours supporté en gentleman son manque de rythme, le fait qu’elle lui marche sur les pieds et enfonce ses coudes osseux dans ses côtes. Il esquivait en la prenant par la main et en la faisant tourner de sorte que sa robe bouffante Bonpoint en satin couleur huître virevolte magnifiquement. Mme Jaff, leur professeur aux longs cheveux bleus retenus par un filet noir orné de perles, vénérait Nate. Comme le faisait Olivia Waldorf, la meilleure amie de Serena. Et comme Serena elle-même – mais elle ne s’en rendait compte qu’aujourd’hui. Serena frissonna et sa peau parfaite se recouvrit de chair de poule. Tout son corps semblait réagir défavorablement à l’idée de révéler quelque chose qu’elle s’était si longtemps caché.

Nate enroula ses bras bronzés par le lacrosse autour de sa taille longue et fine et l’attira contre lui ; il fourra sa tête dans le creux de son cou et massa les sillons entre ses côtes du bout des doigts. Ce que Serena avait de mieux, c’était son absence totale de graisse superflue. Tout son corps était aussi long et tendu que les cordes de sa raquette de tennis Prince en titane.

C’était pénible d’avoir une meilleure amie aussi ridiculement canon. Pourquoi son meilleur pote ne pouvait-il pas être un mec au gros cul avec des boutons et des pellicules ? Mais non, ses seules vraies copines étaient Serena et Olivia Waldorf, les deux filles les plus canon de l’Upper East Side, et peut-être de tout Manhattan, voire du monde entier.

Serena était une déesse absolue – tous les garçons que Nate connaissait parlaient d’elle – mais elle était mystérieuse. Elle pouvait rire pendant des heures si elle voyait un nuage en forme de cuvette de W-C ou autre chose de tout aussi ridicule, et juste après, elle devenait nostalgique et triste. Il était impossible de deviner à quoi elle pensait la plupart du temps. Parfois Nate se demandait si elle aurait été plus à l’aise dans un corps un peu moins parfait. Cela lui aurait donné plus de motivation, pour reprendre un terme du SAT1. Comme si elle ne savait pas à quoi elle aspirait, vu qu’elle avait en gros tout ce qu’une fille pouvait raisonnablement désirer.

Olivia était petite, avec un joli visage sexy, des yeux bleus et des cheveux châtains. Elle disait ce qu’elle pensait à tout le monde et avait l’esprit de compétition très aiguisé. Par exemple, elle trouvait toujours des occasions de faire remarquer que sa poitrine faisait presque un bonnet de plus que celle de Serena et qu’elle avait obtenu presque cent points de plus qu’elle au SAT blanc.

En cinquième, Serena avait confié à Nate qu’elle était sûre qu’Olivia craquait pour lui. Il avait alors remarqué que celle-ci bombait la poitrine quand il la regardait et que, soit elle le menait à la baguette, soit elle lui donnait un coup de peigne. Bien sûr, Olivia n’avait jamais avoué qu’elle l’aimait, ce qui le faisait l’aimer encore davantage.

Nate poussa un profond soupir. Personne ne comprenait combien il était difficile d’être le plus grand ami de deux filles aussi jolies et impossibles.

L’aurait-il été de lourdingues aux grosses fesses ?

Il ferma les yeux et respira l’odeur agréable du shampooing clarifiant Frederic Fekkai Apple Cider de Serena. Il avait embrassé des tas de filles et était même allé très très loin, presque jusqu’au bout, avec L’Wren Knowes, une terminale de Seaton Arms School très expérimentée qui apparemment savait tout faire. Mais embrasser Serena serait… différent. Il l’aimait, c’était aussi simple que cela. C’était sa meilleure amie et il l’aimait.

Et si on ne peut pas embrasser sa meilleure amie, qui peut-on embrasser ?

 

 

 

1Scholastic Aptitude Test : examen d’entrée à l’université. (N.d.T.)

une écolière de l’upper east side lève le voile sur un scandale sexuel choquant !

« Beuh !… » lança Olivia Waldorf à son reflet dans le miroir en pied au dos de la porte de son placard.

Elle aimait que son placard soit bien rangé, mais pas trop bien rangé. Le blanc avec le blanc, le blanc cassé avec le blanc cassé, le marine avec le marine, le noir avec le noir. Mais c’était tout. Les jeans étaient jetés en tas au fond de son armoire. Et il y en avait des dizaines. C’était presque un jeu pour elle, en fermant les yeux, d’en sortir un à tâtons, un peu trop serré aux fesses auparavant, mais plus ample maintenant qu’elle zappait sa routine postdînatoire quotidienne à base de lait et de chips Ahoy.

Olivia regarda le miroir, examinant sa tenue. Sa chemise de coton rose clair en pur coton Marc Jacobs par Marc Jacobs était parfaite. C’était le soutien-gorge La Perla fuchsia qui posait problème. On le voyait sous la blouse, de sorte qu’elle avait l’air d’une strip-teaseuse. Mais elle allait juste chez Nate pour traîner avec Serena et lui. Et Nate aimait parler soutiens-gorge. Il était sincèrement curieux de savoir, par exemple, quel était l’objectif d’une armature ou pourquoi certains s’attachaient devant et d’autres derrière. Cela l’excitait, naturellement, mais c’était aussi mignon de sa part. Il souffrait, enfant unique et solitaire, d’un manque cruel de grandes sœurs.

Bien.

Elle décida de garder le soutien-gorge pour faire plaisir à Nate et cacha tout l’ensemble sous son cardigan préféré Lora Piano en cachemire noir à ceinture, qu’elle enlèverait dès qu’elle entrerait dans la maison bien chauffée. Peut-être, mais seulement peut-être, la vue de son soutien-gorge rose vif permettrait-elle au garçon de comprendre qu’il était amoureux d’Olivia depuis aussi longtemps qu’elle était amoureuse de lui.

Peut-être.

Elle ouvrit la porte de sa chambre, hurla dans le couloir et traversa le vaste appartement luxueux de la 72e Rue Est, agrémenté de meubles d’époque, de parquets, de moulures et de tableaux impressionnistes français.

— Papa ? Maman ? Je vais chez Nate ! Serena et moi y passons la nuit !

Comme elle n’obtenait aucune réponse, elle partit vers l’immense suite de ses parents dans ses sabots Kors en peau de mouton aux talons en bois claquant sur le parquet, en ouvrit la porte et fila vers le dressing-room de sa mère. Dans son tiroir à lingerie, Eleanor Waldorf gardait un gros tas de billets de vingt dollars tout neufs pour les urgences dans lequel Olivia et Tyler, son petit frère de dix ans, piochaient – pour des taxis, des cappuccinos et, dans le cas d’Olivia, des Manolo Blahnik dont elle avait tant besoin de temps en temps. Vingt, quarante, soixante, quatre-vingts, cent. Olivia compta les billets et les plia avec soin avant de les ranger dans la poche arrière de son jean Seven slim.

— Si j’étais un cabernet… (La voix badine d’avocat du père d’Olivia retentit théâtralement depuis le dressing-room adjacent.) Comment décrirais-tu mon bouquet ?

Excusez-moi*1 ?

Olivia sortit du dressing-room de sa mère d’un bond et écarta le rideau de velours chocolat qui le séparait de celui de son père.

— Si vous êtes là-dedans ensemble tous les deux, en train de le faire, pendant que je suis à la maison, eh bien, c’est vraiment dégueulasse ! déclara-t-elle sans ambages. De toute façon, je pars chez Nate, alors…

Son père, M. Harold J. Waldorf, apparut, vêtu de son seul peignoir Paul Smith en tweed impression cachemire, son beau visage bronzé légèrement rouge.

— Maman est partie voir le menu pour la soirée de charité au Guggenheim. Je croyais que tu étais sortie. Où vas-tu au juste ?

Olivia le regarda fixement. Il ne tenait pas de téléphone et, si mère était sortie, à qui parlait-il au juste ? Elle le regarda en cillant, les mains sur les hanches, essayant de jeter un œil à l’intérieur du dressing pour voir qui s’y cachait.

Avait-elle vraiment intérêt à le savoir ?

Mais elle sortit de la suite en trébuchant, traversa tout l’appartement, attrapa son sac Jimmy Choo orange chéri et courut vers l’ascenseur.

Dehors, il faisait un froid de canard, et de gros flocons tombaient çà et là. D’habitude, elle parcourait à pied les douze pâtés de maisons qui la séparaient de chez Nate, mais, aujourd’hui, elle n’avait pas la patience de marcher. Elle venait de découvrir que son père était un enfoiré de menteur et de traître, et un taxi l’attendait en bas. Ou plutôt un taxi attendait Mme Solomon du 4 A, mais quand le portier en uniforme vert forêt vit l’expression terrible du visage habituellement aimable d’Olivia, il ne l’empêcha pas de le prendre.

D’ailleurs, héler des taxis sous la neige était probablement le meilleur moment de la journée du portier.

Les murs de pierre qui bordaient Central Park étaient recouverts de neige. Une femme âgée et son yorkshire-terrier, tous deux en manteaux écossais Chanel rouges et nœuds de velours noirs assortis dans leurs crinières blanches, traversèrent la 72e Rue et pénétrèrent dans la boutique Ralph Lauren. Le taxi d’Olivia remonta imprudemment Madison Avenue, passa devant agnès b., Williams-Sonoma et le café Three Guys où se retrouvaient toutes les filles de Constance Billard après les cours, et finit par se garer devant chez Nate.

— Ouvre-moi ! hurla-t-elle dans l’interphone devant la porte élégante en verre et fer forgé des Archibald tandis qu’elle écrasait la sonnette de ses doigts impatients.

 

À l’intérieur, Serena et Nate étaient toujours en train de se câliner dans la cuisine. Serena leva la tête de son épaule et ouvrit les yeux comme dans un rêve. Le baiser sur lequel tous deux venaient de fantasmer n’avait jamais eu lieu, ce qui valait sans doute mieux.

— Je crois que je suis réchauffée, maintenant, annonça-t-elle en descendant du comptoir d’un bond, faisant en sorte d’avoir l’air parfaitement cool et posée comme s’il ne s’était rien passé. Peut-être était-ce le cas. Elle ne pouvait pas en être sûre. Elle adressa un grand sourire à l’image déformée d’Olivia qui lui faisait un doigt sur l’écran de l’interphone.

— Entre, ma belle ! cria-t-elle en retour en appuyant sur le bouton pour ouvrir la porte.

Nate essaya d’effacer la pensée déconcertante qu’Olivia les avait surpris, Serena et lui. Ils ne sortaient pas ensemble. Ils n’étaient que des amis qui se voyaient comme le font les amis. Il n’y avait rien à surprendre. Tout cela était dans sa tête.

Ou pas ?

— Salut, têtes de nœud ! les salua Olivia, de la neige dans ses cheveux châtains qui lui arrivaient à l’épaule.

Ses joues étaient roses de froid, ses yeux bleus, sous ses sourcils marron bien épilés, légèrement injectés de sang, comme si elle avait pleuré ou les avait frottés comme une folle.

— J’ai une putain d’histoire de dingue à vous raconter, les gars ! lança-t-elle. (Elle jeta son sac orange par terre, respira un bon coup, roula théâtralement des yeux, tirant tout le profit qu’elle pouvait du moment.) Il se trouve que maître Harold Waldorf, mon père hypergonflant, a carrément une liaison. Il y a quelques minutes, je l’ai surpris en train de demander à une minette : « Si j’étais un vin, comment décrirais-tu mon bouquet ? » Et ils étaient genre planqués dans le placard !

Elle porta vivement la main à sa bouche comme pour empêcher les mots d’en sortir.

Ou son petit déjeuner ?

— Waouh ! firent Nate et Serena à l’unisson.

— Il était tellement… lèche-bottes, gémit Olivia derrière ses doigts.

Serena savait que ce serait encore plus dégueulasse, mais il fallait qu’elle le dise !

— Peut-être qu’il faisait juste l’amour au téléphone avec ta mère.

— Bien sûr, acquiesça Nate. Mes parents font ça tout le temps, ajouta-t-il, un peu gêné.

Son amiral de père était tellement coincé qu’il ne ferait probablement jamais l’amour au téléphone de crainte de passer en cour martiale.

Olivia grimaça. L’idée que sa mère musclée par le tennis mais toujours grassouillette, bronzée à Saint-Barth et férue de bijoux en or, puisse faire l’amour – quelle que soit la façon, et encore plus au téléphone avec son père BCBG maigrichon et en chaussettes à losanges – était tellement improbable et dégueulasse qu’elle refusait même de l’envisager.

— Non, insista-t-elle en engloutissant la moitié de Pop-Tart à laquelle Serena n’avait pas touché. C’est une autre femme, c’est clair. C’est vrai, regardez les choses en face ! Papa est carrément sexy et s’habille super bien, et c’est un avocat connu et tout et tout. Et ma mère est complètement folle, elle ne fait rien, elle a des varices et un cul flasque. Bien sûr qu’il la trompe !

Serena et Nate hochèrent la tête comme si tout cela se tenait parfaitement. Puis Serena attrapa Olivia et la serra bien fort. Elle était la sœur qu’elle n’avait jamais eue. En quatrième, elles avaient fait croire qu’elles étaient de fausses jumelles pendant un mois. Même Mlle Etro, leur prof de gym de Constance Billard qui s’était fait virer au milieu de l’année pour gestes déplacés – qu’elle qualifiait de « repérage » – pendant les cours de culbute, les avait crues. Elles portaient des tee-shirts Izod roses assortis et avaient coupé leurs cheveux à la même longueur. Elles arboraient aussi des créoles Cartier en or jusqu’à ce qu’elles décrètent qu’elles étaient vulgaires et optent pour des diamants Tiffany.

Olivia colla son visage contre la clavicule parfaitement dessinée de son amie et poussa un soupir exténué.

— C’est tellement la merde que ça me donne envie de vomir.

Serena tapota le dos d’Olivia et croisa le regard de Nate par-dessus la tête châtain brillant Red Door Salon d’Elizabeth Arden. Impossible de parler de son départ au pensionnat – pas quand sa meilleure amie était si bouleversée. Et elle ne voulait pas que Nate en parle non plus.

— Venez, allons préparer des martinis et regarder un film idiot.

Nate descendit du comptoir d’un bond, complètement paumé. D’un seul coup, il comprit que tout ce qu’il désirait, c’était serrer Olivia dans ses bras et sécher ses larmes avec des baisers. Craquait-il aussi pour elle maintenant ?

Difficile de garder les idées claires quand vous êtes entouré de deux jolies filles amoureuses de vous.

— Nous n’avons que de la vodka et du champagne. Mes parents gardent le bon vin et le whisky sous clé dans le bar pour leurs invités, s’excusa-t-il.

Serena ouvrit la huche à pain où la plupart des familles stockaient le pain mais où la mère de Nate rangeait les cartouches de gitanes que sa sœur lui envoyait de France par FedEx deux fois par mois car celles vendues aux States étaient bien moins bonnes.

— Je suis sûre qu’on peut faire quelque chose, dit-elle en déchirant une cartouche avec l’ongle de son pouce. Venez !

Elle fourra deux cigarettes dans sa bouche, comme si elle avait des défenses, et fit signe à Olivia et Nate de la suivre hors de la cuisine pour monter dans la grande suite. Si quelqu’un était spécialiste en matière de changement d’humeur, c’était Serena. Et ils adoraient ça.

— Je vais vous montrer comment on passe un bon moment, ajouta-t-elle bêtement.

Elle excellait dans ce domaine.

La mère de Nate avait décoré leur grande chambre conjugale dans le style Louis XVI, avec un miroir géant à dorures au-dessus de la tête de l’énorme lit à baldaquin recouvert de toile rouge et or assortie aux épais rideaux des fenêtres. Les murs étaient ornés de papier peint fleurdelisé dans les mêmes tons et de reproductions du château de la famille de Mme Archibald, près de Nice. Le sol était recouvert d’un tapis persan or, bleu et rouge rescapé du Titanic, que Mme Archibald avait acheté aux enchères pour son mari chez Sotheby’s.

— Arrêt d’autobus2 ? Certains l’aiment chaud ? Ou la version remasterisée de Certains l’aiment chaud ? proposa Serena en passant en revue la collection restreinte de DVD des parents de Nate.

Apparemment, le capitaine Archibald aimait beaucoup les films de Marilyn Monroe. Bien sûr, Nate possédait sa propre collection de DVD, y compris la retransmission des vingt dernières années des courses à la voile de l’America’s Cup – non merci ! Les goûts de ses parents étaient beaucoup plus midinette.

— Ou nous pourrions regarder Nate jouer à la Nintendo, c’est toujours sexy, plaisanta-t-elle, même si elle le pensait avec plus ou moins de sincérité.

— Seulement s’il est tout nu, ajouta Olivia avec esprit, et pleine d’espoir.

Elle s’assit et rebondit plusieurs fois au bout du lit.

Nate rougit. Olivia adorait le faire rougir et il le savait.

— D’accord, répondit-il avec effronterie en s’asseyant à côté d’elle.

Olivia sortit un Kleenex de la boîte posée sur la table de nuit de la mère de Nate et se moucha bruyamment. Non qu’elle ait vraiment besoin de se moucher. Il fallait juste qu’elle se distraie du besoin urgent de plaquer Nate sur le lit de ses parents. Il était si adorable qu’elle avait l’impression qu’elle allait exploser. Dieu qu’elle l’aimait !

Elle ne se souvenait pas d’un moment où son sentiment avait faibli. Elle adorait son short orné d’un homard idiot du club de Newport quand leurs pères jouaient au tennis ensemble, l’été de leurs, quoi, cinq ans ? Elle aimait qu’il se colle un pansement Spiderman sur une partie quelconque de son corps jusqu’à ce qu’il ait douze ans minimum – non parce qu’il s’était blessé, mais parce qu’il trouvait ça cool. Elle était émue par la façon dont toute sa tête reflétait le soleil et étincelait d’or. Elle craquait pour ses yeux verts brillants – des yeux presque trop jolis pour un garçon. Elle adorait qu’il sache si manifestement qu’il était beau gosse, mais sans savoir comment réagir. Elle l’aimait. Oh, qu’elle l’aimait !

Oh, oh, oh !

Elle se moucha de nouveau, dans un dernier barrissement, et attrapa par terre un boîtier de DVD rose vide plutôt tape-à-l’œil. Elle le retourna et l’examina.

— Diamants sur canapé. Je ne l’ai jamais vu, mais qu’est-ce qu’elle est belle ! (Elle brandit le DVD pour que Serena voie Audrey Hepburn avec sa longue robe noire et son collier de perles.) Tu ne trouves pas ?

— Elle est jolie, acquiesça Serena en continuant à trier les films.

— Elle te ressemble, observa Nate en inclinant la tête d’une façon si craquante qu’Olivia dut fermer les yeux pour ne pas tomber du lit.

— Tu trouves ?

Olivia jeta le mouchoir sale en direction de la corbeille à papier en porcelaine blanche, et examina de nouveau la photo sur le DVD. Dans le film qui commençait dans sa tête, elle était Audrey Hepburn – une mystérieuse mégastar, mince, sublime, parfaitement coiffée et habillée.

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