Théâtre 1993-1999

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Théâtre
1993-1999


Virginité
On a retrouvé Papa
Capitaine Bringuier
Famines
Le Jubilé d'Agathe
Nulle part au monde
Vivarium
Le Murmure des vagues
Publié le : mercredi 17 mai 2000
Lecture(s) : 19
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782213657288
Nombre de pages : 448
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VIRGINITÉ
en hommage à l'auteur
de Virginité
PERSONNAGES :
(par ordre d'entrée en scène)
GABY,
(originaire de Botulie : le comédien
peut sans inconvénient avoir l'accent botule)
MAX,
RONSAC,
HENIA.
Quelque part en Europe orientale. C'est l'été. Canicule. Le décor suggère un petit jardin devant une maison rustique. On imagine, au-delà, un paysage boisé de demi-montagnes.
Le tout gagnera à être agrémenté de couleurs gaies et vives.
Il n'est pas nécessaire que la maison soit à l'échelle : il suffit que les acteurs puissent y entrer et en sortir. Une hauteur sous pignon de deux mètres cinquante fera largement l'affaire.
Il est important que tout cela fasse « bidon », à l'instar des trois héros de cette comédie.
Il existe sans doute une vraie maison à l'échelle humaine, dans un village où habiterait vraiment la jolie Henia (héroïne de l'histoire et sœur jumelle du petit chaperon rouge), mais, cette maison-là, nos trois lascars sont bien infoutus de la voir : comme beaucoup d'entre nous, ils transportent sous leur pauvre crâne toutes sortes d'idées tordues et de fantasmes compliqués qu'on ne saurait corriger avec des lunettes.
Ils ne verront donc pas davantage Henia, même s'ils passent leur temps à la déshabiller des yeux.
Cette aimable jeune fille représente pour eux un total mystère, une énigme déroutante par sa simplicité même. Mais on connaît l'histoire : c'est celle d'Agnès, dont la sincérité, la vertigineuse franchise deviennent étranges et proprement perverses, face aux éternels calculs d'un Arnolphe, qui ne prend au sérieux que les arrière-pensées et pour qui le monde même n'est qu'un dangereux sous-entendu.
Revenons au décor: il y faut des sapins bien sûr, que le décorateur découpera dans du contreplaqué, s'il se confirme que le contre-plaqué est avantageux à l'achat. Il faut un banc, bien réel quant à lui, et assez solide pour durer jusqu'à la centième. Les comédiens apprécieront sûrement un dossier.
Il faudra aussi une table de fer, du modèle le plus courant, quelques chaises assorties, et cela suffira pour le moment.
Scène 1
Gaby et Max, largement quinquagénaires l'un et l'autre, sont assis côte à côte sur le banc. Gaby met en scène des pièces de théâtre. Max écrit des romans. L'art et la création sont chez l'un et l'autre une vieille habitude, peut-être même une routine. Ils sont amis de très longue date.
Ces remarques valent pour leur camarade Ronsac, la petite soixantaine, peintre de grand renom, le plus chanceux des trois, couvert de gloire, d'argent et de femmes, qui apparaîtra dans quelques instants. Pour le moment, Max cherche à installer sa machine à écrire électronique sur la table de fer, sans doute pour travailler à l'air. Mais sommes-nous vraiment à l'extérieur puisque, le plus sérieusement du monde, Max espère trouver au ras du sol une fiche électrique pour sa machine ? Il cherche au pied des sapins. Il cherche sur la façade de la maison... Il tient à la main la prise de la machine et, comme le fil est trop court pour atteindre les endroits où pourrait se trouver une fiche, il doit déplacer la table à plusieurs reprises. Gaby l'aide obligeamment. Ces deux ballots ne renonceront qu'à l'arrivée de Ronsac. Quant à savoir s'ils résoudront jamais ce problème de prise électrique, cela ne nous intéresse que modérément.
GABY : Voilà deux heures qu'il dort ! Il n'a même pas voulu visiter la maison.
MAX : Il aurait vu quelle allure ont les W.-C., et il aurait pris le premier avion pour rentrer à Paris.
GABY : Eh bien quoi ! Les W.-C. sont en bois comme le reste de la maison, comme le village tout entier, comme les arbres de la forêt.
MAX : Du bois, il n'y a que ça jusqu'à la mer de Chine, j'en ai peur.
GABY : Plains-toi ! C'est avec du bois qu'on fabrique le papier pour tes livres !
MAX : Si je pouvais écrire assez de romans pour dégager ne serait-ce qu'une petite clairière, on aurait un peu d'air dans toute cette foutue cellulose !
GABY : Au moins ça fait de l'ombre !
MAX : D'accord : ce n'est pas cette pâte à papier qui nous étouffe. C'est le soleil de plomb.
GABY : Et puis ça sent bon.
MAX : Ça sent la térébenthine : odeur ménagère et stupide. Mais la maison n'est pas propre : ils n'ont pas dû faire la poussière depuis la mort de Staline.
GABY : Quelqu'un va venir s'occuper de ça : une femme du village.
MAX : Comme cette vieille bique, en train de fermenter au soleil, qui nous a montré le chemin ? J'espère que la nôtre sentira seulement la térébenthine !
(Un temps.) Pourquoi as-tu acheté cette cabane, bon Dieu ?
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