Ton sang, ton lait, ta sueur et tes larmes

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Adja Ndèye Boury Ndiaye nous propose avec ce recueil cinq nouvelles aux thèmes parfois cocasses, parfois pathétiques. Cinq clichés de femmes braves, brimées, et une sixième facette: celle du machiste, qui reflète surtout le rejet, soit l’exploitation tenace, pérenne car impunie, de la progéniture issue des couches vulnérables.
Publié le : jeudi 1 novembre 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748364729
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748364729
Nombre de pages : 104
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Adja Ndèye Boury Ndiaye
TON SANG, TON LAIT, TA SUEUR ET TES LARMES
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0116245.000.R.P.2011.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2011
Duels d’amour Franchement, je nen dormis plus. Pourtant bien des années se sont écoulées. Des couteaux à double tranchant me sont ma profonde mémoire et ma sévère conscience. Au jour fixé, les miens me conduisirent « chez elle », dans lallégresse. Lon my installa dans ma chambre. Présentations et recommandations dusage précédèrent alors utilement une co-habitation qui, par conséquent, démarra sur les chapeaux de roues. Mon Dieu quelle avait de lallure, cette première dame ! Si-lencieuse, toujours digne, lart consommé ou le don de vous toiser, de vous observer sans poser carrément les yeux sur vous ! Si elle mavait scrutée avec sagacité, ou, rien que regardée avec tant soit peu dinsistance, elle aurait découvert en moi, peut-être à son très grand étonnement : une « petite fille » qui aurait lair davoir commis une faute ou serait surprise en fla-grant délit dusurpation ou de je ne sais quoi. Cest pour vous dire combien elle se coulait, aussi muette et froide quune cou-leuvre. Brrr ! Parfois, jen voulais à notre « trait dunion » de mavoir infli-gé, malgré lui, la torture morale de me faire vivre à lombre de sa grande et si forte première. Jai dit : malgré lui. Parce quil ne disposait pas encore dune autre maison où me mettre. Par contre, il semploya vraiment à demeurer un relais assez com-municatif et attentionné entre sa première et moi. Cet entregent
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du début, nous arrangea bien tous les trois ; huilant nos rela-tions ; surtout me soulageant, moi, la petite deuxième, lintruse. La « grande première » avait deux fils : Fadel et Salif. Deux vifs garnements de douze ans et sept ans, beaux comme des anges, espiègles autant que le voulait leur âge. Ils étaient solides, très intelligents, bien éduqués de surcroît. Deux fils donc de très bonne qualité. Nonobstant cela, notre mari me confiait pourtant, et sur un ton de frustré : « je nai que deux enfants ! » Ce qui devait signi-fier quil en désirait dautres. Eh bien, cest quil me prenait pour un naïf enfant de chur ! Je métais sérieusement renseignée sur lui tout autant que sur sa brave épouse, pardi ! Le grave secret de polichinelle fut que notre homme avait décidé seul, prémédité de son plein gré de chef de familles : la stérilisation chirurgicale, radicale, de sa « awo », cest-à-dire : la tête de liste ! Il navait pas hésité. Profitant de lopportunité dune césa-rienne à laquelle lon eut recours pour délivrer durgence sa bobonne, alors parturiente en difficulté. Pourtant, elle ne ren-contra aucune complication de maternité lorsquelle fut primipare ! À son réveil (de lopération), monsieur lui cacha quelle venait de subir en même temps, et pour de bon, une ligature avec ré-section totale. Cette intervention de stérilisation à vie, il lavait implorée secrètement, donc à linsu de lintéressée. Les mains jointes, il argua de la santé déficiente de sa femme, de son maigre salaire de planton, etc. Bref : mentant effrontément, suppliant pitoyablement. La ligaturée espéra ; dépensa par la suite, sans compter. Mais en vain, (évidemment !) en aumônes et prières, dans le but davoir un troisième enfant, une fille de préférence. Hélas ! Pendant que lépoux riait sous cape de linquiétude sans remède de son ignorante épouse non renseignée.
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Vivant une idylle merveilleuse avec une quelque peu lettrée, en loccurrence, moi, notre décideur avait bassement calculé que, sil mépousait un jour, il aura dautres gosses à entretenir. Déjà la petite dulcinée que je suis lui coûtait par galanterie, tant de dépenses inutiles ! Tant de gaspillages de prestige ! Et puis, croyait-il, une compagne qui a fait des études le dor-lotera avec plus dingéniosité, plus de raffinements ; soignera mieux ses enfants Une analphabète, daprès lui, ne peut pas sentir certaines subtilités ! Notre prévoyant subalterne pria aussi avec ferveur, afin quAllah lui accordât de suite une augmentation substantielle de salaire. Ainsi, « languille sous roche » deviendra sienne. Puisquil disposera dès lors damples moyens pour continuer à bien lentretenir en vue de se lapproprier. Allah fit mieux, layant entendu. Mais, attention ! Entendre mais aussi mettre à lépreuve ! Grouillant de longue date dans des activités parallèles de po-litique engagée, voilà notre ex-planton promu député à lassemblée Nationale ! Allah est grand et généreux ! Mohamet (PSL) est son distingué prophète. Dès quon le nomma parlementaire attitré, notre bienheu-reux militant nattendit pas dabord lattribution possible dune villa dite « de fonction ». Il épousa dare-dare « languille sous roche », linstalla provisoirement tout contre la numéro un ! Il en profitait ainsi, pour punir cette première qui boudait davance. Je dis davance car celle-ci boudait déjà, bien avant ma venue. Je lappris de source sûre. Les sarcasmes et constants sous-entendus du maître de céans étaient la cause de cette traî-nante bouderie. Celui-ci se plaisait à la faire chevrer crescendo. Elle ne pipait mot pour se défendre. Ne pouvant plus cacher son bonheur avec moi, surtout dès lassurance de son ascension financière et sociale, son Excel-lence sétait enhardi jusquà aller vanter mes vertus culinaires à madame sa première, la narguant ; blessant profondément
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lamour-propre de cette victime quil comptait faire sortir de ses gonds, exploser enfin ! Ainsi, il obtiendra en plus, loccasion en or de laccuser ouvertement de jalouse ! Ceci aurait pu provo-quer la haine de lhumiliée, à mon égard. Elle continua pourtant à encaisser, le dos large ! Exactement comme lexige la tradition. Bravo ! Mon Dieu quelle endurance ! Quelle résilience dont je serais totalement dépourvue ! Lorgueil incita le promu, épris, à ne plus « mettre de gants ». Le tact, les égards, cest le lot des « petits », des rampants, des vers de terre ; cest-à-dire ce bas peuple, la tourbe, le vulgum pecus qui vient de lélire, le propulsant subitement tout au-devant de lactualité. Je ne pus mempêcher déclater de rire, quoiquétonnée, en remarquant fortuitement, deux rangées de perles autour des hanches de larriviste ! « Ferr ! » mexclamai-je (ce sont des perles à destination éro-tique ! Cependant, jusquici, lapanage des femmes !) Des symboles de la féminité cocasse ! En tout cas, ce que je sais dautre, concernant ces ceintures trébuchantes, libidinales, cest que, lorsque lune delles se casse, alors quelle se trouve portée par une femme dethnie laobé, ramasser fortuitement une ou quelques-unes de ses perles répandues, éparses, à garder discrè-tement avec soi, constitue le meilleur des porte-bonheur. Loccasion reste cependant rarissime ! Puisque ces perles, dabord solidement enfilées, ont leurs rangées ceintes sous un pagne bien attaché. Lindex vivement posé sur ses lèvres, son Excellence me confia quil sagit dune prescription formelle de son « mara-bout ». Ces perles discrètes, protègent efficacement contre déventuels ennemis, les stratégies denvieux, les médisances, le mauvais il, perpétuent la célébrité Malheureusement, nonobstant ces vives garanties, juste quelques mois après ma fameuse installation dattente, notre optimiste parlementaire rentra un jour défait, méconnaissable,
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