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Total burn-out : Comment réussir son échec

De
270 pages

« - Je sens beaucoup d’agacement et d’abattement en vous, je sens la colère et l’insatisfaction et j’en suis très attristée, j’aimerais tellement voir votre prince, Docteur, et je n’entends que votre crapaud...
- Comment ??? De quoi me parlez-vous ???
Simon est interpellé par la réflexion ironique de cette patiente un peu folle.
- Oui, oui, c’est vrai, il y a un prince si beau qui sommeille en vous, ne le savez- vous pas ? C’est pourquoi, même si je ne suis qu’une vieille femme ridée, j’aimerais le réveiller d’un doux baiser.
- Ah oui ?? Et la princesse, elle est où ??? Écoutez Madame, je ne comprends rien à ce que vous me dites et j’ai d’autres choses plus importantes à faire que d’écouter vos histoires de contes pour enfants ! [...] Ah bon...oui, oui, d’accord, j’ai bien entendu. C’est une belle vision des choses, mais elle est un peu simpliste et idéaliste, je ne suis pas un roi, je n’ai pas de château et la princesse se fait attendre.
Simon rigole tout seul, fier de ce qu’il vient de dire, les autres se détournent, gênés pour la pauvre femme. Pourtant Ernestine continue à sourire. Simon se dit que cette vieille femme n’a effectivement plus toute sa tête, lui parler comme cela à lui, le Docteur Simon, est assez surprenant et sans gêne, tout de même !
- Je crois que votre Prince m’a entendue Docteur, laissez lui la parole. »


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-20183-4

 

© Edilivre, 2016

Dédicace

A mes enfants, Victor et Stève

Quand la machine dérape

Simon repose son téléphone, éteint. Il reste sans voix, sans réactions, juste sonné comme un boxeur qui vient de se prendre une terrible droite qu’il n’a pas vue venir. Son visage est blême, il a la sensation du souffle qui manque, le vide dans son ventre, ce désagréable sentiment de l’intérieur de soi qui part en vrille et se tord dans tous les sens, comme quand on veut respirer, mais que les poumons refusent de prendre l’air et se bloquent et se ferment.

Simon, la bouche entr’ouverte, il manque de souffle. L’air est devenu soudain mauvais, malsain, trop chaud, trop pas assez, sa cravate l’étrangle, il s’affale dans son fauteuil, la tête effondrée. À l’instant même aucune larme ne parvient à ses yeux. Et pourtant, il voudrait crier sa douleur, et rien ne vient à sa bouche, aucun son, pas même un râle. La chaleur l’envahit et l’étouffe, alors qu’il n’est que début mars, le printemps n’est pas encore arrivé. Il fait chaud dans sa tête et dans son corps, il brûle de l’intérieur, il a besoin d’air, il se précipite à la fenêtre, l’ouvre, se penche, juste à temps il s’arrête, il n’a pas le courage. Paul est mort ! Il s’est suicidé ce matin.

Paul Le Grand, le brillant, le magnifique, celui par qui tout est arrivé, tout est, tout existe, le confident, disparu, sans prévenir, sans s’excuser. Il l’a abandonné sans même l’avertir. Il avait été son meilleur ami. Employer l’imparfait, donne le vertige à Simon, la sensation vide s’amplifie, et sa tête tourne, tout se bouille dans son esprit il sent le malaise, il perd son esprit, ses pensées sont barbouillées en un fatras sans nom qui lui donne l’envie de vomir. Il a la nausée.

Hélène ne lui a donné aucun détail, elle était effondrée. Elle l’avait trouvé pendu dans le garage, ce matin. Simon est le seul qu’elle voulait voir à ce moment-là. Ses mots se perdaient dans les intempéries de sa voix. Paul, le grand médecin, celui qui avait tant réussi, tout réussi, celui qui avait tant apporté par ce qu’il était et par sa vision, disparaît brutalement, sans cérémonie, sans bruit, sans annonce. Il part comme un grand artiste qui tire sa révérence avant le spectacle de trop.

Paul avait tout changé dans les dogmes médicaux traditionnels, par son approche particulière du malade, le malade est une personne disait-il sans cesse. Il a inventé les “open clinics”, ouvertes à tout le monde, sans distinction de statut social, d’argent, ni de race. Des cliniques où les soins étaient donnés sans calcul préalable, simplement parce que c’était le besoin du malade, l’argent ne venait qu’après, et il n’en manquait pas.

Ce grand homme, celui-là même qui était là pour tous, tout le temps, n’avait trouvé personne au moment de son départ, il n’avait vu qu’une seule issue : le suicide. Simon ne trouve plus de cohérence à ses pensées. Simon n’a rien vu, ni l’état psychologique dans lequel se trouvait Paul, ni sa détresse, ni son désespoir. Et il n’a pas été là au moment où il eut fallu être présent. Il avait été comme aveuglé par la présence de Paul, par sa réussite et son aura. Simon ne comprend pas à quel point il a pu être insensible et aveuglé. Comme n’a-t-il rien vu, rien entendu ? Pourquoi ce refus de comprendre et d’entendre ?

Il avait toujours été à ses côtés, dans tous les événements de sa vie : sa thèse, son mariage, son premier cabinet, la création de sa clinique. Il était dans son ombre, mais bien présent, l’ombre n’existe que dans la lumière et Simon aimait la lumière de Paul. Aujourd’hui il ne lui reste plus que le sombre de l’ombre.

Simon, assis à son bureau est entouré de tout ce qui représentait le combat et la réussite de sa vie jusque-là : ses diplômes, son doctorat de médecine, son post-graduate de Californie et aussi ses photos au côté de personnalités de la médecine et de la politique, dans son voilier ou encore ses clubs de golf, son brevet de pilote. Une photo où il pose parmi les enfants du Congo, à Kinshasa, en blouse de missionnaire.

Les yeux de Simon vont et viennent, se posent sur tous ces trophées de sa réussite et il se sent vidé, loin de tout ça, brutalement fatigué, cramé, brûlé, comme un coup d’arrêt violent qui lui coupe le souffle dans cette course folle. Il se sent brusquement bloqué, immobilisé. Tout ça pour ça ? La mort de Paul le rappelle à la réalité de sa vie.

Il revoit le visage de Paul, souriant devant lui. Il l’imagine lui parlant avec son petit air narquois : « Tu vois où ça nous mène Simon ? ». Comme Paul, il a tout misé sur le paraître, comme lui, il avait besoin d’être reconnu, comme lui, il souffrait de ne pas se sentir aimé. Pour cela il n’a pas compté ses heures, à ses débuts il a passé des nuits à la clinique, pour remplacer les médecins absents et même les infirmières, tout ça pour être reconnu, peut-être tout simplement pour être aimé. Toute sa vie en dehors et sa famille n’existait plus tant il avait besoin d’être reconnu comme un grand médecin, un bon docteur. Il avait besoin d’être reconnu pour sa toute-puissance et son invincibilité. La reconnaissance était un élément indispensable à son équilibre, et aujourd’hui elle ne lui sert à rien. Cette démesure de son besoin est à l’origine de son sentiment de perte aujourd’hui.

En cet instant, Simon est loin de tout et de tous, il se sent coupé de ses valeurs du début qui l’avaient guidé à choisir de devenir médecin comme son père, Georges. Il aimait les valeurs que représentait son père, même si son éducation l’avait conduit à une quête incessante de perfection. L’admiration qu’il avait toujours portée à son père l’avait guidé jusqu’à ce jour et obtenir sa reconnaissance était le moteur de son évolution. Ses valeurs de tout ce temps de sa vie lui semblent dépassées aujourd’hui et vides de sens.

Petit, il recherchait toujours à être le meilleur, au-devant. Le sommet était le seul endroit où il se sentait à sa place. Les accessits ne comptaient que pour les faibles et les assujettis selon lui.

Il fallait toujours être au top, faire de son mieux n’était pas suffisant, il fallait réussir, avoir du succès, l’excellence sinon rien. Aujourd’hui, à ce moment précis, il se sent bien loin de l’excellence, il ne brille plus. Il se voit médiocre et responsable de tout le mal qu’il n’a pas su éviter autour de lui.

Soudain l’idéal qui l’avait guidé dans ses études s’éloigne de lui : aider les malades et soulager le mal, être présent au service des autres, partager avec tous et s’en enrichir. Il se sent très seul et loin de tous, et il est seul. L’abandon de Paul exacerbe cette solitude. Pourtant avec Marie, sa femme, Jules et Édouard ses deux enfants, ils forment une belle famille, famille du paraître beau et parfait modèle.

Pour autant, il se sent abandonné de lui-même, une solitude personnelle qui le pousse à l’isolement. Il n’a plus envie de rien et ce rien ne signifie plus grand-chose.

Paul l’avait appelé hier soir encore, plein de projets, d’entrain, du moins Simon le croyait-il. Ils devaient se voir ce WE pour fêter les 15 ans de sa clinique. Pourtant une phrase de Paul, qu’il avait exprimé hier soir, lui revient à la mémoire :

« On a commencé ensemble, tu ne vas pas me lâcher Simon, hein, je compte sur toi quoiqu’il arrive ! »

Aujourd’hui, comme une page tournée, la vie s’est transformée en un moment, le texte n’est plus le même, la cadence s’est interrompue.

Simon assis dans son fauteuil, est immobile il ne peut plus bouger. Il est assis au bord de sa vie, il n’est plus sur le chemin. Dehors, il n’y a plus personne. Martine, sa secrétaire, est partie après lui avoir passé la communication d’Hélène. Son cabinet, habituellement tellement animé et bruissant est complètement silencieux. Il est 22 heures une nouvelle journée sans fin se termine. Il ressent un silence pesant en cet instant.

Simon ne sait pas ce qu’il serait juste de faire maintenant. Appeler Marie pour la prévenir de la mort de Paul ? Pleurer ? Hurler ? Crier ? Sortir ? Il n’a aucune idée de son envie et aucune envie de ses idées. Le temps s’est arrêté, son souffle est court et ses soupirs rythment ses émotions.

Sans bruit, sans prévenir, des larmes coulent maintenant le long de ses joues, leur chaleur et la lenteur de leur progression lui font du bien. Il découvre le bienfait de ses émotions qui s’expriment, ses larmes qui s’écoulent entraînant sa mélancolie et sa détresse hors de lui. Le trop-plein se vide. Il ne veut pas penser, il ne veut pas réfléchir à sa propre vie, il ne veut pas voir ce qui est pourtant présent devant lui, bien visible : le vide. En cet instant, il a peur de voir ce qu’il ressent, il a peur de ce vide. Il ne veut pas ressentir ses émotions il préfère les éloigner de lui. Ce vide que représente l’abandon de Paul, sans lui, rien, aucun sens, aucune envie. Sa colère contre Paul le détourne de ces affres.

Il tente de se raisonner, il ne peut pas se laisser aller, craquer. Il y a Marie et les enfants. Il doit assurer. Il doit tenir son rôle et être celui qui sait, celui qui avance, celui qui décide. Il aimerait pourtant s’arrêter, regarder les gens qui marchent avec lui sur son chemin et se voir avancer avec eux. Il aimerait s’observer comme un spectateur de sa vie pour en comprendre le sens, pour mieux en voir la couleur et le rythme. Mais il ne peut pas, pas lui. Personne ne comprendrait. Il est prisonnier de sa propre vie, il est l’otage de sa vie.

La vie de Simon ressemblait à un fleuve plutôt tranquille qui s’écoulait, sans trop de vagues depuis sa naissance. Un fleuve bien canalisé, bien dompté, bien régularisé pour éviter les débords, et où tout était prévu pour lui par les autres.

Tous les événements se sont enchaînés harmonieusement, jusqu’ici il a avancé sans heurts, sans perdre de temps et toujours au top et efficace.

Simon est né dans une famille bourgeoise de l’est de la France. Il était le petit dernier de quatre enfants. Son père était médecin, et sa mère élevait les enfants. Leurs rôles étaient bien répartis. Papa travaille et maman coud. Papa était installé à la campagne dans une petite ville du nord de Strasbourg, Haguenau.

Il avait acquis une belle réputation et s’était beaucoup investi dans les activités municipales et culturelles de sa ville. Lorsque Simon eut 6 ans, son père devint conseiller municipal, adjoint au maire chargé des affaires sociales. Une grande fierté habitait Simon à l’idée des responsabilités de son père et il s’en vantait auprès de ses camarades de classe. Là encore, il pouvait être le meilleur.

Durant toute sa scolarité, le statut d’élu de son papa dopa Simon. Il devint un élève brillant et Georges, son père, était fier d’exhiber ses bulletins scolaires à la famille et aux proches quand Simon n’était pas présent.

Pourtant il poussait sans arrêt Simon à faire mieux. Selon Georges il y avait toujours mieux. Les résultats que l’on obtenait même s’ils étaient bons, n’avaient jamais le niveau qu’il espérait. L’insatisfaction était permanente. À partir du moment où un résultat était atteint c’est qu’il ne valait pas tant. Les seuls objectifs estimables étaient ceux que l’on n’atteignait jamais, parce que s’ils étaient inatteignables, c’est qu’ils étaient élevés, et cela signifiait l’excellence. C’était la vision de Georges et sa croyance, qu’il voulait transmettre à ses enfants.

Simon ne pouvait jamais apprécier la qualité de son travail, il vivait en permanence avec un sentiment d’incomplétude. Il courrait sans cesse après ce mieux, en quête de la perfection. Il pensait qu’il ne pouvait être reconnu que s’il était parfait, le meilleur. C’est ainsi qu’il obtiendrait la reconnaissance de son père. Ce besoin de reconnaissance l’habitait en permanence, un véritable compagnon de vie, et constituait son obsession quotidienne.

Mais la perfection n’est pas de ce monde, et Simon l’ignorait encore et l’objectif était irréalisable. Le sentiment d’insatisfaction ne faisait qu’augmenter à mesure qu’il progressait dans sa scolarité. Georges cachait sa fierté pour son petit dernier, selon lui il fallait être dur et insensible pour mieux réussir. Il ne lui témoignait que rarement la reconnaissance que Simon recherchait par ses résultats. Il ne fallait pas montrer d’émotions, preuves de faiblesse et avancer sûrement sur le chemin difficile de la vie.

Sa maman, Eugénie, souriait tout le temps. Il fallait que tout soit parfait à la maison, alors elle souriait. Le sourire d’Eugénie faisait partie de cette perfection. Elle souriait du bonheur qu’elle procurait et avait toujours appris à oublier ses propres besoins. La maman d’Eugénie, la grand-mère Arlette, avait élevé sa fille dans la satisfaction du besoin du mari qui travaillait dur, c’était la seule raison de vivre d’une épouse. Georges exhibait sa femme comme une réussite : « Voyez comme elle sourit, voyez comme je la rends heureuse »

Eugénie était profondément malheureuse, mais elle savait que cela faisait partie de sa vie de femme souriante : être malheureuse et sourire. Une femme n’avait pas droit à la même reconnaissance que les hommes c’est ainsi qu’on lui avait appris.

Georges était à la retraite depuis 10 ans déjà. Pourtant il n’arrivait pas à quitter son métier. Il ne se passait un jour sans qu’il n’appelle Simon trois ou quatre fois. Il le conseillait, le questionnait et le sermonnait aussi. Il était son petit dernier, préféré des quatre, le seul qui avait embrassé la vocation médicale. Il était devenu sa référence, sa réussite. Simon a réalisé ce que son père attendait de lui, il est devenu le fruit de l’espoir de ses parents. Il a concrétisé leurs rêves et refoulé les siens. Son père se réalisait à travers lui.

Tiens, il ne l’avait appelé qu’une fois aujourd’hui, pour lui parler d’un cas de surdosage médicamenteux dont il avait entendu parler dans une revue. Oui Georges continuait à lire régulièrement toutes les revues médicales comme au temps de son activité. Il ne fit aucune allusion au suicide de Paul. Peut-être l’ignorait-il à ce moment-là, ou bien il le savait, mais il n’a pas appelé Simon, car il ne savait pas comment en parler avec Simon.

Simon se sent aussi de plus en plus éloigné de son père. Il a besoin d’autonomie. Il veut quitter ce monde encadré et bien préparé pour aller ailleurs, au meilleur de lui-même même s’il ne sait pas où cela se trouve. C’est pourquoi il ressent beaucoup plus souvent le besoin de s’isoler et de se couper de ce monde qu’il ne reconnaît plus. Il va dans un désert qui n’est pas encore habité, et où le soleil le brûle : le désert de son vide intérieur et le soleil de ses contraintes.

Il ressent un manque immense dans sa vie et n’arrive pas à l’exprimer. Mais il sait que le ver est dans le fruit et commence à ronger toute la panoplie de Simon.

On lui reproche souvent son intransigeance, son manque d’empathie, sa dureté vis-à-vis des malades. Il lui arrive même de devenir cynique et de faire des blagues douteuses à propos de certains de ses patients à la clinique à propos de leurs « petits bobos ».

Sa dernière « vanne » concernait un patient atteint d’une hernie abdominale : « Monsieur Martin de la 15 et moi avons un point commun : nous avons les boules tous les deux » et il riait de ses blagues tandis que les autres se retournaient sans sourire, gênés.

Au fur et à mesure le cercle de ses amis avait fondu. On l’évite dans les couloirs de la clinique, on ne cherche plus sa compagnie à la cafétéria lors de la pause de midi. Simon sent qu’il se retrouve à l’écart et cela lui convient bien, car tout ce que les autres lui reprochent ne sont que jalousies et balivernes.

Avoir de l’empathie ??? N’importe quoi ! Lâcher Prise ? Tout cela ce ne sont que des discours de faibles. Ceux qui sont justes et droits ne s’embarrassent pas avec de tels concepts « new age ». Pour réussir, il n’y a que les succès et les statistiques. Il est à l’image de son père : juste et droit. Bon, il reconnaît que ses résultats sont en baisses. Quelques interventions n’ont pas eu le succès escompté. Mais cela n’est que passager et dû à sa fatigue. Il est un peu surmené. Il va en remettre un coup et cela repartira, les résultats seront à nouveau bons. Il faut simplement travailler plus, avec plus d’assiduité et tout reviendra comme auparavant, c’est aussi simple, cela a toujours marché. Vraiment ?

Ses collègues lui demandent moins son avis et il a plusieurs conflits larvés avec un certain nombre d’entre eux. Ils sont tous jaloux de son succès et de sa relation privilégiée avec le patron, Paul, son ami. Il y a six médecins à la clinique, trois associés majoritaires Paul, Marchand et Simon, Michelle une jeune médecin à peine diplômée et deux internes (une fille et un garçon) qui sont des collaborateurs.

Toutes ces difficultés passagères ne sont pas des symptômes, mais juste quelques signes collatéraux d’une fatigue et d’un excès de travail passager. Il reprendra vite le dessus.

Maintenant, il n’arrive pas à se décider entre rentrer chez lui, où l’attendent Jules, Édouard et Marie, ou se rendre chez Hélène qui a besoin de lui et qu’il a envie de voir aussi.

Son vaste bureau, ses plaques, ses titres affichés, ses photos, tout ce monde artificiel qu’il a bâti depuis toutes ces années, sont-ils devenus ses véritables compagnons de vie ? Tout cela s’apparentait à la vie de Paul et aujourd’hui cela disparaît avec lui. Est-il réellement cet homme que tout le monde croit voir en lui, ou bien n’est-il qu’un usurpateur, un imposteur qui a réussi jusqu’à présent à tromper tout son monde. Simon est pris de doutes.

Simon ne peut pas rentrer à la maison. Il a besoin de voir Hélène même s’il ne veut pas se confronter à la mort, à la douleur, au vide de Paul. Le face à face avec Paul au travers de son suicide le ramène dangereusement à sa propre vie, à sa perte de sens, à son vide intérieur. L’état insupportable du sentiment d’être au bord du gouffre, sans énergie pour faire le pas dans le vide qui le libérerait de son mal-être. Il a honte, il n’a pas le courage de Paul. En fait il a même une forme d’admiration pour le geste de Paul. La mort de Paul est le reflet de l’échec de sa propre vie.

« Allo Marie ? Je viens d’apprendre le suicide de Paul. C’est terrible je suis anéanti. »

« Oui oui, c’est terrible j’ai appris la nouvelle ce matin, j’ai vu Hélène à midi, elle est dévastée »

« Je vais passer chez elle pour la voir » « Oui je comprends, c’est normal, nous t’attendons »

Marie l’a appris ce matin ? Mais comment se fait-il qu’Hélène ne l’ait prévenu que ce soir ? Il a besoin de voir Hélène, il doit lui parler.

Paul et lui sont devenus inséparables à compter de leur rencontre, dans leurs succès, dans leur ascension. Ils ont fait connaissance par hasard, dans une salle de TP d’histologie assis côte à côte devant 2 lamelles d’Escherichia coli toutes teintés roses. Ils se sont regardés et ont éclaté de rire à l’idée de dessiner ce monstre tueur, chapelet rose, sur une feuille de papier blanc.

Le maître de stage les repéra immédiatement et les déplaça pour arrêter leur connivence qui le dérangeait. Cela a suffi à créer le lien qui les conduisit ensuite à la cafette de l’amicale où ils parlèrent durant des heures. C’est un peu comme s’ils n’avaient jamais quitté la cafette, sauf que Paul serait sorti un instant de la pièce. Ils étaient en 2° année de médecine.

Depuis ce jour Simon et Paul étaient devenus inséparables. On n’imaginait plus l’un sans l’autre que ce soit lors des soirées étudiantes, des stages et des examens. Ils passaient toutes leurs soirées à la bibliothèque, chacun assis à une extrémité d’une grande table, chargées de livres et de revues. On les voyait à peine, la tête plongée dans leurs manuels. Il n’y avait pas d’internet à l’époque. Toutes les recherches se faisaient les mains dans le cambouis, et dans la poussière des rayons de bibliothèque. Simon aimait l’odeur qui se dégageait des livres, les petites poussières des plus anciens et moins consultés. Il aimait le touché du papier et imaginer que les plus grands chirurgiens avaient également parcouru ses lignes de leurs mains avant de manier le bistouri et sauver des vies.

Paul aussi aimait les livres et ensemble, ils passaient leur temps à comparer leurs recherches, leurs résultats et à imaginer de nouveaux traitements. Leurs études étaient une vraie passion et leur métier allait prendre toute la place dans leur vie. Ils le savaient tous les deux. Et ils étaient heureux de partager cette passion.

Ils avaient réussi l’internat ensemble et s’étaient spécialisés en chirurgie, digestive pour Paul et orthopédique pour Simon.

Simon, le regard dans le vide, se revoit étudiant aux côtés de Paul. À l’instant il fallait retrouver Hélène. Hélène avait été infirmière dans un service où Paul commença son internat. Il l’avait rencontré une première fois dans un bar avec Simon. Jeune et bel interne, au brillant avenir il avait séduit sans difficulté la nouvelle infirmière du service qui rêvait d’épouser un médecin pour compléter sa carrière. Ils sortirent ensemble dès le début de l’internat de Paul. Celui-ci allait durer 5 ans. Pendant toute cette période, Hélène, fidèle admiratrice de Paul, entretenait le couple par son travail bien payé dans la clinique suisse où elle était allée poursuivre sa formation. Ils habitaient en Savoie.

Ils se marièrent à la fin des études de Paul, année même où il soutint sa thèse. Simon fut évidemment le témoin de Paul.

Simon et Marie étaient moins passionnés, leur histoire a démarré lentement, mais assurément. Simon n’éprouvait pas le besoin d’une relation stable, il était obsédé par sa carrière et faire plaisir à son père en réussissant au-delà de ses espérances. Il vivait dans un monde qu’il s’était construit où il n’avait pour seul objectif que la réussite.

C’est ainsi que Jules et Édouard sont arrivés, un peu à l’improviste, sans s’annoncer vraiment et sans être programmés.

Simon se lève, prend sa sacoche, regarde autour de lui, comme s’il n’allait pas retrouver tout ce cadre à l’identique le lendemain. Il sort de son bureau, ferme la porte du cabinet, les clés tournent seules dans la serrure, Simon ne fait que les suivre, où se trouve-t-il ?

Il prend l’ascenseur et descend du 11° étage du bel et grand immeuble dont il est si fier, au parking dans le sous sol. Toutes les lumières s’allument sur son passage comme pour lui ouvrir la place qu’il mérite et éclairer son chemin qu’il ne voit plus.

Sa voiture est à la place réservée à son nom. Elle lui sourit par un clignement des phares. Il s’y installe, respire profondément. Que vais-je lui dire ? La radio est en marche quand il démarre la voiture. Il entend l’énumération des catastrophes du jour, en particulier les 1200 morts du tremblement de terre en Iran. 1200 morts, et lui n’a perdu qu’UN ami.

Il coupe la radio, le malheur des autres n’amoindrit pas le sien. Il sort du garage et suit la route comme sur un jeu vidéo, le GPS est en route par habitude, il lui indique toutes les manœuvres qu’il connaît pourtant parfaitement, mais il a besoin de se laisser guider, écouter et suivre, rien à penser, rien à décider, dans son état c’est ce qu’il souhaite : ne plus être au centre, ne plus subir la contrainte du choix, ne plus décider. Être à l’écart de tout, ne plus être acteur, juste regarder sa vie, et s’éloigner de tout ce qui le fatigue.

Des pensées automatiques commandent ses actions et il leur laisse les commandes. Cela lui va bien. Il a le sentiment de se laisser guider, ce qui ne lui était jamais arrivé auparavant.

À ce moment il réalise que sa voiture est garée devant la maison de Paul et Hélène. Il descend et traverse le jardin, il préfère l’entrée par la cuisine, celle réservée aux intimes. La porte n’est pas fermée, il la pousse doucement. Il aperçoit Hélène adossée contre le frigo américain, le visage bouffi et rougi, un mouchoir entre ses mains, les mains sous son menton.

Il s’approche d’elle sans un mot et la prend dans ses bras, elle grelotte et se blotti contre lui. Il ressent sa peur et son angoisse. Elle est perdue, sans Paul, sans sa lumière et son horizon.

Simon ne dit rien, il la serre contre lui, fortement, il lui caresse le dos des mains pour lui transmettre de la force par son toucher.

« Pourquoi m’a-t-il fait ça ? Dis-moi toi qui sais tout de lui, pourquoi ? Pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? Ce n’est pas juste, c’est horrible et égoïste ».

« Hélène, il n’a pas voulu te punir en faisant cela, il ne voulait certainement pas te faire souffrir, il ne pouvait pas faire autrement. Il ne voulait pas que tu le voies en déchéance, il a sans doute voulu partir en te laissant une belle image de lui. Ce n’est pas un geste égoïste, mais un acte d’amour pour toi, pour que tu restes belle à ses yeux dans ces derniers instants. »

« Mais il n’avait pas le droit, c’est injuste, qu’est-ce que je vais devenir, sans lui ? »

Hélène est perdue, elle ne pense qu’à elle à cet instant horrible. Toute sa vie était tournée vers Paul, ils n’avaient pas eu d’enfants. Toute sa vie elle n’avait pensé que pour et par Paul et aujourd’hui qu’il n’était plus là, elle ne pouvait plus penser à elle.

Elle a vu du monde toute la journée, les visites n’ont pas cessé. Elle est épuisée par ces pleurs, toutes les paroles et les gestes de consolations qu’elle a reçus qui se voulait réconfortant. Toute la journée elle a attendu cet instant où Simon viendrait à son tour. Elle ne l’a prévenu que ce soir, alors qu’elle a découvert Paul ce matin en voulant prendre sa voiture.

Peut-être pour retarder l’instant où elle se retrouverait seule avec Simon. Cette nouvelle intimité l’effrayait.

Aujourd’hui elle découvre qu’elle va être obligée d’exister sans Paul et Simon pourrait combler ce vide nouveau. Simon ne sait pas quoi dire, il est juste là, sans voix, sans mots, en réalité il envie le courage de Paul d’avoir réussi son voyage sans retour et sans passagers.

Lui n’en est pas capable. Aujourd’hui consoler Hélène est au-dessus de ses forces. Il essaye de lui dire qu’elle ne sera pas seule.

« Tu sais que tu peux compter sur nous, Marie et moi nous serons toujours là pour toi, nous serons toujours à tes côtés, tu peux compter sur nous. »

En prononçant ces mots, Simon réalise combien ils sont vides de sens, combien ils sont communs. Tous utilisent ces mêmes mots face au deuil, tout le monde essaye d’être dans l’humanité et dans le partage, mais Simon sait que ce n’est pas vrai, que le deuil sera dur et qu’Hélène se retrouvera seule.

Hélène avait passé la plus grande partie de sa vie avec Paul, seule. Il était rarement à la maison, et quand il l’était, il était absent, car toujours dans ses pensées, dans ses coups de fil, absorbé par son écran et la préparation de sa prochaine présentation pour son prochain séminaire.

Paul était hyper actif professionnellement, rien ne pouvait se faire sans lui, il était partout, de toutes les décisions et de toutes les réunions. Il avait évidemment une maîtresse, car il ne pouvait partager son intimité avec Hélène. Être intime c’est être trop proche.

Sa maîtresse, son jardin secret qui ne l’envahissait pas trop, pour ne pas être trop proche, lui apportait de la sérénité. Elle lui donnait cette légèreté et insouciance dont Hélène n’était plus capable. Hélène le savait, elle s’en accommodait, tant que cela restait discret et qu’elle pouvait prétendre l’ignorer. Elle avait compris qu’elle ne pourrait avoir Paul sans l’autre, alors plutôt que de le perdre elle accepta de le partager.

Simon desserre son étreinte, Hélène lui propose un verre. Il l’accepte avec soulagement, cela relâchera la tension quelques instants. Elle lui sert un whisky sur glace. Elle en prend un également. Face à face ils évitent de se regarder. Ils sont gênés par cette nouvelle intimité en cet instant. Simon et Hélène ont été amants et ils ne s’étaient pas revus depuis leur rupture deux mois plus tôt.

Dès le retour de Simon dans la région, il avait exercé quelques années dans le cabinet de son père en Alsace avant d’émigrer en Savoie, ils s’étaient rapprochés très vite. Paul délaissait beaucoup Hélène. Hélène l’attirait parce qu’elle avait un côté plus sophistiqué que Marie, qui elle était beaucoup plus simple. Elle provoquait également une attraction sexuelle très forte chez Simon, par son côté femme fatale et dominatrice, le contraire de Marie qui était beaucoup plus sage. Simon n’avait pas résisté longtemps aux avances d’Hélène lorsqu’il s’est associé avec Paul. Hélène gardait toujours l’image qu’elle avait de Simon lors de leur rencontre. C’était son préféré, mais aussi le moins rassurant pour son avenir.

Ce soir il se sent mal à l’aise et pas à sa place. C’est lui qui a mis un terme à leur relation il y a à peine deux mois. Cela préfigurait un premier deuil pour Hélène. La retrouver dans ces circonstances trouble Simon, il ne sait plus qui il est, il hésite sur la conduite à tenir. Qui est celui qui console Hélène ? L’ami ? L’amant ? L’associé de Paul ?

Sa place est-elle différente maintenant que Paul n’est plus là ? Hélène souhaite-t-elle reprendre leur relation et davantage encore désormais ?

Toutes ces questions tournoient dans la tête de Simon, tandis que les glaçons se noient dans l’alcool. Et son esprit est de plus en plus brumeux créant une distance entre eux. Cette distance ménage un vide, et ce vide appelle le vertige. Simon s’éloigne d’Hélène, de peur qu’elle ne soit trop proche de lui ?

Il n’ose en dire davantage, de peur qu’Hélène ne lui en demande trop. Elle regarde son verre, elle attend que Simon lui parle encore. Le silence entre eux pose la distance qui s’est établie aujourd’hui. Amant, intime, jouisseur hier. Étrangers, copains, aujourd’hui ?

Celui qui les avait rapprochés, celui qui les complétait, celui qui leur donnait leur raison d’être ensemble, le mari trompé, n’était plus là. Que restait-il aujourd’hui pour les rassembler ?

Simon prit dans ses pensées, s’apprêta à partir. Il l’indique à Hélène, sans mots, juste dans l’expression de son regard. Hélène se rapproche de lui et par surprise le prend à pleine bouche. Simon est stupéfait. La langue d’Hélène le pénètre vigoureusement et avec assurance. Elle connaît bien le chemin. Simon se laisse faire, il reconnaît celle qu’il a perdue il y a quelques mois, il la reçoit finalement, l’accueille, puis répond à son baiser.

Ses mains parcourent le dos d’Hélène, habiles elles glissent sous le pull-over, et en un seul mouvement le soutien-gorge se défait. Simon sent monter l’excitation en lui, la poitrine d’Hélène se donne à ses mains, elles aussi connaissent bien la route.

En très peu de mouvements, ils se retrouvent l’un par-dessus l’autre dans la cuisine puis dans le salon et enfin dans la chambre. Simon retrouve Hélène comme la femme qu’il avait laissée partir, celle qui lui appartenait il y a quelque temps et qu’il possède maintenant à nouveau comme un dû. Il respire, l’oxygène de sa vie est de retour. Ils se retrouvent tous les deux sans ne s’être jamais perdus et ils goûtent ce plaisir intense qui les a toujours rapprochés. Simon pénètre Hélène avec force et vigueur, et cela lui redonne un sentiment de puissance, entendre Hélène gémir sous ses coups de boutoir lui procure un sentiment de puissance qu’il avait perdu depuis longtemps. Hélène aimait se laisser prendre et dominer par Simon, cet amant attentionné et distingué qu’il était l’excitait beaucoup. Simone hurla et cria fortement lorsqu’il jouit avec des jurons de plaisir.

Mmmmmm c’est bon. « Oh Simon !!! Cela fait 6 mois que Paul ne m’avait pas touché, je me désespérai en fantasmant sur toi, tu m’as tellement manqué depuis que tu m’as quitté, mon corps appelait le tien, ah Simon… »

« Je sais Hélène, mais je ne pouvais plus, Paul était là et j’étais son ami et je ne pouvais plus me cacher de lui »

« C’est si bon Simon, tout mon corps t’accueille comme le retour du guerrier pour son repos, je suis à toi ! »

Simon se sent bien embarrassé par une telle déclaration, il vient de prendre son plaisir, la tension est retombée et la réalité le rattrape. Il a besoin de fuir ces sentiments qu’il ne connaît plus. Paul n’est plus là pour plaisanter avec eux. Leur lien a disparu.

Dehors il fait nuit et Simon se voit déjà reparti, dans sa voiture, soulagé d’avoir quitté ce lieu. Il ne peut le dire à Hélène qui se trouve blottie contre lui comme une toute petite chose, si fragile et si douce. Simon se raidit, ses mains ne parlent plus, ses mots se sont tus, il ne sait pas quoi répondre à cette déclaration. Il est physiquement présent, en pensées il est déjà loin. Trop souvent ses pensées quittent son corps et vont autre part, ailleurs que là où il se trouve. Parfois même il peut s’observer dans un lieu ou bien dans une situation comme le spectateur d’une séance de cinéma. Les images défilent dans sa tête comme sur un écran et là il se trouve très mauvais acteur. Il se voit planté devant Hélène, et il se dit en se regardant sur cette scène : « T’es pas bon là, tu es nul et ce que tu fais n’a pas de sens »

« Dis-lui que tu ne peux rien pour elle, car tu ne peux rien pour toi, dis-lui que tu ne lui donneras jamais rien de plus que ces quelques instants de plaisirs. »

Très vite son ordinateur intérieur, son Maître à penser reprend le dessus et lui ordonne d’adopter l’attitude la plus appropriée à la situation à savoir mettre un terme à ce moment. Et Simon se raidit encore davantage, ses doigts se crispent sur les clés de sa voiture maintenant.

Il a besoin de partir, c’est une question de survie. Il embrasse Hélène sur les joues et sort sans un mot. Hélène le regarde partir, elle sait aussi qu’elle n’obtiendra jamais rien de plus de sa part. Il n’est qu’un élément de sa vie, il n’en est pas le moteur. C’est son scénario, être un faire-valoir pour les hommes qu’elle rencontre, elle leur permet juste de se prouver qu’ils sont de vrais hommes capables de faire jouir une femme. Elle a passé sa vie à se taire comme la mère de Simon. Aujourd’hui elle veut décider et changer sa vie, elle veut la choisir et la diriger et ne veut plus la subir.

Simon démarre rapidement, sa voiture est puissante, 300 chevaux, la voiture de ses rêves, SA porche. Au volant, ses pensées retrouvent...