Tourmentée

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Les enquêtes de Kate Lange, tome 1

Hantée par la mort tragique de sa jeune sœur, fragilisée par une rupture amoureuse, mais décidée à aller de l’avant, Kate Lange se lance à corps perdu dans sa carrière d’avocate, en Nouvelle-Ecosse. 
Mais le meurtre horrible de Lisa, la petite-fille de l’une de ses clientes venue lui demander conseil au sujet de l’adolescente, ravive ses blessures secrètes : aurait-elle pu empêcher ce drame ? Est-elle responsable de cette mort –comme de celle de sa petite sœur, morte quinze ans auparavant dans un accident de voiture dont elle seule a réchappé ? 
Tourmentée par le poids de ses doutes, déterminée à faire la lumière sur le meurtre de Lisa, Kate décide de mener sa propre enquête. Quitte à risquer sa carrière en s’exposant aux critiques acerbes de l’intransigeant Randall Barrett, son directeur de cabinet. 
Et sans savoir que le danger est toujours là. Car le tueur, lui, a déjà repéré sa nouvelle proie…

A propos de l'auteur :

Diplômée en littérature anglaise de l’Université King’s College de Halifax, puis admise au barreau de Nouvelle-Ecosse, Pamela Callow a travaillé comme consultante en stratégie d’entreprise avant de publier son premier roman et de se consacrer à l’écriture. Aussitôt repérée par la critique, elle signe des thrillers sombres et intenses qui vous saisissent dès la première page.

Les enquêtes de Kate Lange :
Tourmentée
Indéfendable
Tatouée
Publié le : jeudi 1 novembre 2012
Lecture(s) : 23
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280252720
Nombre de pages : 456
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Vendredi 27 avril, 17 heures
Le printemps, à Halifax, n’était pas réputé pour ses journées ensoleillées ni pour la douceur de son atmosphère. Pas plus que le cabinet juridique Lyons-MacGrath-Barrett ne l’était pour son ambiance chaleureuse. Kate Lange s’accorda une pause de deux minutes et jeta un coup d’œil par la fenêtre de son bureau. A travers la îne pluie qui recouvrait les carreaux, la longue île de voitures qui ondulait sur Lower Water Street paraissait oue. Les embouteillages du vendredi soir ne faisaient que commencer. Elle baissa de nouveau le nez vers son bureau en acajou, et ît un effort pour se concentrer sur le protocole d’accord de divorce ouvert devant elle — le quatrième de la semaine, le vingt-septième depuis qu’elle avait rejoint LMB. Elle ne put réprimer une grimace. L’ironie de la situation était tout de même cruelle ! Elle avait quitté Marshall & Associates parce qu’elle en avait assez des procédures de divorce, et voilà qu’ici, on ne lui conîait rien d’autre. Un coup bref frappé à la porte la tira de sa rêverie. Son cœur s’accéléra aussitôt. Randall Barrett. Le directeur associé. En personne. Il l’inondait de dossiers insipides, mais elle ne l’avait encore jamais rencontré, pas même lors de ses entretiens d’embauche. Elle le soupçonnait de la battre froid parce qu’elle avait été îancée à Ethan Drake.
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Ethan était inspecteur de la criminelle. Deux ans plus tôt, on l’avait chargé de l’enquête sur la mort d’une patiente du Dr Don Clarkson, un vieil ami et ancien partenaire de foot de Barrett. Clarkson était accusé d’avoir euthanasié sa patiente pour abréger ses souffrances, et il s’était défendu en invoquant une erreur de dosage. L’autopsie n’ayant pas permis de trancher, tout avait reposé sur le témoignage du jeune îls de la patiente : selon lui, le médecin avait déclaré que sa mère « ne souffrirait plus ». Randall Barrett était persuadé qu’Ethan avait inuencé le îls pour lui soutirer cette déclaration. Don Clarkson s’était ruiné en avocats pour sa défense, mais cela ne l’avait pas empêché d’être déclaré coupable. Randall Barrett était entré dans l’arène au moment du pourvoi en appel, mais en dépit de ses tentatives pour convaincre la cour d’appel d’un vice de procédure, les juges avaient conîrmé la première décision, à deux contre un. Depuis, Randall Barrett et Ethan Drake se haïssaient cordialement. Kate se leva en lissant sa jupe. — Bonjour, monsieur Barrett, dit-elle en souriant. Elle se félicita de porter le tailleur qu’elle s’était offert avec son dernier salaire. Elle avait longuement hésité entre la tuyauterie de sa cuisine et ce vêtement strict à la Jackie Onassis. Le tailleur lui plaisait trop. Il l’avait emporté. La première nuit, en entendant grincer les tuyaux, elle avait amèrement regretté cette folie. Mais elle n’avait pas tenté de rendre le tailleur. Elle avait appris depuis longtemps qu’on devait assumer ses choix, dans la vie. Le beau costume gris de Randall Barrett venait d’effacer tous ses regrets. Cet élégant tailleur l’aiderait peut-être à convaincre Barrett que le nom de Kate Lange méritait de îgurer sur le papier à lettres à en-tête de LMB. Pour l’instant, elle n’y îgurait pas. Elle était encore en période d’essai. Barrett lui adressa un grand sourire qui découvrait des dents carnassières, et ne la mit pas du tout à l’aise.
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— Appelez-moi Randall, je vous en prie, dit-il en haussant un sourcil. Puis-je entrer ? Elle se raidit et rougit. — Bien entendu. Il ît un pas en avant, et l’espace du bureau fut brusque-ment saturé par sa présence virile. « Bon sang…, songea-t-elle. Je comprends maintenant pourquoi toutes les femmes de LMB piquent un fard quand on prononce son nom! » Il s’arrêta devant son bureau, et elle remarqua l’enveloppe Kraft coincée sous son bras. Avec ses talons, elle était presque aussi grande que lui, mais il avait tant de charisme qu’elle se sentit toute petite. Il avait aussi des yeux très bleus qui plongeaient droit dans les siens. Randall était célèbre pour son esprit vif autant que pour son éloquence. Elle avait beaucoup à apprendre de lui. Encore fallait-il qu’il lui en donne l’occasion. Il passa lentement en revue les piles de dossiers accumulés sur le bureau, s’arrêtant sur celui qui était ouvert devant elle. — Vous avez beaucoup de travail ? demanda-t-il. Elle aira un piège. Répondre « non » revenait à accepter des heures supplémentaires, non rémunérées, cela allait de soi. Répondre « oui » revenait à passer pour quelqu’un que la tâche rebutait. — On n’a jamais trop de travail, dit-elle prudemment. Il haussa de nouveau l’un de ses sourcils blonds. — En effet, approuva-t-il. Puis il posa ostensiblement l’enveloppe sur le bureau. — Vous avez une nouvelle cliente. Elle vous attend dans le hall. Elle ne s’était pas trompée, il était donc venu la tester. Elle ouvrit l’enveloppe, le cœur battant. Elle avait beau savoir que Randall Barrett n’allait pas lui apporter le procès du siècle, elle ne put s’empêcher d’espérer qu’il lui offrait enîn la chance de prouver qu’elle avait assez d’envergure pour traiter autre chose que des affaires familiales. Dans l’enveloppe, le dossier ne contenait qu’une feuille de
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papier sur laquelle on avait hâtivement gribouillé, au stylo noir : « Marian MacAdam, demande de garde d’enfant ». Elle referma la chemise avec des gestes lents et la sensation d’être au bord de la catastrophe. Pas de doute, Randall avait décidé de la cantonner au ghetto des affaires familiales. John Lyons, l’associé de Randall, l’homme qui l’avait engagée, lui avait parlé d’une période de probation. Mais cette période n’aurait jamais de în si Randall ne lui conîait aucun dossier touchant le droit des assurances ou des affaires. Elle rencontra alors son regard. Il la îxait froidement, avec une pointe d’ironie dans les yeux. Qu’il aille au diable! Il savait parfaitement qu’elle était furieuse, et cette idée l’amusait, de toute évidence… Elle ît le tour du bureau et croisa les bras. — Ma période d’essai se termine dans deux mois, dit-elle d’un ton ferme. Un petit sourire étira les lèvres de Randall. Il lui tourna le dos et poussa la porte du bureau, qu’il lui tint. La cliente attendait dans le hall, et il l’invitait à la rejoindre. Elle comprit que son absence de réponse était destinée à l’intimider et passa devant lui, car il était trop galant pour marcher devant une dame, même s’il était aussi du genre à devancer tout le monde par inclination naturelle. — Quand John Lyons m’aembauchée, lança-t-elle par-dessus son épaule, en insistant sur le mot « embauchée ». Randall eut un imperceptible froncement de sourcils, mais attendit la suite. — Il m’a assuré que je serais rattachée à une section chargée des contentieux civils, poursuivit-elle en continuant à avancer dans le couloir. — John n’avait pas autorité pour vous promettre une chose pareille, répondit-il posément, tout en venant se placer à sa hauteur. Elle espéra que son expression ne trahissait pas sa déception. Peu après son arrivée à LMB, elle avait commencé à soupçonner que John n’avait pas autant de pouvoir qu’il le
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lui avait laissé entendre, mais elle fut tout de même surprise que Randall se permette de le dénigrer si tranquillement. — Pourquoi m’avez-vous engagée, dans ce cas ? — Nous avons signé uniquement pour une période d’essai, répondit-il d’une voix douce. Elle n’était pas encore engagée, il le lui faisait remarquer. L’estomac de Kate se noua. — Cette période doit nous permettre de situer et d’évaluer vos qualités, ajouta-t-il. — Je croyais que c’était déjà fait avec le dossier Robertson, rétorqua-t-elle. Elle avait gagné l’affaire Robertson contre LMB — le combat de David contre Goliath —, et son travail avait tellement impressionné John Lyons qu’il lui avait proposé de rejoindre leur équipe. — C’est vrai que John a beaucoup apprécié la manière dont vous avez traité ce dossier. Mais on ne juge pas quelqu’un sur une seule affaire. Nous sommes un des plus importants cabinets d’avocats de la ville, ne l’oubliez pas. Traduction : elle jouait maintenant dans la cour des grands, et elle devait prouver qu’elle avait toutes les compé-tences requises. Ils approchaient de la porte vitrée donnant dans le hall. Elle s’arrêta et se tourna vers lui. — Si vous ne me donnez que des affaires familiales à traiter, vous ne saurez jamais si je suis capable d’autre chose, ît-elle remarquer. — Vous aurez votre chance, Kate, assura Randall en lui tenant la porte. Faites du bon travail et vous serez récompensée. Il posa sur elle un regard ambigu. Un regard de séducteur. Elle ne songea pas une seconde qu’elle pouvait lui plaire. Il testait sur elle son pouvoir, comme il le faisait sur les autres femmes. Il n’était pas son genre — trop prétentieux, trop sûr de lui, trop arrogant, trop paternaliste —, mais elle dut
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reconnatre qu’elle ne restait pas insensible à son charme, et en fut agacée. Elle passa devant lui et entra dans le couloir menant à l’aire d’accueil du hall d’entrée. La porte de verre se referma. Il ne l’avait pas suivie. Elle poussa alors un profond soupir. En période d’essai, elle ne se trouvait pas en position de force. Elle ne pouvait rien exiger. Elle ferait donc de son mieux, comme il le lui avait conseillé, en attendant qu’on daigne la remarquer.
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