Tradition de l'existentialisme

De
Publié par

Dans cet essai incisif, Benda s'insurge contre la religion existentialiste et ses apôtres : Heidegger, Sartre, Camus et quelques autres... L'auteur de la Trahison des clercs bouleverse les idées reçues: pour lui, l'existentialisme est un faux remède aux crises de notre temps, une pensée au service de toutes les tyrannies.

Publié le : mercredi 19 mars 1997
Lecture(s) : 27
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246370895
Nombre de pages : 130
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
TRADITION DE L'EXISTENTIALISME OU LES PHILOSOPHIES DE LA VIE
L'existentialisme est la forme moderne d'une position métaphysique très ancienne. — Les positions métaphysiques sont en très petit nombre. — Elles sont nécessairement intolérantes. — Celle-ci est la révolle de la vie contre la pensée, notamment contre la pensée de la vie. — Histoire de celle révolte : 1° dans le peuple; 2° dans la philosophie. — Traits spécifiques de celle position dans l'existentialisme. — Démocratisation de la philosophie au XIXesiècle. — Causes du succès de l'existentialisme.
LA philosophie embrassée aujourd'hui de tout un monde qui, s'il est loin d'en toujours comprendre la lettre, en saisit vaguement mais sûrement l'esprit, j'ai nommé l'existentialisme, incarne, sous un mot nouveau et avec certains traits proprement actuels, une chose très ancienne. Certains de ses commentateurs, voire nettement sympathisants, en conviennent. Il n'y a rien de plus dans cette philosophie, conclut l'un d'eux en fin d'une longue étude, « qu'une manière spécifiquement moderne de ressentir et de dire des choses éternelles »
1. Cela était d'ailleurs à prévoir. Les positions de l'esprit humain à l'égard des grands problèmes philosophiques, exactement métaphysiques, sont en nombre très limité — un philosophe a soutenu, non sans vraisemblance, qu'elles reviennent à six oppositions 2 — et elles sont toutes occupées depuis que l'esprit métaphysique existe; en sorte que les philosophies dites nouvelles ne sont ici que des modernisations d'idées très anciennes, qui ne s'en distinguent que par des modalités en somme assez superficielles. C'est dans l'ordre métaphysique plus que nulle part ailleurs qu'on peut dire qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil3.
La modernisation des positions métaphysiques consiste surtout, aujourd'hui, à les justifier (H. Spencer, Marx, Bergson) au nom de la science, dont chaque philosophe retient uniquement, bien entendu, ce qui accommode sa thèse. Il faut reconnaître que l'existentialisme n'use pas de ce mode, mais se donne franchement pour une métaphysique, hors de tout appel à la science, pour laquelle il n'a que du mépris. Sa position serait assez analogue ici à celle de Spinoza, qui n'a jamais essayé d'ap-puyer ses conceptions de la Substance ou de l'Amour intellectuel sur les découvertes physiques ou mathématiques de son temps.
Ajoutons que ces positions métaphysiques ont toutes ce trait commun; à savoir que, précisément parce qu'elles tranchent du métaphysique, elles sont essentiellement indémontrables. On ne démontrera jamais, de manière à départager les adversaires comme par une expérience de laboratoire, le bien-fondé de l'idée libertaire ou du déterminisme, non plus que du créationnisme ou de l'évolutionnisme. Ces thèses constituent uniquement des préférences, dues au tempérament de ceux qui les soutiennent, et comportent une violence d'affirmation, jointe à une intolérance envers les opposants, dont relèvent toutes les croyances qui ne peuvent se justifier par la raison. L'existentialisme ne fait pas exception.
L'EXISTENTIALISME EST UNE FORME DE LA RÉVOLTE DE LA VIE CONTRE LA PENSÉE.
La position éternelle dont l'existentialisme n'est que la forme moderne, quelle est-elle?
C'est la volonté d'exalter le fait de vivre, d'éprouver, d'agir, d' « exister », par opposition au fait de penser4, singulièrement de penser sur l'existence ; c'est, pourrait-on dire, la révolte de la vie contre l'idée, éminemment contre l'idée de la vie; volonté qu'elle exprime aujourd'hui en termes d'école quand elle déclare que «l'existence précède l'essence 5 » et qu'elle ne veut savoir que l'existence; ou, mieux, que son sujet n'est pas l'existence, mais l'existant; ou encore qu'elle a remplacé le problème de « la mort » par celui du « je meurs », n'admettant plus les « échappatoires de l'impersonnel et de l'intemporel 6 », lesquels sont, comme on sait, encore qu'à des degrés divers, l'aliment même de la pensée dans ce qui l'oppose à la sensation 7.
L'existentialisme, proclame un de ses apôtres les plus proprement fieffés, c'est «la défense de l'existence
8. » Défense contre quoi? Contre la pensée; exactement contre la pensée réfléchie, méditative, organisée, en tant qu'elle est la négation de l'action, de la passion, de la vie ( la pensée irraisonnée peut trouver grâce). On pourrait dire encore que c'est la vie, résolue à se sentir en tant qu'acte, en tant que force, en tant que drame, et qui « s'indigne de tant de discours ».
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Nietzsche (Fiche philosophe)

de LePetitPhilosophe.fr

RIEN, philosophie

de Encyclopaedia-Universalis