Trafics en plein ciel

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« Une voix unique au cœur du thriller » Michael Connelly

« Une énergie fulgurante et inattendue » Publishers Weekly

Lorsque l’entrepreneur Finn Grant meurt dans le crash de son avion, Liam Campbell, agent de la police d’État à Newenham, a toutes les raisons de croire qu’il s’agit d’un sabotage. Et les habitants de cette région d’Alaska ont presque tous un mobile. À court de ressources, Liam fait appel à l’amie d’un ami, la détective privée Kate Shugak.

Travaillant incognito Chez Bill, bar et gril, Kate apprend que l’activité de Finn Grant a connu une expansion fulgurante : pêche, chasse, promenades touristiques et transport de marchandises. Mais quel genre de marchandises, et pour quelle destination ? Les réponses entraînent Kate dans une des affaires les plus complexes de sa carrière, à la découverte d’une épave, de secrets de famille bien gardés, au milieu d’une conspiration d’envergure impressionnante...

Publié le : vendredi 24 octobre 2014
Lecture(s) : 35
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782370720184
Nombre de pages : 260
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DANASTABENOW
Trafics en plein ciel
Une enquête de Kate Shugak – 2
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Cédric Dégottex
I
Novembre Afghanistan, province d’Halmand, district de Sanjin Leur proposition n’aurait pu être plus claire : soit il se servait de sa main droite pour presser la détente de la carabine qu’ils lui avaient donnée, soit ils la lui tranchaient. Sa cible était déjà toute désignée et, avant même qu’on lui ait révélé son identité, il s’était douté qu’elle serait américaine. Comme tous les autres, il avait bien vite retenu les appels prosélytes au jihad que lançait l’imam chaque vendredi pour soulever le peuple contre les envahisseurs. Mot pour mot. Tout ce qu’il voulait, lui, c’était rentrer : le Pakistan était une terre par trop baignée de haine pour un jeune Afghan sans famille ni ami. Son père avait péri sous les balles des Américains lors de l’invasion de 2003, et sa mère, accompagnée de ses enfants, avait passé la frontière pour rallier les camps où se massaient des centaines de milliers d’autres réfugiés. Lorsqu’elle était morte, il avait trouvé un moyen de retourner au pays où les talibans l’avaient plus kidnappé que recruté. Au moins, ils le nourrissaient. Établi entre deux collines à moins de trois cents mètres d’une vallée étroite, le camp était modeste : un simple avant-poste où veillaient quarante soldats américains. On avait aplani le sommet de la colline frontale de façon qu’un hélicoptère puisse s’y poser… et c’était justement cet engin qu’il attendait depuis trois jours, à dégouliner de sueur au soleil, et à claquer des dents la nuit, planqué sous le filet de camouflage qu’on lui avait dit avoir été volé à l’ennemi lors d’une autre fusillade, dans une autre vallée. L’arme qu’ils lui avaient confiée était aussi magnifique qu’elle semblait mortelle : flambant neuve, légère comme une plume, d’un noir d’onyx, elle alliait des pièces de plastique épais à d’autres, luisant d’un éclat discret, de métal sombre. Une housse à glissière la préservait du sable et des poussières qui s’infiltraient entre les mailles du filet, venaient se déposer en fine couche sur ses vêtements et obstruaient ses narines, rendant chaque respiration plus pénible que la précédente. Au loin, quelques immeubles délabrés dentelaient le paysage, trahissant la présence d’une propriété misérable où s’agitait un garçonnet meneur de chèvres qui guidait ses bêtes vers une bande de terre aride parsemée çà et là de quelques touffes d’une herbe chétive, ainsi que de rares buissons d’armoise aux tiges distordues par le manque d’eau. Les sols reposaient en jachère depuis que la seule culture à avoir jamais poussé ici avait fini entre les mains des envahisseurs. Un discret bruit d’ailes vint troubler le silence. Il leva la tête. Un aigle des steppes patrouillait la vallée matin et soir, planait dans les hauteurs, fendait les airs de ses deux mètres d’envergure brune et de l’éventail noir que formaient ses longues rectrices. Seulement, cette fois, le rapace avait cédé la place à un patrouilleur d’une tout autre espèce. L’hélicoptère venait d’arriver. Enfin. L’engin fusa par-dessus la vallée, lui laissant à peine le temps de libérer la carabine de sa housse. Il cala son œil derrière la lunette de visée, comme on le lui avait enseigné, puis prit sa mire. Le grossissement rendait d’une netteté remarquable les lignes de l’aéronef. Le sable en avait sali et écorché le pare-brise dont le soleil opacifiait presque le Plexiglas. Même avec le viseur, il peinait à distinguer les silhouettes qui se dessinaient à bord. Et puis, soudain, quelques centimètres de peau blanche et lisse entre un casque et une paire de lunettes. Le pilote n’était pas encore
en âge de se raser. Tout comme lui. « Un seul tir, et ce sera réglé », lui avaient-ils dit. Il suffisait de faire mouche. Un clignement d’yeux pour chasser la sueur qui les picotait, puis, comme ils le lui avaient appris, avec une délicatesse presque bienveillante, mais sans la moindre hésitation, il pressa la détente. La crosse de l’arme s’écrasa contre son épaule, et le projectile explosif fila vers sa cible. L’espace de quelques secondes, la détonation le rendit totalement sourd. Avant qu’il ait pu relever l’œil de la lunette, l’hélicoptère s’était écrasé sur la rampe improvisée, avant de voler littéralement en éclats. Les trois hommes d’équipage moururent sur le coup, le corps déchiqueté par les fragments éparpillés de leur propre engin, tout comme le soldat au sol qu’un rotor vint embrocher. Les six hommes qui, près de la rampe de lancement, attendaient qu’on les ramène enfin chez eux, étaient tous blessés. Deux d’entre eux n’y survivraient pas. Posté un peu plus haut que lui, le guetteur attendit quelques secondes que le tireur ait profité du spectacle sinistre qu’il venait de mettre en scène, puis lui décocha une balle en pleine nuque, pile entre le crâne et le haut de la colonne vertébrale.
2
Jeudi 14 janvier Niniltna Chacun des cent trois plats en Pyrex avait été pillé avec minutie de son contenu, la montagne de cadeaux n’était plus qu’un tapis de coques de plastique, d’étiquettes et de notices, et l’ultime convive riche d’une anecdote à conter sur Old Sam venait – enfin – d’abandonner à regret le micro. On claqua la lourde double porte de bois massif derrière le dernier invité, et un écho à valeur d’épilogue résonna contre les parois en dur du gymnase pendant de longues secondes. – Bien bonpotlatch, statua Tante Vi. – Beaucoup de gens sont venus faire leurs adieux à Old Sam, acquiesça Tante Balasha. – Bien trop, rétorqua Tante Edna. Regardez-moi cette porcherie ! Tante Joy resta silencieuse. – Vern Truax est venu, lui aussi. Vous avez vu ? demanda Tante Vi. Il ne s’est pas attardé. Le temps de rendre un dernier hommage, et puis il est parti. C’est un homme de bonnes manières… avec une bonne situation. – Et la fille de Peter Kasheverof, avec le fils de Lizzie Collier, hein ? Je les ai bien vus fricoter dans un coin ! s’enquit Tante Balasha. Ça sent le mariage, cette histoire… – J’espère bien ! commenta Tante Edna. – Sac et poussière pour moi, intervint Tante Joy. Tante Balasha et Tante Joy passèrent la pièce entière au peigne fin, un sac-poubelle dans une main, une pelle dans l’autre, implacables. Tante Edna et Tante Vi les suivaient, armées de balais coco. Lorsque Tante Balasha et Tante Joy eurent achevé leur aller méticuleux, elles troquèrent sacs et pelles contre seaux et serpillières. Tante Edna et Tante Vi demeuraient sur leurs talons, balais rasants et produits à lustrer aussitôt tirés de leur arsenal. Niveau efficacité, l’opération nettoyage aurait conforté Henry Ford dans sa fierté du savoir-faire américain. Dans la cuisine, équipée de gants en caoutchouc jaune luisants, Annie Mike s’activait au-dessus d’un double évier en aluminium presque aussi profond qu’elle était grande, rempli d’une eau savonneuse d’où s’élevait une vapeur chaude. Kate y plongeait les plats et couverts sales et, lorsqu’elle y eut déposé le dernier, elle brisa le silence. – J’ai bien aimé l’histoire de Dimitri, celle d’Old Sam et de la chasse au mouton. Je ne l’avais jamais entendue… – Moi non plus, répondit Annie. Le vieux bougre a beau avoir vécu ses trente dernières années à deux pas de nous, je doute qu’il nous ait livré tous ses secrets… Kate se tourna vers Annie, les épaules crispées. – Rien que l’histoire de l’icône…, poursuivit Annie, intriguée par la réaction de Kate. J’ai un peu honte de le dire, mais je n’en avais même jamais entendu parler. – Moi non plus, dit Kate. De longues secondes, elle resta silencieuse, perdue dans un flot de réminiscences habitées par l’image de Marie la Sainte, un ancien triptyque russe représentant Marie et Jésus tour à tour comme mère et nourrisson, mère et dépouille mortelle, puis mère et Christ ascendant. Cette icône n’avait retrouvé sa place au sein de la tribu que récemment, à la suite de la traque implacable d’une enquêtrice chevronnée, qui n’était nulle autre que Kate, guidée par Old Sam depuis sa tombe… Un siècle auparavant, les membres de la tribu prêtaient à l’objet saint tous les pouvoirs, de celui de soigner la
maladie à celui d’exaucer le souhait de qui voulait retrouver un proche disparu en mer. Tout cela, pensait Kate, si tant est qu’on se fût prosterné devant l’idole avec autant d’assiduité que de déférence, bien sûr… – Tu crois qu’Emaa était au courant ? – Ils étaient de la même génération. Je serais étonnée qu’elle n’en ait rien su. Kate, à travers le passe-plat, lança un regard en direction des quatre tantes qui s’affairaient dans le gymnase. – Dans ce cas, ces quatre-ci doivent en savoir quelque chose, elles aussi. Je me demande pourquoi elles n’en ont jamais parlé… Annie laissa couler un peu plus d’eau chaude dans le plat encroûté de restes de gratin de macaronis à la mortadelle, la spécialité d’Olga Kvasnikof. – Mets-toi à leur place ! À cette époque, la grippe espagnole avait décimé un tiers d’entre eux, ils vivaient sous souveraineté américaine depuis plus de cinquante ans, subissaient les répercussions de la ruée vers l’or du Klondike et de l’exploitation de la mine de cuivre de Kanuyaq, et les Blancs venaient d’envahir les terres amérindiennes et d’instaurer un gouvernement au fonctionnement totalement exotique… Et la propriété privée ? Une notion bien indigeste quand, auparavant, cet État et l’Ouest canadien tout entier étaient leur paradis commun, illimité et sans autres lois que les leurs. (Annie rinça le plat en Pyrex et le déposa sur l’égouttoir.) La génération de leurs parents n’a pas été ménagée par les Occidentaux… C’est le moins que l’on puisse dire. La disparition d’une idole considérée par tous comme sacrée, c’était peut-être plus que leur fierté ne pouvait supporter. Mieux valait faire comme si elle n’avait jamais existé. – D’accord, mais… cette icône n’a dû arriver au Parc que récemment. Nous n’avions pas de langue écrite, certes, mais il y avait bien des journaux dans les années 1920, non ? Annie haussa un sourcil. – Quand bien même, combien contenaient des articles sur les Natifs d’Alaska ? Kate resta pensive. – Tu as raison… Pour faire court : nous n’avons aucun moyen de savoir quand le premier Kookesh nous a apporté Marie la Sainte. Si c’est même lui qui l’a offerte au Parc. – Demande à un Tlingit, proposa Annie. Ils n’oublient jamais rien. Kate éclata de rire, puis laissa échapper un soupir. – La vache, ce qu’il va me manquer, ce vieux grincheux… Annie observa un instant les quatre tantes à travers le passe-plat : elles avaient sorti les chaises pliantes et les alignaient avec soin en vue de l’assemblée annuelle des actionnaires, prévue chaque mois de janvier, qui aurait lieu le lendemain. Tante Joy, contrairement à son habitude, arborait une mine particulièrement grave. – Je crois tu n’es pas la seule à qui il va manquer… – Où est-elle ? demanda soudain Kate. Marie la Sainte. – Pour l’instant, dans un coffre-fort du siège de la NNA1. Cela dit, les gens vont vouloir la voir. Elle est à eux, après tout. C’est leur droit. Pour autant, je ne suis pas prête à dépenser l’argent des actionnaires pour engager un préposé à l’ouverture et à la fermeture de la porte dès que quelqu’un se présentera pour voir l’icône. (Annie marqua une courte pause.) On a même reçu des demandes de chercheurs qui aimeraient l’étudier. – Conclusion ? s’enquit Kate. Annie Mike n’était prolixe à ce point que lorsqu’elle avait une idée derrière la tête. – On devrait réfléchir à la création d’un lieu pour l’accueillir et l’exposer. – Une sorte de musée ?
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