Traumatismes

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Ardennes belges, 1992. Plusieurs jeunes femmes sont
assassinées par un tueur en série dont les motivations sont
obscures. L’enquête minutieusement menée par l’inspecteur
Lemoine piétine. Un schizophrène potentiellement dangereux
est porté disparu et activement recherché.

Baronnies, 1942. Le Maquis Ventoux multiplie les actes
de résistance à l’égard de l’occupant nazi. Laurent est un
membre très actif de ce réseau. Il est éperdument amoureux
de Jade dont la mère est ouvertement collaboratrice avec
l’ennemi. Laurent et ses frères d’armes vont connaître des
situations dramatiques aux conséquences insoupçonnées,
cinquante ans après…


Alain Chariot est chercheur au FNRS (Belgique)
et s’intéresse à la biologie du cancer et de
l’inflammation. Traumatismes constitue son
premier roman.

Publié le : lundi 21 janvier 2013
Lecture(s) : 38
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782960108606
Nombre de pages : non-communiqué
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1 Ardennes belges, le 11 octobre 1992
Le soleil illuminait de ses derniers rayons cette journée d’automne sur l’une des collines boisées des Ardennes belges. Les hêtres, chênes, bouleaux, sorbiers et pins rivalisaient de beauté et de volume pour capter cette lumière si essentielle à leur développement. Les sous-bois étaient colonisés par de superbes fougères. D’innombrables chemins de randonnées sillonnaient ce domaine dans lequel s’étaient établies plu-sieurs Facultés Universitaires. C’est précisément ce cadre bucolique qu’appréciait énormément Delphine, étudiante en éducation physique. Ces études, qui conjuguaient de nom-breuses activités physiques avec une formation en Sciences de la Vie, correspondaient parfaitement à ses aspirations. Elle souhaitait en effet tout connaître sur la physiologie de l’effort et de l’endurance tout en se lançant de nouveaux défis spor-tifs. Son père, grand fumeur, avait été récemment victime d’un accident vasculaire cérébral. Il en était sorti avec de lourdes séquelles qui le rendaient totalement dépendant des autres dans sa vie quotidienne. Cet événement avait terrible-ment marqué Delphine et lui avait fait prendre conscience de l’importance de vivre sainement. S’engager dans ces études était l’assurance de mener une vie dans laquelle elle pouvait harmonieusement combiner la pratique d’un sport avec sa profession. Elle réalisait des entraînements de jogging, de natation et de vélo afin de se préparer pour des triathlons. Ces
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nombreuses activités sportives lui dessinaient une silhouette idéale. Dès la sortie de son modeste logement estudiantin, Delphine rejoignit la forêt située à l’entrée du domaine uni-versitaire. Elle entama son entraînement de jogging en cou-rant derrière les bâtiments de la faculté de Droit et de Psychologie. Ces chemins étaient très peu fréquentés en cette fin de journée. Seul le chant des oiseaux s’ajoutait à celui de sa respiration saccadée. Elle se dirigea vers les terrains de tennis qui se situaient à deux kilomètres de son point de dé-part. Une fois arrivée là-bas, elle songeait à plonger vers un vieux château qui se situait à proximité des facultés de Méde-cine vétérinaire, dans la descente vers la rivière qui se faufilait dans la vallée de la région. Elle planifiait ensuite une remon-tée vers la clinique des Ardennes puis vers les auditoires avant de rejoindre son domicile. Elle ressentait de bonnes sensa-tions aujourd’hui, ce qui renforçait son sentiment d’être sur la bonne voie pour se lancer dans ses compétitions sportives. Tout se déroulait idéalement pour Delphine. Ces premières journées de cours à l’Université se terminaient souvent par des soirées agréables entre amis étudiants ou par des activités sportives qui lui procuraient énormément de satisfactions. Son futur s’annonçait dès lors radieux. Il décida de quitter son domicile pour une promenade au sommet de la colline boisée qu’il affectionnait ce dimanche. Ses démons avaient été particulièrement pénibles aujourd’hui de telle sorte qu’il ressentait le besoin de marcher à l’ex-térieur, histoire d’être distrait par la beauté de la faune et de la flore. Il aimait s’inonder du parfum des aubépines et des sureaux en été mais également d’admirer les couleurs de la collection des rhododendrons située en amont du château au printemps. Les promenades étaient l’une des rares activités
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qui lui permettaient de s’échapper et de ne pas sombrer da-vantage dans un mal-être de plus en plus important. Ces sen-timents qui lui étaient très pénibles à vivre avaient tendance à s’intensifier au cours de ces derniers mois, sans qu’aucune explication rationnelle ne puisse le satisfaire ou tout au moins lui permettre de comprendre son état mental. Ce mal-être avait fait son apparition dès son adolescence pour ne plus le quitter au cours des 35 années suivantes. Il pouvait dans un premier temps faire abstraction de cet état en se réfugiant dans les promenades ou les activités de jardinage. Il avait tou-jours refusé d’en parler à quiconque ou de consulter un psy-chologue ou un médecin car il estimait pouvoir gérer son mal-être lui-même. Néanmoins, ces sentiments pénibles à vivre avaient tendance à le renfermer sur lui-même. En totale introspection, il s’ouvrait de moins en moins vers l’extérieur. Il arriva à proximité de l’Institut des Sciences Botaniques. Ces bâtiments en béton étaient recouverts par des vignes grimpantes dont les couleurs jaune, rouge et orange flam-boyantes en ces journées d’octobre conféraient à cet endroit une beauté remarquable sous le soleil. Il orienta sa prome-nade vers les terrains de tennis, en parcourant un chemin dans les sous-bois. Il voyait s’accumuler les fougères mais également les amélanchiers et les noisetiers prenant peu à peu leurs couleurs automnales. La faible fréquentation à cette heure de la journée lui convenait parfaitement : il n’avait nulle envie de communiquer avec quiconque aujourd’hui. Il ne croisa personne au cours des premiers kilomètres et arriva à hauteur des terrains de tennis. Il y remarqua une jeune jog-geuse à la silhouette sportive et aux cheveux courts. Il ne sut expliquer la raison pour laquelle ces cheveux courts le frap-paient mais il ressentit aussitôt l’envie de porter son attention
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sur elle. Delphine arriva à sa hauteur. Elle avait remarqué cet homme d’une cinquantaine d’années, à l’aspect peu enga-geant. Néanmoins, elle portait davantage attention à son rythme cardiaque et à sa fatigue qui commençait à se faire sentir. Les premières endorphines commençaient à être pro-duites dans son organisme et lui procuraient l’état de bien-être que tout sportif d’endurance recherche. Elle s’imaginait déjà rentrer chez elle, le sentiment d’avoir accompli une bonne séance d’entraînement. Elle lui adressa un bref signe de la tête en guise de bonjour, sans interrompre son jogging. Il lui arrivait souvent de croiser des marcheurs lors de ses sorties sportives et veillait toujours à ne pas paraître trop fati-guée, trop entamée par ses efforts. Ce n’est qu’une fois arrivée à la hauteur de cet homme qu’un malaise certain traversa ses pensées. Elle remarqua le regard insistant qu’il porta sur elle. Les gens qu’elle croisait pouvaient parfois la regarder, voire l’admirer quelques fois mais ce n’était pas le cas ici. Il ne lui sembla pas bien dans sa peau. Elle poursuivit son chemin, sans chercher à prolonger sa réflexion sur cet étrange person-nage mais sentit tout à coup un poids terrible s’abattre sur elle. Il se jeta en effet précipitamment sur son dos dans un acte non réfléchi et certainement pas prémédité. Elle se re-tourna avec difficulté pour mieux comprendre les raisons de sa chute et vit les deux mains de cet homme prêtes à l’étrangler. Ses yeux masquaient mal une détermination hor-rifiante. Il sollicita tous les muscles de ses bras pour compri-mer au maximum la gorge de Delphine. Il la voyait respirer avec de plus en plus de difficultés et maintenait ses mains sans réellement comprendre les raisons de son acte. Cette fille l’avait mis dans un état encore jamais éprouvé par le passé. Il sentait en lui une envie irrésistible de contrôler le devenir de
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sa victime. Il éprouvait le besoin de mettre fin aux jours de cette jeune sportive et ne se détourna pas de sa terrible mis-sion. La vision de Delphine se voilait progressivement mais elle distinguait toujours cet homme aux mâchoires crispées qui s’acharnait sur elle. Elle ne disposait plus de la force physique nécessaire pour échapper à son destin. Certes, elle aurait pu se débattre avec davantage d’efficacité s’il l’avait immobilisée plus tôt dans son entraînement mais elle avait déjà consommé beaucoup d’énergie à cet instant. L’effet de surprise s’était maintenant dissipé : elle prenait conscience de ce qui lui arrivait : elle se faisait agresser par un malade men-tal violent dont toute la détermination se lisait dans ses yeux. Elle ne put s’empêcher de penser à ses parents, à sa pauvre mère qui avait déjà subi le terrible accident de son mari. Elle allait maintenant devoir vivre avec la mort prématurée de sa fille, fauchée alors que tout s’offrait à elle. Elle ne pouvait se résoudre à cette échéance, à cette fin horrible. Elle sollicita ce qui lui resta comme énergie pour tenter de se défaire de ces mains puissantes qui lui comprimaient la gorge. Son envie d’échapper à son agresseur ne suffit malheureusement plus. Se débattant de plus en plus difficilement, elle ne faisait que retarder l’échéance : l’étouffement puis la mort par défaut d’oxy-génation de son cerveau. Ses mouvements devinrent de plus en plus faibles et elle finit par ne plus bouger après avoir connu un dernier soubresaut. Il maintint la pression sur la gorge de sa victime pendant quelques secondes supplémen-taires, afin de s’assurer de sa mort. Enfin, il se sépara d’elle et se coucha à ses cotés pour récupérer des forces. Son acharne-ment sur sa victime lui avait demandé énormément d’énergie et plusieurs minutes lui étaient maintenant nécessaires pour retrouver un rythme cardiaque normal.
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Il resta figé, plongé dans ses pensées, à coté du corps sans vie de Delphine. Ses réflexions sur les motivations de son acte s’entrechoquaient. Il ressentait une forme de soulagement, voire un plaisir naissant à l’idée d’avoir mis fin à la vie de sa victime. Ce sentiment nouveau avait totalement chassé le mal-être qu’il ressentait depuis la matinée. Le paradoxe entre son acte criminel et le bien-être qui en découlait était inat-tendu. Devenu un criminel, il se demandait néanmoins dans quelle mesure cette attitude n’allait pas se reproduire, histoire de chasser pour de bon les démons qui le poursuivaient depuis tant d’années.
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