Trésors sacrés

De
Publié par

En 55 avJC, alors que le village de Montefortis subit l’occupation romaine, les jeunes Marcos et Clévos sont désignés comme otages des romains et incorporés dans la légion, destination… le Moyen-Orient.
Lorsqu’ils reviennent à Montfortis deux années plus tard, ils n’ont qu’une idée en tête : récupérer les Trésors sacrés volés par les Romains lors de pillages de temples et de sanctuaires...
En s’appuyant sur des analyses techniques, scientifiques et militaires ainsi que sur des recherches historiques approfondies, l’auteur nous plonge dans une aventure fascinante, qui nous mène des Cévennes à Jérusalem.
Publié le : mercredi 24 juin 2015
Lecture(s) : 43
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026202059
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Stéphane Daltier

Trésors sacrés

 


 

© Stéphane Daltier, 2015

ISBN numérique : 979-10-262-0205-9

Image

Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

 

Au million de Gaulois morts durant la Conquête de la Gaule,

Au million d’esclaves gaulois emmenés en Italie

durant cette Guerre,

Aux millions de descendants de ces esclaves qui, depuis 2000 ans, sont revenus en Gaule, au fil des siècles, guidés par les âmes de leurs ancêtres…

 

AVANT-PROPOS

La Guerre des Gaules est connue, en grande partie, grâce aux écrits de Jules César, tout au moins pour la période concernée par ce roman, de 55 à 52 avJC.

Il était à la fois écrivain, habile politicien, homme d’état, excellent diplomate, fin stratège et le Chef des Armées romaines d’Occident.

En 55, Jules César, couramment appelé César, avait 46 ans. Il avait été élu Proconsul et le Sénat lui avait donné le Commandement du Nord de l’Italie et du Sud de la Gaule.

Ses écrits, destinés à être lus au Sénat, permettaient avant tout, de servir ses ambitions.

Il s’entourait donc de scribes de grand talent, qui rédigeaient ses rapports de campagne, suivant ses désirs. Il les corrigeait méthodiquement et avec précision. Il supprimait ou modifiait les descriptions de certains faits, il pouvait même créer des situations particulièrement avantageuses pour lui, dans le seul but d’impressionner les sénateurs, de mériter les honneurs de Rome et surtout d’obtenir les moyens financiers nécessaires à ses campagnes.

Il devait avoir d’importants budgets pour recruter, former et entretenir des milliers de légionnaires loin de chez eux. Et si le Sénat ne satisfaisait pas ses exigences, il devait trouver de l’or, beaucoup d’or, et si nécessaire, piller des Trésors sacrés, car pour partir en campagne et s’assurer des victoires, il avait bien compris qu’il lui fallait plus que l’aide des Dieux.

Deux mille ans plus tard, d’excellents traducteurs et historiens, en s’appuyant sur ses écrits et sur des recherches archéologiques, ont construit l’Histoire de cette époque, en essayant dans certains cas, d’émettre des hypothèses pour combler des zones d’ombre, périodes ou faits qui ne furent jamais rapportés, car l’illustre rédacteur de ces écrits l’avait, très probablement, jugé non nécessaire.

Pour écrire ce roman, nous nous sommes glissés dans ces zones d’ombre, en imaginant les faits que ni César, ni les historiens de son époque n’avaient pu ou n’avaient voulu rapporter.

Nous invitons le lecteur à se familiariser avec la vie en Gaule, sous l’occupation des troupes romaines, en Hautes Cévennes, entre 55 et 52 avJC. Puis, progressivement nous lui faisons découvrir cette occupation dans la Province romaine (sur l’actuel Languedoc), et ensuite, son ampleur et son étonnante autorité sur un grand nombre de pays méditerranéens, de l’Italie jusqu’au Moyen Orient, en passant par la Macédoine de l’époque, (au Nord de la Grèce), par la Thrace (sur l’actuelle Bulgarie), la Grèce, l’Asie-Mineure (sur l’actuelle Turquie), la Syrie, la Phénicie (sur l’actuel Liban), la Judée (sur l’actuel Israël), la Mésopotamie (sur l’actuel Irak), la Perse (sur l’actuel Iran) et l’Egypte.

La Méditerranée devenait romaine.

Et Nîmes, sous le contrôle de César, avait la prétention de devenir l’égale de Rome !

******

 

AVERTISSEMENT

—La plupart des NOMS de Villes, Villages, Lieudits, Montagnes, Collines, Plateaux, Chemins, Mers, Lacs, Rivières, etc., cités dans cet ouvrage, sont ceux actuellement utilisés, bien que cela puisse paraitre anachronique au lecteur.

Mais, nous avons considéré que cela ne doit en rien diminuer l’intérêt qu’il portera à la lecture de ce roman qui, par ailleurs, reste fidèle aux faits historiques connus, qui ont jalonné cette époque.

Les NOMS qu’ils avaient, il y a 2000 ans, ont bien évidemment changé plusieurs fois.

Les constructions, telles que les Oppida, entourés de remparts ou de palissades, construits en bois ou en pierres sèches, avec des toits recouverts de chaume, ont évidemment disparu depuis longtemps.

La plupart des zones d’habitation existant à cette époque, ont été plusieurs fois détruites et reconstruites, plusieurs fois renommées et sont aujourd’hui toujours habitées.

L’utilisation des NOMS ACTUELS pour la plupart de ces sites, dans le texte du roman, permettra au lecteur de les localiser plus aisément.

Cette localisation devrait également être facilitée par les cartes représentées sur les planches jointes.

Si le NOM d’ORIGINE, lorsqu’il est connu, doit être donné au lecteur, il ne sera donné qu’une fois, lors de sa première utilisation, soit après le nom, entre parenthèse [Ex.: Nîmes (Nemausus) ou Marseille (Massalia)], soit dans un renvoi en bas de page.

Dans certains cas, si le NOM d’ORIGINE est utilisé dans le texte du roman, la mention du NOM ACTUEL peut être donnée, soit après le nom, entre parenthèse [Ex.: Phocée (l’actuelle Smyrne) ou Ancyre (l’actuelle Ankara)], soit dans un renvoi en bas de page.

—Concernant les dates indiquées dans ce roman, elles se situent, en général, entre 55 et 52 avant notre ère, elles ne seront pas suivies de « avJC », ni précédées du signe « moins(-) ». Si, dans certains renvois en bas de pages ou dans l’Epilogue, pour la bonne compréhension de certains faits, nous devons citer des dates de notre ère, elles seront suivies de « apJC ».

—Pour les mesures de distances, de longueurs, d’épaisseurs, de hauteurs, d’altitude, nous n’avons pas utilisé les mesures de l’époque, mais les mesures utilisées actuellement.

Lorsqu’exceptionnellement, nous devons rapporter des mesures d’époque, leurs traductions en mesures actuelles figurent dans des renvois en bas de pages.

—Pour les mesures de poids, mêmes dispositions.

—Pour les valeurs de l’or, de l’argent, du bronze, en lingots ou en monnaies, les valeurs d’époque seront conservées, exprimées la plupart du temps en sesterces ou en talents. Pour faciliter la compréhension de leur importance, elles pourront être traduites en mesures de poids actuels ou en nombre d’euros, dans des renvois en bas de page.

NB : Les cartes, les dessins et les listings d’effectifs figurant dans ce roman, sont supposés avoir été réalisés par les scribes de l’époque concernée. Ils ont pu être corrigés et complétés par l’auteur…

******

 

CHAPITRE 1
MARCOS
(Juin 55 )

Marcos se glissa sans bruit hors de la chaumière, en prenant au passage un morceau de pain, une tranche de jambon fumé et une pomme.

Il ne fallait surtout pas réveiller Rhénos, le père qui dormait d’un profond sommeil en ronflant par intermittence, lorsqu’il était allongé sur le dos.

C’était le conseil donné par Isonia, la mère, car le père n’allait pas très bien ces temps-ci.

Le Druide Marfana, qui était toujours de bon conseil, lui avait suggéré de boire pendant plusieurs jours, soir et matin une décoction de camomille1.

Marcos ne devait pas non plus réveiller son jeune frère Léri, ni sa petite sœur Joëla. Ses parents avaient eu sept enfants, dont trois morts en bas âge et un mort-né.

Lui se réveillait tous les matins aux premières lueurs de l’aube, dès qu’il entendait les premiers chants des rouges-gorges et des chardonnerets.

Dès qu’elle le voyait, sa petite chienne Mira sortait aussitôt de son abri, en s’étirant sur ses jeunes pattes, en baillant puis en remuant la queue, heureuse de retrouver son maître qui allait la détacher et partir avec elle dans la montagne.

Marcos alla boire dans le baquet en bois, plein d’eau, à proximité de la chaumière. Il se lava rapidement le visage et se débroussailla les cheveux, avec sa main droite, car la main gauche tenait fermement la grosse laisse en cuir de Mira, qui tirait pour partir au plus vite.

Le Village de Marcos

Son Village se trouvait à flanc de coteau, sur le versant Nord de la Montagne de Gratassa.

Il y avait une douzaine de chaumières assez espacées, chacune étant accolées à un certain nombre de petites dépendances qui abritaient des chèvres, des cochons, des ânes et quelques vaches….

Ce Village s’appelait Gueldes.

Il était entouré d’une palissade en planches et troncs d’arbres, d’environ deux mètres de haut, avec trois portes d’entrée tenues fermées. Elle permettait aux villageois de laisser divaguer chiens et animaux de basse-cour à l’intérieur d’un espace suffisamment grand, et de se protéger contre l’intrusion de passants n’habitant pas au Village.

Cette palissade permettait également l’hiver de se protéger contre les loups qui rôdaient toutes les nuits derrière les palissades, malgré les aboiements des chiens.

Ce Village se situait à proximité du chemin qu’empruntaient les soldats romains qui assuraient tous les jours, les liaisons entre Montefortis et le Village de la Garde, distants de 7 à 8 kilomètres.

Ils se déplaçaient généralement par petits groupes, à cheval, avec au minimum trois guerriers et trois archers. Les guerriers étaient équipés d’une lance tenue verticale de la main gauche, d’une épée dans un fourreau fixé à leur ceinture et d’un bouclier accroché dans le dos. Les archers portaient leur arc et leur carquois en bandoulière. Ces cavaliers étaient toujours aux aguets, prompts à intervenir, pour faire face à toutes sortes d’agressions ou pour partir au galop chercher du renfort si nécessaire.

Ces Romains faisaient partie du paysage, car ils occupaient la région depuis environ 50 ans !

Ils s’étaient approprié toutes les terres cultivables en fond de vallée.

Les Gaulois qui avaient accepté de travailler ces terres pour le compte des occupants romains, avaient pu rester dans leurs Villages à proximité, à flanc de coteaux et obtenir leur protection, contre les brigands en tout genre, qui arrivaient souvent par bandes, à cheval, pour s’accaparer les réserves de nourriture des Villages non protégés.

Les activités de son clan

Le clan familial qui habitait ce Village de Gueldes devait s’occuper des chevaux de la garnison romaine de Montefortis. Ils avaient leurs écuries au bord des prairies, sur la rive droite de la rivière de l’Altier. Il fallait les soigner, les équiper, les dresser, en relation avec Florus, l’écuyer de Novius, le Chef de la garnison romaine.

Il fallait aussi les entraîner à marcher au trot, à partir au galop et à s’arrêter. Ils devaient pouvoir être attelés à des chariots à un essieu, tirés par deux chevaux, mais aussi à des chariots à deux essieux tirés par quatre chevaux.

Marcos s’était lié d’amitié avec l’écuyer romain Florus, qui lui avait appris à dresser les chevaux, à leur faire sauter des obstacles, à mettre pied-à-terre au galop et à remonter sans ralentir la course du cheval, tout un ensemble d’exercices, un savoir-faire que Florus avait probablement hérité de ses ancêtres, descendants des Etrusques ou des Cavaliers d’Hannibal.

Image

 

Autres Villages d’agriculteurs
situés près de Gratassa

Au Nord de Gratassa, plus près de l’Altier, plus en amont, sur la rive droite, il y avait un autre Village appelé Salès, ses habitants cultivaient les surfaces non utilisées pour les chevaux. Ils y élevaient des vaches et y cultivaient du blé et de l’orge, toujours pour le compte des Romains.

De l’autre côté de l’Altier, sur la rive gauche, trois Villages regroupaient chacun une vingtaine de chaumières. Ils étaient également peuplés de clans familiaux d’agriculteurs, soit au total cinq Villages situés dans le Vallon côté Nord de Gratassa, de part et d’autre de l’Altier.

De l’autre côté de Gratassa, côté Sud, il n’y avait que deux Villages d’agriculteurs.

L’un de ces deux Villages, appelé Gravières, était situé au bord de la rivière de La Palhère, à un kilomètre de Gueldes.

L’autre, appelé La Fenadou, un kilomètre en amont sur la rive gauche de cette rivière, était situé au départ de la montée du chemin qui partait de Montefortis vers l’Habitarelle.

Tous ces Villages d’agriculteurs, situés au Nord et au Sud de Gratassa étaient peuplés de clans d’agriculteurs. Ils ne se situaient pas trop loin des voies de communications qui reliaient d’une part Montefortis au Village de la Garde, et d’autre part Montefortis à l’Habitarelle. Leurs habitants respectaient l’Ordre romain qui les protégeait, c’était des « légitimistes », mais ils étaient souvent considérés comme « collaborateurs de l’occupant romain» par les tribus des régions plus éloignées des voies de communication, celles vivant dans les hautes montagnes.

Ces agriculteurs cultivaient les terres proches des cours d’eau et facilement irrigables, pour le compte des Romains.

De ce qu’ils en récoltaient, ils ne devaient garder pour eux, qu’une part relativement faible.

L’essentiel des produits agricoles dont ils disposaient, étaient ceux obtenus péniblement sur les petits acols2, construits par eux, à flanc de coteaux, derrière leurs Villages.

Les récoltes des propriétés romaines étaient prélevées par la garnison de Montefortis. Novius, le Chef de la garnison, en échangeait les excédents contre l’or que des orpailleurs gaulois retiraient des alluvions de la rivière de la Cèze, dont la source était toute proche au Sud de l’Oppidum.

Cinq Villages d’artisans étaient situés
dans le Vallon-Sud de Montefortis

Ils constituaient l’agglomération de Montefortis.

Celui des Sédariès regroupait les artisans, maçons, menuisiers, charpentiers, couvreurs de chaume. Il se situait à l’Ouest du point de jonction des ruisseaux de La Devèze et des Sédariès. Ces artisans étaient mis à contribution pour réaliser et entretenir les habitations de la garnison, mais aussi certaines habitations des Villages d’agriculteurs des Vallons Nord et Sud de Gratassa.

Celui du Portalet regroupait les artisans forgerons, charrons et maréchal-ferrant très appréciés des Romains. Il se situait côté Ouest du point de jonction des ruisseaux de La Devèze et du Râ.

Celui de Chazalet regroupait les tailleurs de pierre, mouleurs de poteries avec leurs tours et leurs fours, fondeurs de métaux : fer, bronze, argent et or, avec leurs fours à métaux. Il se situait à l’Est du point de jonction des ruisseaux du Devèze et des Sédariès.

Celui des Lasséros, situé au Nord-Ouest du point où le ruisseau de La Devèze rejoignait la rivière de La Palhère. Il regroupait les tanneurs, les bourreliers, les cordonniers, les tisserands. Leurs produits étaient en grande partie récupérés et commercialisés par les Romains à l’extérieur de Montefortis. Certains partaient même en Italie.

Celui des Lichères, qui se situait au Sud-Est du point de jonction de la rivière de La Palhère et du ruisseau des Lichères. Il recevait de grands troncs d’arbres que son clan allait couper et élaguer dans les forêts environnantes. Il les transformait en poutres de charpentes et en planches.

Ces Villages d’artisans, fort appréciés des Romains, bénéficiaient d’une « protection rapprochée » de la part de leurs soldats, car ils travaillaient non seulement pour les Villages des deux Vallons, mais également pour la garnison de Montefortis et pour les garnisons qui en dépendaient.

Leurs réalisations étaient en partie commercialisées par les Romains et une autre partie était échangée contre les produits des artisans et des agriculteurs.

Le troc était le principal moyen d’échange entre Gaulois, car les monnaies en circulation d’origine romaine, n’étaient pratiquement pas utilisées.

En ce mois de Juin 55, Marcos venait d’avoir 15 ans. Il connaissait bien tous ces Villages, ceux du Nord et ceux du Sud de Gratassa ainsi que les contraintes qui les rendaient soumis à l’Ordre romain.

 

Le Druide Marfana

Le Druide Marfana expliquait tout cela aux jeunes adolescents dont les parents et grands-parents avaient subi l’extrême violence de l’invasion romaine 50 ans plus tôt. Les clans qui avaient accepté cette occupation, vivaient maintenant en paix dans les deux Vallons.

Il leur parlait des choses de la nature, des plantes, des animaux, il leur donnait quelques notions de médecine, d’astronomie, de géométrie, de latin et de grec, tout en leur parlant des Dieux que les Gaulois honoraient, peu différents de ceux des Romains et des Grecs.

Il leur expliquait également l’organisation des astres, l’ordre des étoiles, les mouvements de la Lune, et la signification de leurs positions.

Il intervenait assez souvent pour régler les conflits qui pouvaient surgir entre clans familiaux, éviter les violents affrontements, mais aussi pour favoriser les rencontres entre jeunes de clans familiaux différents et les inciter à se marier hors de leurs clans, pour éviter les déficiences dues à la consanguinité, qui était souvent la cause d’affaiblissements puis de disparitions de certains clans particulièrement isolés et peu communicants.

Marcos en forêt

Ce matin-là, dès qu’il eut quitté le Village de Gueldes, Marcos gravit rapidement les pentes Nord de Gratassa et arriva sur une plateforme rocheuse qui dominait la Vallée de l’Altier.

Il ne pouvait pas aller de l’autre côté de cette rivière, car c’était le domaine des Pourcharros. Il risquait d’y rencontrer des chasseurs qui n’hésiteraient pas à décocher quelques flèches dans sa direction, pour « s’amuser » !

Il ne fallait pas non plus que sa chienne traverse la rivière dont le niveau était relativement bas en cette saison d’été.

Instinctivement, il resserrait ses doigts sur la laisse, car il pensait qu’elle pouvait disparaître sur l’autre versant, tuée ou attrapée par les Pourcharros qui s’en serviraient pour chasser, si elle s’avérait avoir un « bon nez », après lui avoir fait faire des petits, pour la fidéliser à ses nouveaux maîtres.

Son père lui avait offert cette chienne l’année précédente, juste après la mort de sa grand-mère. Ce n’était qu’un chiot qu’il avait appelé Mira et qu’il avait aussitôt soigné et protégé. Tout son Village connaissait Mira et son attachement à Marcos. Cette petite chienne était respectée, car certains soutenaient qu’elle était la réincarnation d’Aénor, la mère de Rhénos, morte lorsque le chiot venait de naître.

Beaucoup de Gaulois croyaient en la métempsychose, la réincarnation possible de l’âme aussi bien chez les animaux que chez les humains, une croyance diffusée par de lointains ancêtres venus de l’Orient3.

Mais le Druide Marfana leur expliquait que l’âme humaine, immortelle, ne pouvait pas se réincarner dans une enveloppe corporelle d’un animal, mais seulement dans celle d’un humain.

Il s’agissait d’une croyance en la transmigration des âmes immortelles, d’une croyance en un retour cyclique, au moyen de diverses enveloppes corporelles. Seules les âmes pures pouvaient sortir de ce cycle et aller au Paradis, au Panthéon des Dieux, et y demeurer pour l’Eternité.

Marcos et sa chienne marchaient près de la rivière de l’Altier, en remontant le cours d’eau, en enjambant les branches mortes, en contournant les buissons, en escaladant des rochers aux formes arrondies par les crues hivernales.

La brume matinale n’arrivait pas à disparaître, bien que poussée vers les hauteurs par une légère brise.

Soudain Mira se mit à flairer dans les feuilles sèches et à émettre de petits cris. Les chiens de chasse utilisés ne devaient pas faire trop de bruit, pour ne pas effrayer le gibier, et surtout pour ne pas éveiller l’attention des chasseurs des territoires voisins.

Marcos s’arrêta pour voir ce dont il s’agissait.

A proximité, le sol de tout un secteur avait été retourné par des sangliers. Ils étaient passés par là cette nuit et ne devaient pas être très loin.

Marcos décide d’aller seul
à la chasse aux sangliers !

Il fit demi-tour et partit d’un pas rapide vers les hauteurs de Gratassa, jusqu’à la crête de cette montagne, en partie recouverte de rochers aux formes agressives.

Il n’y avait plus de végétation à cette hauteur.

Marcos était arrivé au-dessus du rideau de brume que la déesse Séquana n’avait pas encore retiré suivant l’expression du Druide Marfana. Il recouvrait toute la vallée de l’Altier.

Depuis ces hauteurs, proches du Ciel, les Gaulois se sentaient proches de leurs Dieux.

Marcos s’avança jusqu’à une faille qu’il connaissait bien, dissimulée sous les rochers. Il en dégagea l’entrée, soigneusement fermée par des pierres plates qu’il retira patiemment une à une.

Il accéda ainsi à une cavité assez profonde, dans laquelle il avait emmagasiné depuis plusieurs années, des armes de chasseurs, trouvées dans la montagne.

Il pensait que le moment était venu de prouver qu’il était un chasseur aussi efficace que les hommes du Village, qui se réunissaient régulièrement pour mettre au point leurs plans de chasse.

Ils invitaient quelques chasseurs des clans voisins à leurs réunions, car ils pouvaient chasser sur les mêmes territoires puisqu’ils appartenaient à la même tribu et avaient le même Druide.

Marcos n’avait pas le droit de participer à ces réunions car il était trop jeune.

Les enfants et les femmes n’y étaient pas admis.

Les hommes se disputaient, criaient fort pour faire valoir leur avis, n’hésitaient pas à se moquer de certaines opinions, et généralement, les discussions étaient interrompues par de violents affrontements verbaux, qui pouvaient dégénérer en bagarre générale. Mais le calme et le silence revenaient, et le Chef d’un Village finissait par faire accepter une stratégie souvent très complexe, car il ne fallait pas empiéter sur les territoires voisins. Il ne fallait pas non plus que le gibier poursuivi, chevreuil, cerf ou sanglier aille trop loin. Il fallait l’arrêter avant qu’il sorte du territoire de chasse.

Il fallait aussi arrêter les chiens car ils risquaient de ne plus revenir s’ils en sortaient.

Certains chasseurs portaient une peau de loup sur les épaules, car cela leur donnait de l’autorité. Il s’agissait de peaux de loups qu’ils avaient eux-mêmes tués en hiver, lorsque leurs bandes, affamées, venaient rôder la nuit autour des Villages, en faisant aboyer les chiens.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.