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Trivial éden

De
183 pages

- Pourtant, des jours comme aujourd'hui, par exemple, je me dis que ce serait bien si...- Si quoi?- Heu, ben, si je déraillais.- T'es fou!- Peut-être! (long silence) ... Dis!- Quoi?- Tu veux pas m'aider?- Quoi encore?- Ben à dérailler.- T'es malade!- Aide

Publié par :
Ajouté le : 15 juin 2011
Lecture(s) : 104
EAN13 : 9782748103809
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Trivial EdenCyrus Bacquivary
Trivial Eden
CONTE' manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-0381-5(pourlefichiernumØrique)
ISBN: 2-0380-7(pourlelivreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrandsLecteurs(libraires,revues,critiques
littØrairesetdechercheurs),cemanuscritestimprimØtelunlivre.
D Øventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte
manuscrit.com
5bis, rue de lA’ sile Popincourt
75011 Paris
TØlØphone:0148075000
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comPREMIEREPARTIE:LEPROJET DE
L A NGE GRISVIOLETTE
À seize ans, encore petite fille dans sa tŒte,
Violette terminait de pousser dans l indiffØrence
des pierres froides et silencieuses de son village.
Les rares gar ons de son âge avaient pris l habitude
de se moquer de cette sauvageonne aux cheveux
emmŒlØs qui restaient plantØe des heures au milieu
de la place, avec pour seule compagnie, ce dr le de
caillou en forme de c ur qu elle avait dØcouvert à
l’orØedelaforŒt,lejourdesespremiŁresmenstrues.
Elle le tenait dans sa main droite, et, assise, sa tŒte
entre les genoux, creusait avec lui le sempiternel
petittrou,adossØeà lafontainede lagrandplace en
murmurant des phrases magiques. Un jour, elle le
savait,ilsefendrait,luidØvoilantd uncouptousles
secrets de son avenir.
ÀDixhuitans,encorepetitefilledanssatŒte,Vio-
lette dØambulait dØs uvrØe et insouciante, les yeux
fixØs sur les carreaux du trottoir, disposØs en quin-
conce comme ces marelles de son enfance, igno-
rantlesfrØquentsregardsdeconvoitisedeshommes
qu elle croisait et qui se retournaient sur le soyeux
balancement de sa courte jupe plissØe, confection-
nØevoil bient tsixansparsamŁremortedepuis.
9Trivial Eden
Un jour pourtant, un insolite claquement de
langueluifitleverlatŒtesurdeuxyeuxvertsqu en-
touraientdelongscheveuxnoirssouplesetondulØs.
Elleentenditalorsunevoixgraveàl’accentlatinlui
susurrer non pas des phrases, mais des mots collØs
dans un rythme peu assurØ, des mots d appel au
frisson belle toi c ur amour.
Et elle, habituellement si farouche et sauvage, ne
comprit pas pourquoi ce jour-l , elle autorisa Yeux-
verts-cheveux-noirs-ondulØs à la dØpouiller du re-
gard,puisàluiprendrelamainpourmarcherunmo-
ment avec elle.
Lapoitrinealourdied Ømotions,elleselaissaem-
mener ainsi hors du hameau, le long de la riviŁre,
bien en amont du barrage, là oø les eaux coulaient
encore indociles.
Assis sur l herbe tendre, la voix de l Øtranger se
mØlangeaitauroulementsourddeseauxdansantsur
les rochers. Les deux longues mains de la voix
jouŁrent un moment avec les plis de sa jupe, mais
une fois cette derniŁre tØe, ils glissŁrent avec dou-
ceur le long de ses cuisses.
Etourdie, Violette ne voyait que deux yeux verts,
des cheveux noirs et ondulØs, n entendait que l ac-
cent chantant de cette voix qu accompagnait le rou-
lementdeseauxglissantsurlesrochersetnesentait
quelessoyeusesetc linescaressesdecesmainsqui
sortaient Dieu savait d oø, et qui la rendait si brß-
lante.
Violettesetrouvanue,allongØesurl herbetendre
au milieu d’autres violettes, et son corps devint par
endroits humides, ses lŁvres que d instinct elle hu-
mectait de sa langue, mais aussi son ventre là tout
10Cyrus Bacquivary
enbasquetouchaientpourlapremiŁrefoisd autres
doigts que les siens, par lØgŁres pressions. Elle se
sentait chaude. Elle se sentait mouillØe, aqueuse,
comme cette riviŁre qui tout prŁs d elle coulait. Et
enharmonie,Violettecoulaitavecelle. VioletteØtait
une partie des eaux de la riviŁre et coulait caressØe
parlesrochersauxformesarrondiesparl Ørosion.
Violette sentit une lØgŁre brßlure pØnØtrer son
ventre. LesimagesdevantsesyeuxbrillantdefiŁvre
devinrent floues. Alors elle baissa les paupiŁres
et s abandonna frØmissante à la douce voluptØ qui
l’enveloppait.
LorsqueVioletteserØveilla,sonsexeØtaitlØgŁre-
ment endolori. La nuit venait et alors elle eut froid.
Elle jeta un regard autour d’elle. Les yeux verts,
lescheveuxondulØsetnoirsavaientdisparu,comme
noyØs dans lariviŁre qui toujours glissait en roulant
surlesrochersdevenusaveclecrØpusculecurieuse-
ment hostiles.
DØsemparØe, incrØdule, elle contempla un mo-
ment ce corps pour la premiŁre fois investi, puis
commesiunquelconquedangerrodaitautourd elle,
par instinct de protection, elle ramassa prestement
ses effets et se revŒtit à la h te, sans prendre garde
aux dØtails d’ajustement, jetant des regards inquiets
sur la riviŁre. Les eaux grondaient, en se fracas-
sant sur les rochers acØrØs, comme aveuglØs par la
demi-pØnombred unenatureparailleurssilencieuse
et paisible.
VioletteentrepritdedØvalerlecheminsinueuxdu
retour. Une brise appuyØe soufflait en sens inverse
comme pour ralentir sa marche. Pour tenter de re-
gagnerlavilleavantlanuit,ellecourutunpeu. Elle
trØbuchasuruneracineetsongenousemitàsaigner.
11Trivial Eden
Maintenant Violette avait peur. Maintenant Violette
avaitfroidetunesueurglacØeperlaitentresesseins.
Lorsque les nuages disparurent, laissant place à la
lune pleine et immobile, elle se rassØrØna. Les col-
lines de l ouest rougeoyaient encore lorsqu elle at-
teignit les premiŁres maisons.
La fonte des neiges cessa, le dØbit de la riviŁre
s en trouva fort diminuØ, les jours commencŁrent à
raccourcir, les nuits à rafra chir, et la jupe plissØe
commen a alors à lui serrer.
12L ÉTRANGE SECRET DE VIOLETTE
Le ventre de Violette s’Øpanouit jusqu’à la fin de
l’hiver. MalgrØcetterondeurnaissante,illuiarrivait
de douter de la rØalitØ d un homme l’Øtreignant ce
fameux jour au bord de la riviŁre. L image qu elle
en avait retenue Øtait si floue, que ce doute se mua
alors pour constituer peu à peu sa propre vØritØ.
Elle rØpondait à ses propres questions comme elle
l’aurait fait devant un inspecteur de police Non,
ce n Øtait pas un homme… ni moi ni personne ne
l’avions jamais vu auparavant plus jamais vu
ensuite c Øtait comme une apparition soudaine
sansformehumaine,sanscorps,sansjambes…juste
deux yeux verts, ronds, doux et remplis d amour.
C’Øtait l Amour, avec tout autour une chevelure
noire et ondulØe. C Øtait comme un visage mais
sans contour, sans limite, un visage infini qui se
perdait dans l azur du ciel et qui murmurait des
mots d amour, Ømis par non, je ne me souvenais
pas d une bouche, des mots d amour qui sortaient,
comme murmurØs par la riviŁre. Oui deux yeux
verts, rien que deux yeux verts et ah oui ! il y
avait ces deux mains, ces deux longues mains qui
jouaient avec les plis de ma jupe et qui me cares-
saient doucement. Un sexe, mais y avait-il eu un
sexe en cet aprŁs midi ? Elle n avait rien vu qui ait
pu ressembler àun sexe. Pourtant, elle se souvenait
trŁsbiendecettesensation,cettedoucemeurtrissure
13Trivial Eden
dans son corps humide… humide comme la riviŁre
qui elle aussi Øtendue, coulait tout prŁs.
Non ! elle n avait pas vu de sexe, continua-t-elle
en contemplant bŒtement son ventre si rond, mystØ-
rieusement rond. Pas de sexe, pas d homme, juste
deux yeux Øtranges, Øtrangement verts, qui volaient
dans l espace avec deux mains d une incroyable
douceur, et cette pØnØtration si ouatØe, trop ouatØe
d ailleurs, eu Øgard à ce qu on lui avait racontØ,
eu Øgard à ce qu elle avait lu dans les romans
d amour que possØdait sa mŁre et lus à son insu.
C Øtait peut-Œtre un sexe au fond, mais peut-Œtre
pas, peut-Œtre un rayon, qui sait si doux, si
chaud sßrement un comme ceux lancØs par
les soleils.
Au fil des jours, s arrangeaient les choses, s or-
donnaient les faits. Ainsi le tour de la question ter-
minØ,ellenedoutaplusŒtreunenouvelleViergeMa-
rie. Violette Marie, non, ViergeViolette.
Vierge Violette. Maintenant c Øtait sßr. Des
preuves ? Non, mais quand mŒme, des yeux verts,
descheveuxnoirsondulØsetdeuxmains,sanscorps
autour ne suffisaient pas à faire un homme, mais
accrochØs à un cercle de lumiŁre, suffisaient à faire
un mystŁre… Outre ces yeux, cheveux et mains
Øtranges, appartenant à un corps invisible fait de
lumiŁre, il y avait cette voix, cette voix si douce, si
gravequipØnØtraitsesoreillessanssortirdequelque
part Et cette voix avait l’accent de ces chanteurs
italiens qu elle entendait parfois à la radio, et
c est en Italie, c est à Rome, que siŁge l Øglise, la
PapautØetleSaintFrusquinquivaavec etl -bas,
tout le monde parle italien Tous ces gens parlent
en italien lorsqu ils achŁtent pains, p tes et vins,
tous ces gens parlent aux anges alors les anges
14Cyrus Bacquivary
aussi parlent italien Alors les anges aussi ont
l’accent italien !
D abord Violette ne dit rien à personne de peur
qu on la crßt folle. Puis Violette ne dit rien à per-
sonnecarellesentaitaufondd’elle,qu elleØtaitte-
nue au secret. Un secret entre elle et… mon Dieu !
Quel curieux mystŁre !
Elle passa le reste de sa grossesse, silencieuse et
sereine, dormant fenŒtres ouvertes et scrutant, les
nuitssansnuages,lecielpourvoirsiuneØtoilenou-
velle brillait anormalement dans le ciel, attendant
sanstropsavoirquoi,unenouvellemanifestationde
Dieu sait quelle ØtrangetØ.
Mais aucune consigne ne lui fut dictØe, aucune
Øtoile nouvelle n apparut, le ciel resta le mŒme, et
sans ne, sans b uf, sans crŁche, Violette, un soir
d’hiver enfanta seule un bØbØ tout à fait normal, si
ce n’Øtait la grosseur de sa tŒte.
-MonDieu! quesatŒteestgrosse! s exclama-t-
elleencoupantd ungestesecquisevoulaitnaturel,
le cordon ombilical.
Elle caressa perplexe, ce cr ne Ønorme et rond
pleindecheveuxetdesang. Intuitivement,ellecom-
prenait qu un Œtre con u anormalement ne pouvait
Œtre normal.
- Mon Dieu ! Aidez-moi à trouver un sens à tout
cela ! implorait-elle, les yeux fixØs au plafond de
sa chambre. Mais rien ne vint. Alors seule face au
destin, elle dØcida, poussØe par les choses Øtranges
qui s Øtaient dØroulØes un aprŁs midi printanier sur
l’herbetendre,quecettetŒtecachaituncerveaudØj
15Trivial Eden
totalement dØveloppØ, lequel contenait une intelli-
gence hors du commun.
Bon sang, mai oui ! Mon fils, le nouveau mes-
sie,estuncerveau,ungØnie,unesuperintelligence.
Le destin de mon fils est d Œtre l Intelligence. Elle
abandonna alors son idØe premiŁre de le prØnom-
mer Robert, en souvenir de son cousin germain, et
de l amour platonique qu ils avaient vØcu à dix ans
en jouant à Baiser VolØ dans la grange de la ferme
voisine. Non, son gØnie de fils ne pouvait s’appeler
Robert.
EllerØflØchittoutelanuit. AinsiluivintEvariste
CornØlius.
16EVARISTE CORN LIUS
LatŒted EvaristeCornØlius,unefoisvidØedeson
liquide amniotique, devint normale.
Àcinqans,c ØtaitunenfantbienpeudiffØrentde
sescamarades, quicourait comme un dØratØ dans la
cour de l Øcole maternelle en faisant "pan pan t es
mort"avecsaboucheempliedebonbons. À16h30,
ilgalopaitpour Œtrelepremierà sauteraucoudesa
mŁrevenuelechercheravecsonsourire,etlui arra-
chait des mains son goßter fait de pain et de confi-
ture. Et le soir pour l endormir, sa maman Violette,
luiracontaitdebelleshistoires,oølui,EvaristeCor-
nØlius,sortaitdesalampemagiquedechevetdansun
tourbillon de fumØe, et devenait un GØnie, Sauveur
del HumanitØ,rØglantparsalumineuseintelligence,
tous les problŁmes du Monde.
RŒvant sans cesse aux moyens de sauver la Pla-
nŁte, il eut un mal fou à apprendre à lire et Øcrire.
Violettenes enØmutpoint. Einstein,disait-on,avait
bien fait lui aussi une scolaritØ mØdiocre. C’est
normal, pensait-elle, pour les gØnies bien occupØs
par ailleurs à l Øpanouissement de leur intelligence.
EvaristeCornØliusrØussittoutefoisàpasserdeclasse
enclassegr ceàquelquesprØdispositionsenmathØ-
matiques et malgrØ son esprit de contradiction qui
Ønervait ses ma tres et ma tresses.
17Trivial Eden
Cependant, classØ le plus souvent vingtiŁme sur
vingt-cinq,samŁrecommen asØrieusementàdouter
des dons surnaturels de son fils. Il cessa peu à peu
d Œtre dans sa tŒte ce nouveau messie, pour devenir
toutsimplementdanssonc ur,songrandfilschØri,
doux rŒveur friand de sucreries.
« À toute chose, malheur est bon ! disait-elle
souventàsonfils. Jen aipointdemari,aucunprince
charmant n est venu m’emporter dans son ch teau,
mais j aimongrand gar on chØripourmoi seule, et
qui aime les bisous que je lui donne, et les histoires
quejeluiraconteavantquelesommeilnevienne »
À treize ans, Evariste CornØlius mØrita enfin ses
prØnoms en dØcouvrant par hasard ce qu il appela
"Son ThØorŁme", le thØorŁme d Evariste CornØlius,
bienquecenefutpasunthØorŁmemaistoutsimple-
ment une constatation.
«Maman,maman,j aidØcouvertuntruccurieux
-?
-6 fois6 font 36, t es d accord ?
- Oui chØri, et alors ?
-Ehbiensijefaisleproduit desdeuxnombresqui
justeprØcŁdeetsuccŁdele6,c est dire5et7,etbien
jetrouve35,c estàdirejuste1demoinsque36.
- Eh alors mon amour ?
-Alors? Maisc estqueamarche touslescoups.
Dis un nombre au hasard.
-7
-Ehbien7x7=49et6x8=48soit1demoins!
-12
-Attends,je poselesopØrations Voil
12x12=144et11x13=143,toujoursundemoins!
Un autre, s’Øcria-t-il lØgŁrementgrisØ.
-4 suggØra Violette lØgŁrement Ømue.
18
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à