Trois mois deux vies

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André a créé une forme de complicité avec cet endroit. Il y vit calme et serein, il n’est pas là pour analyser, décortiquer, non !? Il regarde, ne dit rien, ne cherche pas à rencontrer des gens pour discuter. Certes, si quelqu’un s’assoit et engage la discussion, André n’en sera pas fâché. Non, il aura simplement passé un bon moment avec cette personne et il sera content.


Le temps qu’André passe sur ce banc fluctue, il part quand bon lui semble. Il quittera ce parc avec le plaisir de le retrouver le lendemain, ne sachant pas ce qu’il s’y passera !? Parce que pour André, il s’y passe toujours quelque chose, mais là en ce moment, vous ne pouvez pas encore rentrer dans son univers !?


Peut-être vous arrêterez-vous de lire à cet endroit précis. Dans ce cas, vous serez comme quelqu’un de passage dans ce parc, voyant un homme assis sur un banc et vous le quitterez? Ou alors peut-être vous attacherez-vous à cet homme et aurez l’envie de rentrer dans son univers. Cet univers qui, pour certains, est vide, mais qui, pour André, est toute une vie !?


Publié le : mardi 1 janvier 2008
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9999998531
Nombre de pages : non-communiqué
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C’est le début de l’automne, les feuilles commencent à jaunir, il ne fait pas encore trop froid. La matinée est agréable, le ciel sans nuage laisse le soleil donner au paysage des couleurs pastel. André est un homme d’un certain âge qui, comme les feuilles en automne, a jauni. Il adore profiter de ses ma-tinées, c’est pour cela qu’il se lève tôt, prend son temps. Il a choisi de ne plus subir le temps qui passe, mais plu-tôt de savourer de toutes petites choses lui apportant de la douceur, faisant de ce temps un compagnon. André est quelqu’un d’agréable, charmeur. André est le conseiller et le protecteur idéal. Profondément res-ponsable et conciliant, il fait régner la paix autour de lui et déteste les conflits, qu’il a le talent de désamorcer. Ce qui fait de lui un homme très apprécié de ses proches. Comme chaque matin, André se rend dans ce petit parc, qui se trouve être pas très loin de chez lui. Quand il sort de son immeuble et qu’il se retrouve sur le trot-toir, il marque un temps d’arrêt. Il n’est pas pressé, il n’a aucun rendez-vous !… Non, il lève la tête, scrute le ciel et se dit que cela va être une belle matinée. Comme il est tôt, il n’y a pas grand monde dans la rue, il observe… M. Calice fait faire le petit tour matinal à son chien, mais voudrait bien que ce dernier abrège car il doit se rendre à son travail. Mais il est également pris d’un scru-pule. Il sait aussi que peut-être, comme à son habitude, il rentrera tard et que la pauvre bête l’aura attendu toute la journée. Mais il se dit que sa femme sera probablement
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rentrée avant lui et qu’elle pourra lui faire faire une pe-tite promenade. Comme d’habitude, il appellera sa femme en fin d’après-midi, lui disant qu’il risque de rentrer tard et qu’il faudrait penser à sortir le chien. Tiens, pour se donner bonne conscience, après le film de ce soir, il lui fera faire une plus grande promenade, du moins le pense-t-il !… Il y a aussi Raymond, ce cher boulanger, lui faisant un salut de la main. Comme tous les matins à la même heure, il s’accorde une pause sur le seuil de sa boulan-gerie, lui qui depuis 4 heures du matin est devant son pétrin, en pensant à ses clients qui seront contents d’une baguette ou d’un croissant, et il sait qu’André fait partie de ces personnes. Il y a des jours particuliers aussi, comme aujourd’hui. C’est un des jours où les éboueurs passent, mais comme ce n’est pas toujours à la même heure, il ne les voit pas forcément. Mais aujourd’hui oui ! Il prend toujours le temps de leur donner un petit bonjour, car trop souvent on ne porte pas attention à ces gens qui sont là pour débarrasser ce qu’on dépose sur le trottoir. Leurs sou-rires, provoqués par la considération d’André, sont une de ses petites joies. Oh !, ce n’est pas grand-chose, juste « Bonjour !… Ça va ? Il ne fait pas trop froid ? » Ou bien « Quel temps ! » Cela provoque à André un sentiment de légèreté. Au bar-tabac du coin de la rue, le serveur s’affère à mettre en place les tables et les chaises. Le patron a dé-cidé de ne pas ouvrir tôt, car il ferme tard. André, voyant le serveur, pense à cette catégorie de personnel qui s’af-fère à servir les autres. Eux qui justement n’auront pas le temps de prendre leur temps. Sans se rendre compte, il s’est mis en route. Il aime bien se rendre à pied dans ce parc. Il pourrait prendre les transports en commun, mais non !… Sa démarche est légère, il est droit et porte son regard où bon lui semble.
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Certains qui le croisent remarquent cette joie qui émane de son visage. Surprenant dans ce monde où, aussi bien dans ces fameux transports en commun que dans la rue, les gens font tout justement pour qu’on ne les remarque pas. S’enfermant dans une bulle, dans laquelle on se sent protégé. C’est d’ailleurs pour cela qu’André, quand il était encore en activité, se rendait à son travail en voiture, ce-la lui donnait l’impression d’être un peu chez lui. Bien protégé dans cette armure de ce siècle, même si cela lui provoquait pas mal de stress en raison des embouteil-lages. Mais à choisir entre ça et le fait d’être comme du bétail, il n’avait pas hésité longtemps !… Alors que là, se rendant dans ce lieu qu’il affectionne, il peut prendre son temps. Son petit défi durant ce trajet est de dire « bonjour » au hasard à des gens qui, de temps à autre, bien que très surpris, lui rendent, parfois même avec le sourire. Ce qui devient de plus en plus dur, car à force de passer par le même chemin, qui plus est plus ou moins à la même heure, vous finissez par croiser les mêmes gens. Une certaine forme de connaissance s’installe. Bien sou-vent, c’est eux-mêmes qui maintenant donnent le « bon-jour » en premier, comme en remerciement du temps où il n’y avait aucune raison de se saluer !… Mais André arrive toujours à trouver quelqu’un qu’il ne connaît pas. Juste avant d’arriver au parc, il fait une pause dans un bar, s’installe toujours au même endroit, d’où il peut observer l’intérieur du bar et ses clients, ain-si que l’extérieur et ce qui s’y passe. Quand le serveur, qui maintenant finit par le connaître, vient lui dire : « Bonjour !… Alors, comme d’habitude, un petit crème et un verre d’eau ? ! » André lui répond : « S'il vous plaît… »
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