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trois pas dans la ville

De
107 pages

Pris au piège d'une situation qui leur échappe, ils font chacun un pas dans le monde cruel et indifférent des autres, les trois protagonistes de ces récits. Ils ne sont ni héroïques, ni armés, ni chanceux. Ils se débattent , ils se battent...

Publié par :
Ajouté le : 02 février 2006
Lecture(s) : 44
EAN13 : 9782748168440
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ISBN : 2-7481-6845-3 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-6844-5 (livre imprimé) L-N GAGNOU







LE BIZUTH

HISTOIRE DE PAUL


Sa mère pleurait, bien fait pour elle. Depuis le début,
il avait essayé de la mettre de son côté. Il était son
préféré, il le savait. Enfin non, ce n’était pas bien de
penser ça, elle aimait aussi son frère et sa sœur, mais lui,
il était l’aîné, et il avait toujours été cet interlocuteur
privilégié dont elle avait besoin, dans ces longues
journées qu’elle passait seule, le père accaparé par un
travail démesuré dont tout le monde était censé dire
qu’il faisait vivre la famille. Elle le questionnait : « Paul,
comment tu ferais ça, toi ? » ou bien : « Tu n’es pas de
mon avis ? » Et lui était très fier d’être ainsi distingué,
même si d’avis, il n’en avait pas spécialement, et il se
mettait en quatre pour trouver la solution qu’elle
réclamait de lui. Quand le père rentrait, plus tard, elle lui
disait : « Avec Paul, on a fini le ponçage de la porte », ou
bien : « Paul et moi, on se demandait si on ne pourrait
pas tous aller en ville samedi. » Et le père grognait, un
accusé de réception, ou un assentiment. Alors sa mère
adressait à Paul un sourire, parfois un clin d’œil.
Mais pour cette question du lycée, il n’y avait rien eu
à faire. Il avait rapporté un jour de l’école un papier
9 TROIS PAS DANS LA VILLE
inoffensif, qui proposait une place en sixième dans un
internat de Toulouse, l’avait donné à ses parents sans la
moindre méfiance, assorti de l’invitation à passer voir
M. Calvet, l’instituteur, et il n’avait que peu été troublé
par l’intérêt qu’y avait porté son père. En fait ce qui
l’avait frappé, c’est que son père, pour une fois, avait
semblé s’intéresser à lui, vraiment. Comme s’il le
regardait, lui, et non ce rejeton accidentel, tiers d’un trio,
qui composait le paysage habituel de sa maison. Un
instant, il avait eu conscience d’être un fils. Seulement,
sa joie s’était figée dans les jours qui avaient suivi,
lorsque cette fierté s’était concrétisée dans un projet qui
prenait corps et densité : en effet, pourquoi Paul ne
ferait-il pas des études ?
Paul n’avait rien contre les études. Au contraire, il
aimait passionnément apprendre. Il collait méticuleu-
sement dans son album Menier les images ensachées
dans les tablettes du chocolat de cette marque (il aimait
la petite fille qui s’accrochait à l’échelle, il avait envie de
monter, comme elle), et il visitait ainsi les merveilles des
cinq continents. Il se perdait dans des lieux aux noms
ébouriffants, le Lac Titicaca, Tombouctou, ou il restait
bouche bée devant les femmes-girafes, incapable de
déterminer si cette fascination était celle de l’horreur ou
du plaisir. Et il lisait avec frénésie les romans de la
Bibliothèque Verte que ses parents lui offraient pour
chaque anniversaire, chaque Noël, où il rencontrait des
héros magnifiques, qui avaient nom Nemo, Simbad,
Achab ou Robinson. La mer, il ne l’avait pas souvent
vue, et ce qu’il en avait vu ressemblait plus à une
esthétique aquarelle qu’à un terrain d’aventures, mais il
rêvait sans cesse de routes maritimes, de Tropiques et
de Cap Horn.
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