Trois uniformes pour un seul homme

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« Trois uniformes pour un seul homme » : un titre qui peut sembler curieux mais qui résume bien le parcours de Marcel Blaise, jeune Mosellan âgé à peine d’une vingtaine d’années en 1939, au moment où la guerre éclate. Un jeune homme parmi tant d’autres, né dans un petit village de Lorraine, qui va cependant connaître un destin particulièrement tumultueux durant ces cinq années de la Seconde Guerre mondiale, du chantier de jeunesse de Saint-Pé de Bigorre dans le Sud-Ouest de la France au travail en Allemagne en tant que pâtissier. Une période de répit avant d’être enrôlé de force dans la Wehrmacht en 1943, comme beaucoup d’autres obligés de combattre et de donner leur sang pour une patrie qui n’était pas la leur.

Viendra l’enfer des tranchées sur le front russe pendant quelques mois, avant d’atterrir dans un camp de prisonniers américain en Algérie.

Bref, ce roman est avant tout un témoignage mais il est aussi une occasion de rendre hommage à tous ces hommes que l’Histoire a peut-être négligés, ceux qu’on appelle les « Malgré Nous ».


Publié le : jeudi 1 janvier 2004
Lecture(s) : 35
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9999998890
Nombre de pages : non-communiqué
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Prologue« Quand jétais au front, en Pologne, je me rappelle que » Mon grand-père na jamais cessé de relater des souvenirs de la guerre et, depuis ma plus tendre enfance, je lentends raconter des anecdotes sur cette période. Mon grand-père adore parler, de tout et de nimporte quoi. Il parle à nim-porte qui, nimporte quand, pourvu quon lui prête une oreille attentive. Il raconte souvent des histoires de guerre, certaines sont encore bien présentes dans sa mémoire et foisonnent de détails, dautres se voilent peu à peu dun épais brouillard. Étant jeune, ces récits ne me touchaient pas. Ils passaient dune oreille à lautre, quand ils ne mennuyaient pas tout simplement. Cest à loccasion dune visite pendant les vacances dété que jai eu envie de coucher tous ses souvenirs sur le papier, pour éviter quils ne tombent dans loubli. Jai donc décidé décrire un roman ou un livre, comme on voudra. Un livre sans aucune prétention, pour raconter lhistoire dun Lorrain entre 1940 et 1945, cinq années de la vie dun « malgré nous » contraint de prendre un chemin quil na pas choisi, enrôlé de force dans larmée allemande comme beaucoup dautres. Mais avant cela, il y a la mobilisation dans larmée française, le séjour dans un chantier de jeunesse du Sud-Ouest puis le travail en Allemagne comme pâtissier, la guerre en Pologne contre les Russes, les copains et les histoires amusantes dans une période pourtant noire, lembarquement pour lAlgérie après avoir déserté la
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Wehrmacht, dabord dans un camp de prisonniers, puis en tant quinstructeur dans larmée française, enfin le retour au pays. Bref, un parcours hors du commun, qui mérite bien quon lui consacre un récit. Je me suis approprié toutes ces histoires pour les faire vivre à travers moi, je les ai remodelées quand elles étaient trop imprécises, jai imaginé lorsque la mémoire se faisait défail-lante, jai ponctué le récit de repères historiques pour donner une cohérence à lensemble. Jai fait de mon mieux, jai écrit avec mon cur autant quavec ma tête. Que de tête-à-tête passés à poser et reposer des questions, que dempoignades et dimpatience, que de semonces pro-noncées lorsque les réponses me semblaient trop lapidaires, mais que de plaisir aussi pour aborder quelques années de la vie dun homme qui a aujourdhui 85 ans et que jaime profondément.
Chapitre I. En attendant la mobilisationCest bientôt les vacances et je viens de réussir le certificat détudes. Mon père me regarde dun air perplexe et me demande ce que je veux faire de ma vie. Drôle de question quand on na que quatorze ans. Cest lété, il fait chaud et il est assis sur le banc, devant la maison. Moi, je suis en train de tester de nouvelles billes que jai gagnées la veille dans la cour de récré. « Gagnées » nest peut-être pas le mot exact, mais tant pis.  Marcel ! Il faut quon discute tous les deux. Enfin, quon parle de ton avenir. Tu veux continuer les études et aller au collège ? Sa proposition me laisse pensif mais je prends un air sérieux pour me donner de lassurance et je réponds :  Non. Les études, ça suffit, et dailleurs je ne suis pas un intellectuel, moi ! Je regrette soudain le « moi ». Mon père va sûrement se sentir visé vu que lui passe pour un intellectuel. Il a un poste haut placé à la SNCF, cest du moins ce que les gens du village racontent. Il a son propre bureau et il doit écrire pleins de rapports. Mon père est toujours bien habillé, comme les gens très intelligents. Il se fait faire des costumes sur mesure en ville avec les chemises assorties.  Ah oui ? Mais quest-ce que tu veux alors ? me demande mon père de plus en plus perplexe.  Je veux un vélo ! Je le connais : son silence équivaut à une réponse.
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La semaine suivante, il memmène dans un magasin de vélos à Sarrebourg et je choisis ma bicyclette. Cest le plus beau jour de ma vie : un Terrot vert, dernier cri, avec graissage automatique, trois changements de vitesse, sil vous plaît. Je suis sûrement le seul veinard à 100 kilomètres à la ronde à posséder une merveille pareille.  Bon maintenant tu as ton vélo, mais ce nest pas lui qui va te nourrir plus tard. Alors, que comptes-tu faire ? Pourquoi faut-il toujours penser à plus tard ? Le plus important pour linstant, cest dessayer ma monture.  Je rentre en vélo, je passe par le col du Rethal.  Bon, fais attention à toi dans la descente.  Au fait, merci pa ! Sinon, pour répondre à ta question, je ne veux plus aller à lécole. Jai trouvé ma vocation : je veux être coureur cycliste, mais je dois dabord obtenir la bénédiction paternelle dans la nouvelle voie que je viens de me tracer Le soir même, après une brève concertation familiale, ma carrière de cycliste sachève avant davoir pu commencer. Si je ne veux plus aller à lécole je dois apprendre un vrai métier. Coureur cycliste, ce nest pas un métier, tout le monde le sait.  Mais qui lui a mis cette idée en tête ? sinterroge ma mère, légèrement contrariée par cette dépense inutile. Elle na rien osé dire en me voyant arriver avec ma bi-cyclette, parce que cest mon père qui tient les cordons de la bourse.  Que penses-tu du métier de pâtissier ? demande mon père. Pas grand-chose à voir avec coureur cycliste mais, de mauvaise grâce, je finis par me plier, à la volonté paternelle. Je ferai donc un apprentissage pour devenir pâtissier. Cest, daprès mon père, plus noble que boulanger. Je ne com-prends pas grand-chose à la noblesse mais je fais confiance à mon père, qui connaît un pâtissier susceptible de me prendre comme apprenti.
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