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Trop bien élevé

De
140 pages
« Je vais tenter, dans ce bref récit, de parler de mon enfance. Au fil des ans me sont souvent revenus des visages, des gestes, des scènes, parfois même des mots que je souhaiterais avoir assemblés avant que vienne la nuit. Ce n’est pas que mon aventure humaine, ma personne de petit bonhomme dans les immenses fourmilières de tous les temps me semble mériter intérêt ; j’ai l’impression de me divertir d’un sujet secondaire : nulle modestie dans cette indifférence, peut-être de l’ogueil d’abord déçu puis dispersé. Mais cet enfant triste, ce figurant pétri de bonnes manières, cet adolescent tourmenté, cet éternel patient sous toutes ses identités, ils ne me quittent guère. Peut-être les ai-je trop remués ? Peut-être m’a-t-on trop longtemps laissé seul avec moi ? Ce que je voudrais ici, c’est décrire les premières années d’un enfant trop éduqué, et, à travers lui, si je le puis, les sentiments, les mentalités, les rites qui dominaient encore une part de la bourgeoisie quand vint la guerre de 1939. Je voudrais tâcher de retrouver ceux que j’ai connus, aimés, et chez eux, toute la peine qu’ils se donnaient pour fabriquer des enfants très solitaires et parfaitement bien élevés […]. Excusez-moi, oui, excusez-moi, si je suis là, car je vous gêne. Si vous m’avez bousculé, c’est que je n’aurais pas dû me trouver sur votre chemin. Si vous êtes de mauvaise humeur, je dois y être pour quelque chose. Comment vivre, marcher, respirer, sans déranger ? Frapper avant d’entrer, s’effacer dans les portes, sourire, toujours sourire … Il ne suffira pas d’une vie entière pour se faire pardonner d’exister. » J-D. Bredin
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« Je vais tenter, dans ce bref récit, de parler de mon enfance. Au fil des ans me sont souvent revenus des visages, des gestes, des scènes, parfois même des mots que je souhaiterais avoir assemblés avant que vienne la nuit. Ce n’est pas que mon aventure humaine, ma personne de petit bonhomme dans les immenses fourmilières de tous les temps me semble mériter intérêt ; j’ai l’impression de me divertir d’un sujet secondaire : nulle modestie dans cette indifférence, peut-être de l’ogueil d’abord déçu puis dispersé. Mais cet enfant triste, ce figurant pétri de bonnes manières, cet adolescent tourmenté, cet éternel patient sous toutes ses identités, ils ne me quittent guère. Peut-être les ai-je trop remués ? Peut-être m’a-t-on trop longtemps laissé seul avec moi ? Ce que je voudrais ici, c’est décrire les premières années d’un enfant trop éduqué, et, à travers lui, si je le puis, les sentiments, les mentalités, les rites qui dominaient encore une part de la bourgeoisie quand vint la guerre de 1939. Je voudrais tâcher de retrouver ceux que j’ai connus, aimés, et chez eux, toute la peine qu’ils se donnaient pour fabriquer des enfants très solitaires et parfaitement bien élevés […]. Excusez-moi, oui, excusez-moi, si je suis là, car je vous gêne. Si vous m’avez bousculé, c’est que je n’aurais pas dû me trouver sur votre chemin. Si vous êtes de mauvaise humeur, je dois y être pour quelque chose. Comment vivre, marcher, respirer, sans déranger ? Frapper avant d’entrer, s’effacer dans les portes, sourire, toujours sourire … Il ne suffira pas d’une vie entière pour se faire pardonner d’exister. » J-D. Bredin