Tropiques barbares

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En 1979, la révolution nicaraguayenne renversait la dictature de Somoza, l’une des plus cruelles d’Amérique latine, suscitant enthousiasme et espoir bien au-delà des frontières de ce petit pays. Une génération plus tard, "Tropiques barbares" offre le tableau cru de la vie ordinaire au Nicaragua sous le signe du désenchantement. L’écriture sèche et tendre de Pablo Raúl Espinosa, nous entraîne dans un univers obscène de misère, de violence et d’amour. Sous le soleil accablant, la désespérance des existences sordides est disséquée au scalpel par l’auteur. La main est sûre, le trait acéré. "Tropiques barbares" est une mosaïque frappante, à la fois dure et émouvante, à l’image d’un pays devenu fou de pauvreté comme on devient fou de chagrin.
Publié le : jeudi 15 mars 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748380088
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748380088
Nombre de pages : 174
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Pablo Raúl Espinosa TROPIQUES BARBARES Chroniques nicaraguayennes
Mon Petit Éditeur
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Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2012
A mi Madre, Huguette Espinosa. À Marie-Noëlle Véran, ma fidèle Chinoise.
Sommaire 1. Lenterrement du Vieux ...............................................................92. Larnaqueur ..................................................................................153. La fille de Paris ............................................................................214. Isa et liguane ...............................................................................275. Charmes asiatiques ......................................................................336. Des chevaux et des hommes .....................................................397. Les filles dAna ............................................................................458. Mon quartier ................................................................................519. Le tue-diable.................................................................................5710. Souvenirs du Nicaragua ...........................................................6311. Blues............................................................................................6912. La mangrove ..............................................................................7513. La maladie ..................................................................................8114. LaffairePubmobile....................78..................................................15. Dans les rues..............................................................................9316. Les parfums de lencens ...........................................................9917. Triomphes ............................................................................... 10518. La baleine ................................................................................ 11119. La révolution........................................................................... 11720. Qui procure tant de joie?.................................................... 12321. Le reggaetón ........................................................................... 12922. Au royaume des aveugles...................................................... 13523. Le train des jours.................................................................... 14124. Sous le signe de la Balance.................................................... 14725. Les machettes ......................................................................... 15326. Le déluge ................................................................................. 15927. Le cahier marron .................................................................... 16328. Préface deTropiques Barbares................................................. 169
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1. L’enterrement du Vieux
Nous étions à peine une poignée à suivre à pied le pick-up rouge qui roulait au ralenti dans la chaleur accablante. Elle ser-vait à tout, cette vieille Dodge à moitié déglinguée : à transporter des matériaux, à effectuer des déménagements ou à conduire des familles entières à la plage. Aujourd´hui, elle em-portait le Vieux vers le cimetière de Guadalupe, dans les quartiers sud de León. Derrière ce corbillard de fortune, loué pour vingt dollars, Juan, Pedro et moi-même ouvrions la mar-che, dans la fumée asphyxiante des gaz déchappement. Les femmes suivaient, juchées sur des escarpins trop hauts, à lombre de parapluies multicolores. Elles se tordaient les chevil-les sur les pierres volcaniques polies par le temps qui pavent encore certaines rues de la ville. Deux poivrots nous accompa-gnaient de loin, comme des chiens craintifs, poussant leur vélo par le guidon, dans lespoir dêtre récompensés par un possible coup de rhum après lenterrement. Lair immobile était sans cesse plus étouffant. Le cercueil de bois clair vernis brinquebalait sur la plate-forme entourée dune rambarde de fer forgé et cognait par ins-tants contre les parois de métal, avec un son creux. Le soleil de feu sy reflétait en éclairs blancs de magnésium en fusion, in -candescents à en brûler la rétine.  Putain, il doit avoir chaud, le Vieux, dans sa caisse ! a ri-golé Pedro en sépongeant le front et le cou.  Tu seras toujours aussi con ! lui a lancé Juan dun ton sec.
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TROPIQUES BARBARES
Le chauffeur, qui devait semmerder seul dans la cabine, a mis la radio en sourdine. Une retransmission de match de base-ball. La concession qui avait nécessité des tonnes de paperasses se trouvait à lautre bout du cimetière. Pas un brin dombre aux alentours. Deux jeunes gars en short crasseux, le torse nu, nous atten-daient, assis sur une tombe. Ils se sont mollement levés, comme à contrecur, et ont ouvert avec des gestes machinaux labattant arrière de la camionnette. Avec Juan, on leur a donné un coup de main. Il nétait pas bien lourd, le cercueil du Vieux. Les parois de la fosse, creusée à même le sol chaud, bavaient des racines raides blanchâtres. Avec deux cordes, les jeunes ont descendu le cercueil jusquau fond. Il sest posé en équilibre instable sur une motte mal tassée. Pas de recueillement, pas de discours, pas de tralalas. Personne navait même pensé à acheter quelques fleurs. Les gamins ont commencé à remplir le trou à larges pelle-tées, en cadence, dans un nuage de poussière ocre. La sueur coulait sur leurs dos musclés. La grosse Ana a sorti un mou-choir de son décolleté pour se tamponner les yeux. Pure comédie de cette poufiasse maquillée à outrance. Le boulot fini, il ny avait plus quun léger dôme de terre fraîchement remuée entre les herbes jaunes parsemées de détri-tus. On sest tous regardés, lair un peu couillon. Jai donné un billet aux gars et on est repartis. Il y a longtemps que le pick-up avait disparu comme les deux poivrots, sûrement découragés par lattente sous le cagnard. Il me restait encore pas mal dargent de la collecte quon avait organisée dans les bars et les restaurants que le Vieux fré-quentait, mais personne ne savait au juste combien. Je gardais le secret sur la somme récoltée. Cétaient tous des pourris, à part Juan et Silvia.  On va aller boire un coup, jai dit.
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