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Turbide

De
360 pages
On est partis la première fin de semaine d’août. On avait tous alors à tort plus ou moins relégué aux oubliettes les bébites à Turbide. Un mois s’était écoulé depuis sa monumaladementale dérape du soir de ma mouvance, et on s’était fait de très rassurants accroires depuis, on avait convenu qu’il avait simplement détripé, un point c’est tout, on avait renvoyé les monstres en dessous du lit, merci beaucoup bonsoir, on s’imaginait qu’ils crèveraient là de leur plus belle crevaison, mais c’est le contraire qu’ils ont fait.
Dans son style unique qui allie langue littéraire et langue parlée, François Racine raconte Vincent Turbide, un bomme magané trituré par la vie tout entière et par les voix qui lui peuplent la tête. Ses tchommes canailles tentent de l’aider comme ils peuvent, mais ce qu’ils peuvent, c’est pas grand-chose. Quand même, ils essayent, parce qu’on ne peut couper si facilement une si vieille branche, aussi malade soit-elle.
Même Camille a échoué à lui faire retrouver son calme, alors que la voisine d’en bas sortait pour savoir si on pouvait cesser le chahut, la belle blonde le cherchait de ses yeux bleu fantasme et ne le trouvait nulle part, tout perdu qu’il était dans son regard de brouillard opaque. J’ai quand même réussi à le faire entrer dans l’appart, à l’amener dans le salon, c’est moi qui l’ai calmé, au bout du compte, je l’ai sorti de l’eau bénite et il a cessé enfin de se débattre, il me suivait, j’ai fermé les rideaux à sa demande – il commençait à retrouver un semblant de parole humaine –, parce qu’il redoutait que les voisins le voient dans son obscure nudité. Je l’ai aidé à s’allonger sur le divan, en position foetale, comme dans le bon vieux temps jadis précédant l’expulsion en plein réel totalitaire, il était d’une fragilité immense, il titubait en gondole, et j’avais peur de l’échapper, qu’il se fracasse en mille miettes sur le sol. J’ai fermé les lumières, c’est ce qu’il voulait, puis l’ai bordé comme un enfant, il grelottait, claquait des dents, voulait mourir. Il m’a demandé pourquoi j’étais dans sa tête, ce que je faisais là au juste et si je lui voulais du mal. J’ai répondu que non, que je voulais son bien, que j’étais son ami, qu’on était dans le réel ensemble et qu’elle lui appartenait tout entière, sa tête, que j’avais aucune affaire là. Il a fini par balbutier : « Merci, Samé. T’es-t-un hostie de bon tchomme », je lui ai demandé s’il avait besoin de quelque chose, et il a dit non. Je le sentais un brin rassuré, revenu en partie d’où il était pris, d’où il faisait une noirceur abyssale, d’où règnent des monstres encore inconnus de l’humain. Je lui ai dit de pas hésiter à me lâcher un ouac si ça cessait d’aller. De pas lâcher, aussi, surtout. Grelottant sans réponse, il s’est enfoui la tête en dessous du drap. Il faisait trente degrés Celsius.
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Projet dirigé par MarieNoëlle Gagnon, éditrice
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Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour nos activités d’édition.
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Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Racine, François Turbide (Collection Littérature d’Amérique) ISBN 9782764431993 (Version imprimée) ISBN 9782764432617 (PDF) ISBN 9782764432614 (ePub) I. Titre. II. Collection: Collection Littérature d’Amérique. PS8635.A334T87 2016 C843’.6 C20169407446 PS9635.A334T87 2016 Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2016 Dépôt légal, Bibliothèque et Archives du Canada, 2016 Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés © Éditions Québec Amérique inc., 2016. quebecamerique.com
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Hostie, Turbide, vieux ressac fou du temps jadis, qui retontit de même, sans crier gare ni tambour ni trom-pette, en plein dans l’abondance du Boa Bob, gorgé de monde à craquer. La barbe immense, et rousse, et drue, le coco rasé comme dans le temps, les yeux qui ver-nâillent alentour, il se fraye un chemin, nerveux, entre les tables, les bras tatoués tout en manches hors de sa camisole, violent Viking revenu conquérir Camille, qui ne se doute de rien, ne l’a pas vu surgir, trop occupée qu’elle est à servir ses cafés. Il m’aperçoit, Turbide, il me voit crispé derrière mon écran, il bifurque vers moi, renâcle et s’installe à ma table, droit devant, l’air de rien ni d’aller ben mieux qu’avant.
— Eille, Samé, qu’il fait. Ça va ?
Je ferme mon ordi, le replie sur lui-même en huître et le dépose sur la banquette.
— Pas pire, toi ?
Il a l’œil gauche qui tique, comme souvent dans ses phases malsaines. Rouquin gaucher schizo. Au Moyen Âge, on l’aurait vu brûler. Aujourd’hui, il nous pro-voque encore des souleurs, mais ça n’a plus grand-chose à voir avec les préjugés. Il nous en a donné, au fil des ans, des merveilleuses raisons de nous méfier, trâ-lée de motifs d’épouvante avec lui à la source. Merci, Vincent Turbide. Merci de ne jamais décâlicer pour vrai, de refluer chaque fois qu’on pense que c’est fini.
— Ça va correct.
Il renifle de nouveau, se frotte le nez, spastique, man-quablement coké, psychotique encore, peut-être, en tout cas pas loin de basculer, le regard toujours gris pétant, la tête se baladant de bord en bord, cherchant un croisement des quenyeux avec la belle Cam bourrelle des cœurs, des sexes et de Turbide, qu’elle a toujours ensorcelé.
C’est fait, elle vient de le voir, et il a vu qu’elle l’avait vu, et elle s’approche de nous, tendue, sourire défun-tisé, assiettes vides à la main.
— Eille, Cam, qu’il lui garroche, pas méchamment, viré sur sa chaise, tandis qu’elle arrive à notre hauteur.
— T’as pas le droit d’être ici, pis tu le sais, qu’elle lui répond tout en sécheresse, et pour cause, ma belle amie à la toison d’Iseult, et sans même s’arrêter, le regardant à peine, elle s’en retourne en arrière du comptoir.
Turbide, ça le débrette, la réaction de la splendeur à son impromptu surgissement, il se lève d’un coup brusque et la rejoint à la caisse, tout de go, dans toute la démesurée détermination qu’on lui connaît. Je passe
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