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Un autre, ailleurs

De
176 pages
Un ciel écrase les étendues arides, royaume flamboyant aux contours infernaux.Pas un arbre, pas un oiseau ne vient briser cette monotonie. Benoît marche dans ses rêves, comme il marche dans la réalité. D'émotions en ruptures, de doutes en certitudes, de Luc à Jacqueline il avance sur son chemin. Comme la feuille de lierre s'envolant, il abandonne les habitudes et les idées préconçues qui le nourrissaient. C'est alors que le rêve pénètre la réalité, son univers intérieur transpire sur sa vie et les portes s'ouvrent. Les portes de ses désirs, les portes de ses deux mondes, les portes d'ailleurs. Benoît poursuit sa quète, mais pour atteindre quoi ? La liberté ? La folie ?
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Un autre, ailleursLudovic Boillat
Un autre, ailleurs
PAS DE GENRE SPÉCIFIQUE© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-1977-0 (pourle fichiernumérique)
ISBN: 2-7481-1976-2 (pour le livreimprimé)Avertissement de l’éditeur
DécouvertparnotreréseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littéraires etde chercheurs),ce manuscritestimprimé telunlivre.
D’éventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptéeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l’ouvrage, le texte en l’état.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
Téléphone:0148075000
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comA Laurent et Françoise…
A Didier…
A Merlin et au Dernier Sur Rien
A vous tous qui osez encore rêver…I
Le soir répand ses lumières grises et roses sur la
ville. Le sol relâche la chaleur gardée sous son re-
vêtement noir. C’est la fin de l’été. Les gens se
hâtent, terminent leurs dernières tâches de la jour-
néeetsortentcommeunehémorragiedesbouchesdu
métro. Lesmagasinsfermentleurslourdsrideauxde
fer, poussant presque de force les derniers badauds.
L’automobiliste pressé klaxonne le piéton qui par
malheur ose prendre son temps pour traverserla rue
engorgée de fumées et de métal. Tout est compté :
les minutes, les heures, les jours et les années, les
vies et même les morts.
Benoît marche, frappant le sol de ses semelles
usées. Une brise s’emmêle dans ses cheveux bruns,
puis caresse son visage fatigué. Il promène son re-
gard vidé par cette journée de travail sur les pas-
sants qui le croisent, sans vraiment les voir. Aucun
échange. Arrivédevantlaported’unpetitimmeuble
delavieilleville,ilsortsesclésdesapocheetpousse
une lourde porte de bois. Rien dans la boîte aux
lettres. Ilmontesestroisétages,tournelaclédansla
serrure et se retrouve enfin chez lui.
La fraîcheur de son appartement le fait soupirer
deplaisir. Ilenvoievolersachemiseetsonpantalon
dans un coin de son unique pièce. Les murs sont
blancs, décorés de quelques tableaux et posters. Ce
9Un autre, ailleurs
n’est ni rangé, ni en désordre, il y a seulement des
objets et meubles posés les uns à côtés des autres,
sans rien d’homogène ni d’organisé. Des piles de
bouquins et de CD affrontent des bouteilles et des
verres. Stylos,courrier,montreetlunettessontposés
surlepostedetélévisionrestésansvoix. Benoîtmet
laradioetprendlecouragedegrignoterunmorceau
de vide de son réfrigérateur.
Préparer encore ses bagages, enfermer les objets
utiles à la vie dans son sac à dos. Objectif : ne rien
oublier. Voilà, tout devrait être prêt. Le téléphone
sonne.
“Oui ?”
C’est son amie qui doit le rejoindre dans cinq
jours.
“Comment vas-tu ? Je pars demain, n’oublie pas
que tu…”
La voix dans le combiné le coupe, brisée par les
larmes, larmes qui coulent sur fond de drame. Un
long monologue pour dire que tout est fini. Tout,
c’est à dire eux deux. Elle dit qu’elle l’aime mais
qu’ellen’enpeutplus. Ellevoudraitunhomme,pas
un enfant. Elle voudrait construire quelque chose
et ne pas vivre sur le néant, ce brouillard étouffant
et opaque qui cache le chaos. Lui, ne lui donne
rien de solide, seulement des incertitudes. Malgré
la buée dansson regard, Benoît s’en doutait… Mais
pas maintenant, pas tout de suite ! Tant de ponts les
séparent. Luivoudraitvivrecequinepeutêtrevécu.
Elle voulait simplement un foyer. Maintenant, il ne
l’écoute plus, il se réfugie une fois de plus dans ce
mondequ’ilafabriquéaufonddesatête,cetteforte-
ressedanslaquelleilseréfugie,telunseigneurcerné
detoutesparts. Ilpenseauxmomentsoùillaprenait
danssesbras,oùleurspeauxs’épousaientetlorsqu’il
voyaitdanssesyeuxcequ’ellesecachait: cettepeur
de la folie. Oui, il l’aime, mais une page vient de se
10Ludovic Boillat
tourner,desedéchireretilamal. C’estcommesice
qui le tenait à ce monde venait de s’arracher.
Il fait noir dehors. La lune avale sa part de nuit,
éclairant le corps à demi nu de Benoît. Corps blanc
danslanuit,fantômedelaréalitéquifrappeetfrappe
encore, laissant à chacun de ses coups, la marque
invisibled’unetorturecruelle. Lesmotsneviennent
pas, l’étau se resserre, la pensée s’échappe.
Lelongmonologuecontinue. Toujourslesmêmes
mots, toujours les mêmes cris…
“Mais réponds quelque chose !!!
- Oui, bonne chance.
- SALAUD !!!”
Ilrestelà,immobilecommeunpantinsansficelle.
Le combiné crache ses bips comme elle lui avait
crié sa peine. Il raccroche. Le goût de la solitude
revient, cette étrange compagne qui vous enlace de
sesheuresfroides,etquivousvidepeuàpeulatête.
Amour blessé, pardon impossible sont les mots qui
lui reviennent. Les larmes coulent creusant le sillon
des incertitudes déterrées.
Les heures passent. Il reste sans bouger, hagard,
fumant cigarettes sur cigarettes, buvant bières sur
bières. Lafinl’effleuredesacaresseenvoûtante. Se
laisser aller, tout oublier, mourir sans que personne
neleregrette,glisserdanslenéant. Lapeurleretient
enfin. Il regarde son sac plein.
“Je crois que nous devrons nous supporter en
tête-à-tête durant ces vacances.”
La vague d’oubli chasse les larmes. Le visage
blême, il se lève et se passe la tête sous l’eau. Il
regardeensuiteparlafenêtrelesderniersfêtardsqui
rentrent chez eux. Sourire de lune reflété dans le
coin d’un œil brillant de peine. Les volutes bleues
de la fumée de sa dernière cigarette dessinent des
arabesques dans la nuit. Une chauve-souris passe,
il ouvre une dernière canette.
11Un autre, ailleurs
Ilfautmaintenantsecoucher. Ilfaitsonlit,enlève
son caleçon et s’allonge. Fermer les yeux, ne pen-
ser à rien, recommencer ce voyage, même s’il n’y a
qu’undésert. Allerplusloin. Ilveutjustepartir,par-
tirpouroubliercemondetropdurqu’ilnecomprend
pas. Fermer les yeux… partir…
12II
… Un ciel écrase des étendues arides, royaume
flamboyant aux contours infernaux. Pas un arbre,
pas un oiseau ne vient briser cette monotonie. Be-
noîtmarche,nesentantplussesjambes. Simplement
vêtu d’une tunique serrée à la taille par une corde,
il avance. Ces seuls vêtements lui sont insuppor-
tables. La sueur coule le long de sa colonne verté-
brale, avant de s’évaporer sous la chaleur lourde et
étouffante. Cethorizonsansfin,cethorizondesang
brisé par ces montagnes si noires l’attire. Il avance,
à bout de force, les pieds luttant contre les pierres
assassines. Lamêmequestionluirevientsanscesse,
lui arrachant petit à petit son courage. Il lutte pour
nepascraquer,pourpouvoircontinuer,sansautrebut
queceluide comprendrecequ’il fait làet pourquoi.
Malgré tout, il continue de marcher dans ce monde
oùlefeubrûlesespensées,brûlesesangoisses,sans
jamaisl’arrêter. Tantdenuitssesontpasséesàmar-
cher,tantdenuitssesontpasséesàespérer. Aura-t-il
jamaisfaitletourdecemonde? Est-cetoutcequ’il
y a à voir ? Ce désert aride où se perdent ses pen-
sées, ce monde à l’intérieur de lui ou il cherche…
se cherche. Peut-être est-ce la seule chose qu’il ne
découvrira jamais. Cette dure réalité le terrasse, ses
jambestremblent. Iltombeàgenouxlesbrasauciel
et crie :
“Pourquoi ?”
13Un autre, ailleurs
Rien ne répond, rien ne vient briser la monotonie
de cette terre sanguine. Il pleure.
Aprèsunlongmomentdedécouragement,l’appel
del’horizon,sursessensreprend. Uneforceincons-
cienteletire,lerelèveetluiredonnelaforcedemar-
cher, sans autreespoir queceluide ne pastomber.
Benoîtneregardeplusquelevidedesapensée.
Ses pieds se posent l’un devant l’autre, comme por-
tés par des ficelles invisibles et tellement indépen-
damment de la volonté. Il ne remarque même pas
quesoussafoulée,sedessineunchemin. Lespierres
se raréfient etsontremplacéespar dela terre tassée.
Ilsedirigetoutdroitverscettemontagnenoire,cre-
vant l’horizon comme une déchirure dans une toile.
Benoît ne se rend compte de rien. Le ciel rougeoie
de toute sa chaleur. Lui marche, les traits tirés, les
membres douloureux et la peau poussiéreuse. Sou-
dain, une légère brise lui fait lever la tête. De l’air,
unsouffled’air! Ilregardealorsdevantluietvoitau
loin, là, juste au pied de cette montagne, une petite
maisonfaiteelleaussidepierresnoires. Ilremarque
alors qu’il est sur un chemin tout tracé qui se dirige
tout droit vers la maisonnette. Il croit rêver. Son
cœur se serre et peu à peu ses forces reviennent. Il
prendcommeuneenviedecourir,decrier. Lajoielui
injecte dans les veines les euphorisants qui lui font
oublier sa fatigue. Mais il se retient, arrêté par une
certainecrainte,craintedeceluiquidécouvreunlieu
nouveau. Il ne sait pas ce qui l’attend là-bas, dans
cette maison.
“Peut-être est-ce un piège ou peut-être la fin ?
Oui, ce doit être la mort qui m’attend. Sournoise,
elletracelecheminquenousappelonsledestinpour
mieux nous attirer et nous surprendre.”
C’est une petite maison, ronde, faite de pierres
taillées noires, recouverte de tuiles sombres, à
l’image de la montagne environnante. Peu à peu
14Ludovic Boillat
Benoît avance, sans savoir s’il doit faire du bruit
ou rester silencieux, s’il doit crier ou simplement
frapper. La porte d’ébène se dresse, muette et
imposante. Ils’armedecourageetcrietimidement:
“Hé ! Ho !”
Riennerépond. Pasun craquement,pasunmou-
vement ne vient animer la porte. Il attend avant de
crier, cette fois un peu plus fort. Un grincement lui
répond. La porte s’ouvre. Il reste devant cette ou-
verture, cette bouche obscure, ouverte devant lui.
Il plonge son regard à l’intérieur. Voile d’incerti-
tude,peurde l’innommable,iltremble. Ses yeux ne
peuvent voir ce qu’il y a à l’intérieur. D’un pas ti-
mide, il avance.
“Je t’attendais, dit une voix usée.”
Benoît, surpris,reste labouche ouverte,criant un
son muet devant la silhouette d’un homme assis au-
prèsd’unetable. Aucunmouvementn’agitececorps
posé, immobile. Avec le temps du silence, le regard
s’habitue à l’obscurité et les détails commencent à
se dessiner dans la pénombre. L’homme à l’air très
vieux, l’intérieur est sobre, rien ne vient encombrer
l’espace. La table est de granit.
“Bonjour Benoît.
-Mais …
- Tu peux t’asseoir, n’aie pas peur. Voilà bien
longtemps que je voulais te parler.”
Le vieil homme lui montre un tabouret, lui aussi
fait dans un bloc de roche sombre. Benoît s’assoit,
sans quitter des yeux les yeux du vieux : ils sont
rouges !
“Mon nom est Mirsan, dit l’homme avec un sou-
rire découvrant quelques dents jaunies par le temps.
Je suis le gardien de la frontière.”
La douceur de cette voix, la chaleur de ce sou-
rire sont une puissance qui rayonne de cet homme.
Benoît reçoit en plein esprit cette énergie. Celle qui
fait que le physique se calme, que les muscles se
15Un autre, ailleurs
détendent, que les angoisses s’apaisent et que cette
petite bulle de bien être au creux du ventre éclate
pour se répandre en multiples sensations dans tout
le corps. Il se sent grandi et à la fois si petit de-
vant lui, le gardien. Mais le gardien de quoi ? De
quel étrange monde garde-t-il les portes ? La peur
a quitté Benoît, mais il n’ose toujours pas briser le
silence. Que dire ? Il se sent si bien. Pourtant, des
questions déferlent sur les récifs de ses incertitudes.
Tempête de pourquoi. Benoît plonge et d’une voix
mal assuréedemande auregardrougede Mirsan:
“Où suis-je ? Quelle frontière ?”
Mirsanfroncesessourcilsblancsensoupirant. A
cet instant, Benoît a peur de le voir partir. Il se sent
bête et diminué. Il n’aurait pas dû poser cette ques-
tion. Prisdepanique,ilessaiedetrouverautrechose
à dire, mais il n’y arrive pas. Une boule d’angoisse
lui bloque les cordes vocales et sa capacité à réflé-
chir. Ses mains commencent à trembler. Mirsan le
regarde. Il le regarde d’un regard tendre, et part le
repêcher au fond de sa peur. Il sourit.
“Maistun’asriencompris! Tun’asdoncpasdetête!
-Mais …
-Tuesdepartoutetenmêmetempsnullepart. Tu
es ici et ailleurs, tu es énergie et rêve. Tu es l’autre
toi !”
Devant les points d’interrogation dessinés dans
lesyeuxdeBenoît,Mirsanselèveetexécuteavecses
brasdegrandsmouvementsmajestueuxau-dessusde
latable. Ildessineensuiteuncercledesesmains. De
labrumeapparaît,avalantpetitàpetitlatablecomme
une méduse vorace créant un gouffre dans lequel se
dessine une image.
“Regarde ! Dit Mirsan d’une voix impérieuse.
Plonge !”
Benoît enfonce son regard dans ce gouffre béant.
Il se sent aspiré. L’image grossit, jusqu’à devenir
16Ludovic Boillat
nette : c’est lui. Il dort nu dans son lit, les yeux
mi-ouverts. Son sac est prêt pour demain. Non ! Il
ferme les yeux.
Benoît rouvre les yeux devant le visage calme de
Mirsan. La sueur coule sur son front blanchi par
l’émotion. Ses mains se remettent à trembler. Il es-
saiedetrouveraufondduregardrougesangduvieil
homme une réponse à toutes ses questions. Mirsan
luiprendlamain. Ôcaresseexquise. Malgrélapeau
rugueuse du vieil homme, le contact des mains lui
procureparadoxalementunetelledouceur,qu’ilfré-
mit.
“Oui, je fais partie de ton monde. La frontière, tu la
connaistrèsbienettusaisaussiquesitulapasses,jamais
plus tu ne seras comme avant. Mais n’est-ce pas ce que
tuattendaisauplusprofonddetoi-même? Maisdequoi
as-tupeur? Sicesoirilt’espermisdemevoir,c’estque
tu es prêt pour faire le pas.
-Maiscen’estqu’unrêve?!
-Enes-tuvraimentsûr? Tuesiciàlafrontièredetes
rêves, à la frontière de l’irréel devenu réel, à la frontière
de l’inconscient.
-Mais …
-Attention,tunedirigespaslemondeicicommetavie
en bas. Ce monde est rempli de surprises et de dangers.
Lapuissanceiciestsanslimite! Jedisbiensanslimite!
Lespuissancessecombattentcommedesénergiesquetu
provoques. Desviesoudesmortsserontentretesmains.
- Mais que vais-je découvrir ?
-Peut-êtrelavieoupeut-êtrelafolie. Cemondet’ap-
partientettudoisledécouvrirpartoi-même. Peut-êtrey
feras-tudesrencontres quit’aiderontà aller plus loin.
- Tu n’y es jamais allé ?
- Si. C’est là-bas que j’ai acquis mes pouvoirs.
N’oublies pas, je suis le gardien de la frontière. Tel
est mon rôle.”
Le temps passe sans laisser de traces. Les deux
hommesdiscutent. Unlienpuissantselieentreeux.
17