Un autre destin

De
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On retrouve certains protagonistes de Vies croisées à l’heure allemande.
Léon a conservé son pseudonyme de la Résistance. Il est devenu le colonel Alexis.
Les années ont passé. La guerre d’Algérie fait rage. Deux camps s’affrontent comme lors des années noires de l’occupation allemande.
Le colonel Alexis choisira-t-il le bon ?

Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782953004618
Nombre de pages : non-communiqué
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Chapitre 1 Il est là. Entre Jules Verne et Émile Zola. Il est plié en quatre et semble m’attendre, coincé entre les livres. Il fait sombre dans ce coin retiré de la bibliothèque municipale. Je suis dans la travée des V à Z. Elle est déserte. Dans le rayon voisin, une vieille dame semble se recueillir avec un Tolstoï dans la main. Je suis seule. Personne ne s’intéresse à moi. Le billet est bien là. Il m’attend. Je fais bien attention. Aucun importun, ni à droite ni à gauche. La vieille dame s’est éloignée. Je prends le billet et, sans le regarder, je le mets dans ma poche. Tranquillement, je me dirige vers la sortie, non sans sourire à la bibliothécaire qui sourit aussi. Mais est ce à moi ? Ma mission m’a paru facile. Pourtant, à présent, je tremble de tous mes membres, et j’ai froid malgré cette belle journée ensoleillée. En m’éloignant je vérifie si je ne suis pas suivie. Non. Seulement une jeune maman qui pousse un landau en se dirigeant vers un square tout proche. À présent je peux lire le billet, et je n’en crois pas mes yeux. Que veut dire ce texte mystérieux ? Mon âme a son secret, ma vie a son mystère Un amour éternel en un moment conçu…
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Je ne comprends rien, c’est charmant mais cela n’a aucun sens pour moi. Armelle ne m’a pas donné d’expli cations. Je devais prendre ce billet et le ramener au plus vite, la consigne impérative étant de ne pas me faire re marquer. C’est fait, mais quel est mon rôle dans cette affaire ? Jusqu’à présent les responsables du Parti ne m’ont confié que des tâches mineures (distribution de tracts à la sortie du lycée, tirage de circulaires sur la Ronéo, tenue du standard téléphonique, etc.) dont je crois m’être acquit tée correctement. J’ai été recrutée par Georges, un copain de classe, qui milite depuis longtemps. Ses arguments politiques n’ont eu que très peu d’effet sur moi, mais ses beaux yeux bleus et son sourire enjôleur m’ont convaincue d’adhérer au Parti. Que dirait mon père, lui qui est d’extrême droite, s’il savait ça ? Je préfère ne pas y penser. Quant à ma mère, son travail dans une agence de publicité est très prenant, et il lui arrive de rentrer fort tard le soir, ce qui provoque des explications orageuses avec mon père. Alors moi ! Tant que mes notes au lycée sont satis faisantes, on m’ignore. Récemment, Armelle, qui a un rôle important dans la cellule, m’a parlé longuement de mes motivations, de mes parents, de ce que je désire faire dans la vie, si je dispose de temps libre, et même ce que je pense de Sartre et d’Aragon. Un véritable interrogatoire ! Il a dû être satisfaisant, bien que j’aie été lamentable à propos de Sartre et d’Aragon dont je n’ai jamais lu la moindre ligne.
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Quand elle m’a demandé ce que je pensais de Georges, je me suis sentie rougir, et j’ai bafouillé que je le connais sais peu. Elle a souri. Elle a gardé le silence un bon moment et, tout à trac, m’a demandé si je me sentais capable d’exécuter certaines petites missions. Sans réfléchir j’ai dit oui, et ma pre mière mission a été d’aller chercher ce billet que j’ai dans la main et qui, à présent, me plonge dans une perplexité et même une certaine peur. Dans quels draps suisje allée me fourrer ? Lors des réunions, on parle beaucoup de politique, de lutte des classes, de syndicalisme. On glorifie les actions de nos responsables locaux, nationaux et aussi des diri geants soviétiques pour lesquels Georges a une véritable vénération. Moi, je ne me sens pas vraiment concernée. Ce qui m’intéresse c’est d’être avec Georges. Ce qu’il me dit sur la lutte des classes, sur le sort des travailleurs exploités par les capitalistes, sur la position du Gouver nement qu’il faudra bien renverser un jour, soit par le suffrage universel, soit par la révolution, tout cela me berce car sa voix me trouble, mais ne me convainc que très peu. Je ne me suis même jamais demandé ce qu’il faisait exactement dans le Parti. Un jour je l’ai entendu parler avec Karim, un militant algérien, de la révolte du peuple 1 algérien. Il était question d’un certain MNA qui rivalise rait avec une autre organisation connue sous le nom de
1 MNA : Mouvement Nationaliste Algérien.
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2 FLN . Des noms inconnus de moi ont été prononcés : Ferrat Habas, Messali Hadj, Ben Bella et d’autres encore dont je ne me souviens plus. Quel rapport avec le Parti ? Je ne sais. De même que j’ignore la raison pour laquelle j’ai été désignée pour accomplir l’exploit d’aller chercher ce billet étrange. Quel lien entre ce billet sibyllin et le Parti ? Je crois que je vais le demander à Armelle, ou peut être à Georges. De retour au local, je vois Armelle qui m’attend, impa tiente. Elle, si calme d’habitude, s’agite de long en large, en houspillant tout le monde. – Ah, te voilà enfin, tu as été longue, Nathalie. – Mais Armelle… Elle ne me laisse pas finir ma phrase et s’empare du billet que je lui tends. – C’est bien, c’est très bien, tu as bien travaillé. Et, sans plus de façons, elle quitte précipitamment le bureau, en me laissant toute décontenancée, sans expli cations. Les autres camarades présents me regardent avec un rien de commisération, ce qui m’énerve considérable ment. Je ne suis vraiment qu’un petit pion à qui on a confié une soidisant mission sans intérêt. Je m’apprête à partir lorsque Georges arrive, toujours aussi fat, souriant, très décontracté. – Ça va, mon chou ? – Tu sais que j’ai horreur que tu m’appelles ainsi. – Tu as l’air bien énervée. Que t’arrivetil ?
2 FLN : Front de Libération Nationale.
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