Un coeur en chantier

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Une femme, un homme, Deux amours s’effleurant Vingt-cinq années durant: L’univers sans l’atome. Deux espérances rêvées Comme on rêve d’envol, Deux destins effarouchés Qui repoussent cette obole. Ne sont-ce que deux passerelles Qui s’effleurent et s’éloignent Ou les deux premières parallèles Qui se brisent et se rejoignent?
Publié le : vendredi 30 mars 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748367492
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EAN13 : 9782748367492
Nombre de pages : 134
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Recherche auteur désespérément(2010) La guerre des bougons(2010) La maison près de La Fontaine(2009) Pull envie(2008) Manquait plus que ça(2007) Les familles, polies, tiquent(2006) Graimet vieillit mal(2006) Erreur inconnue ! Appuyer sur échappement ou redémarrer la machine(2005) Sordide, Isnt it ?(2005)
Philippe Démotier
UN CŒUR EN CHANTIER
Au nord de mon bonheur
Mon Petit Éditeur
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http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits dauteur. Son impression sur papier est strictement réservée à lacquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits dauteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS  France
IDDN.FR.010.0116477.000.R.P.2011.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2011
Je dédie ce livre à moi, sans qui il naurait pas pu se faire, et que je remercie chaleureusement. Je ne dédie pas ce livre aux autres, avec qui ce livre ne sest pas fait et que je ne remercie pas particulièrement.
Jattends, première éternité.
Les poissons rouges virevoltent dans laquarium. Assis à une table depuis trois quarts dheure, en contemplation forcée, tous les recoins de leur repaire aquatique men paraissent familiers. La vie sociale semble y être sinon de qualité, tout au moins pai-sible, sans barrière, sans frontière. Des petits bans très synchronisés nagent dans leur coin, dans leur creux, dans leur domaine, sans chercher à gagner sur le « terrain » du voisin. Mes yeux quittent régulièrement le grand bocal pour rejoin-dre et balayer le parking du restaurant. Jattends. Je Lattends. Je Lui ai proposé par téléphone ce rendez-vous pour le déjeuner il y a quelques semaines. Ce mardi 30 septembre 2014 est léchéance qui décidera de mon avenir : avec ou sans Elle. Elle narrive pas. Après cette nouvelle déception mêlée dimpatience, mon re-gard revient se magnétiser aux parois transparentes de ce mini-monde du silence. Le décor de cette salle a beau être très agréa-ble, aucun point dappui visuel consistant ne rivalise avec ce lumineux microcosme aquatique. Trois des quatre parois de la pièce ne sont quenfilade de vi-tres, autant dinvitations lancées au soleil pour quil y prenne place et lenvahisse. Des bannes déployées tempèrent son ar-deur éclatante. La vision panoramique offerte par ces ouvertures vers lextérieur permet deffectuer une rotation vi-suelle dapproximativement 250 degrés. Le regard sétale de la rue qui mène aux auberges jusquau bassin de plaisance sur la gauche, en passant par le quai à lentrée duquel les établisse-ments ont été bâtis. Oui, établissements au pluriel, car deux
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restaurants se dressent dos à dos, se partageant un immense bâtiment qui fut érigé il y a plus dun siècle pour abriter le hall de la criée. Lespace initial a été coupé en deux par un énorme mur de séparation, puis vendus à des entrepreneurs qui y ont aménagé leurs installations. Deux entités sont ainsi nées, cha-cune proposant ses spécialités culinaires au chaland affamé. On aurait pu croire que la concurrence serait féroce et que lun ou lautre serait écrasé, mais ce ne fut pas le cas. Ils se révélèrent complémentaires par les cartes proposées et les clientèles visées. Les environs sont très calmes. On ne passe pas ici, on y vient. Même si le badaud comptait aller plus loin, la prochaine étape, cest le terminus. Face à la surveillance bienveillante du phare enraciné depuis toujours sur le quai voisin, une fois amorcé le dernier virage sur la droite, la chaussée débouche sur la jetée. On ne peut aller plus loin sans embarcation ou sans se mouiller. Malgré la présence de leau salée, des petits bateaux amarrés qui flicfloquent le long des débarcadères, des mouettes dont le vol claudique dans lair chaud, du soleil qui se rafraîchit dans la mer et baigne cette spacieuse salle, le décor extérieur est para-doxalement vaincu par léchantillon de vie maritime dintérieur. Encore et toujours, cest dans cet océan de salon quau travers de mes yeux mes pensées se noient.
Le cheminement, première rétrospective.
La décennie des années 80 démarrait sous de bien mauvais auspices, période tourmentée et mouvementée pour Dunkerque et les Dunkerquois. Le fleuron historique du bassin ouvrier, la construction navale, était en proie à de gigantesques difficultés économiques. De graves menaces de fermeture sourdaient, de-venaient de plus en plus insistantes. En 1981, le bouleversement politique à la tête du pays, le raz de marée despoir et deuphorie
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avait engourdi les craintes des salariés. Le bon sens populaire lexprimait : avec larrivée des Socialistes, plus rien de mauvais ne pourrait se produire ! La branche navale allait être préservée, relancée ! Quelle utopie ! Il ny avait pas de remède au mal. Seule lamputation pouvait être envisagée. Sous lère du Président Mitterrand, la pilule ne passa pas mieux, bien au contraire. Elle fut seulement prescrite un peu à retardement et la tentative dinoculation savéra plus sournoise. Quand lillusoire écran de fumée socialiste sestompa, la ré-alité réapparut dans toute sa tragique froideur : la construction navale avait vécu. En 1982, les conflits sociaux éclatèrent et émaillèrent les cinq ou six années qui suivirent, prenant à chaque fois un peu plus dampleur dans la virulence, dans la violence, dans lémeute. Les employés, dont je faisais partie, légitimaient leurs actions féro-ces par linacceptable mensonge : malgré les promesses, la fermeture de leur site était programmée depuis longtemps ! Le tumulte contestataire continuait de résonner au travers des conversations inquiètes. Dans limaginaire collectif, cétait bien entendu la mort des emplois dont il était question au pre-mier chef, puis, à terme, de la ville tout entière. Les dégâts occasionnés lors de chaque manifestation laissè-rent quelques cicatrices dans la cité de Jean Bart. Ainsi, des inscriptions gravées sur la stèle du grand navigateur en témoi-gnent encore. Les tentatives de masquage des slogans ont été réalisées par les services municipaux. Il en reste tout de même des traces plus ou moins déchiffrables à certains endroits. La façade de la Maison du Patronat, rue Dupouy, en conserve aussi quelques séquelles. Elle fut dévastée de fond en comble, un beau matin dhystérie collective méthodique et très organisée. Les premières vagues de licenciements eurent lieu en 1985. Je fus de la charrette initiale des licenciés. Deux choix
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soffraient aux exclus pionniers : une enveloppe de 200 000 francs (un peu moins de 33 500 euros) plus les indem-nités de licenciement dues, ou lalternative dune reconversion subventionnée, dans des branches professionnelles précises. Je choisis la seconde possibilité. La tendance était à linformatique à tous crins, cest cette direction que je pris. Aux Chantiers de France (les anciens disaient les « sentiers » de France) depuis ma seizième année, je reprenais treize ans plus tard le chemin des études. En route pour une remise à ni-veau indispensable, puis la formation longue (sic)1 en vue dobtenir un BTS danalyste-programmeur.
La recherche, première errance.
Ma décision dentreprendre des recherches pour La retrou-ver fut prise en 2010. Je ne savais pas, et aujourdhui jajouterais fort heureusement, quelles sétaleraient sur quatre années. De-puis vingt ans déjà, je taisais obstinément mon penchant pour Elle. Javais volontairement cantonné cette idylle dans un obli-gatoire et restrictif sens unique, un cruel cul-de-sac sensoriel où cohabitaient mes pulsions, mes frustrations, et un fatras dillusoires scenarii de déclarations tendres et naïves. Je réinventais le soyeux de ses jambes de gymnaste, dont les proportions entre les muscles et leur gracilité étaient visible-ment harmonieuses. Je passais des heures nocturnes à mimaginer la tête posée sur son ventre si ferme, si peu épais,
1  Dans un cursus traditionnel, il faut étudier deux ans après le BAC pour obtenir ce diplôme, et la plupart des reconvertis comme moi avaient arrêté leurs études autour de la fin de troisième attardée, à 16 ans. Á cette époque, beaucoup de garçons patientaient jusquà cet âge au collège pour pouvoir enfin aller gagner de largent. Pour trois étudiants sur quatre, il fallait donc compresser cinq années denseignement général en trente mois de forma-tion, remise à niveau incluse. La disproportion est assez palpable.
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