Un garçon disparaît

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Un roman trouble et énigmatique, à l'intrigue captivante et à l'atmosphère très british.
Publié le : mercredi 5 mars 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782743627478
Nombre de pages : 249
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Qu’est devenu Oscar, le jeune Parîsîen surgî comme par mîracle, un matîn de maî 1962, dans la petîte salle de classe du cours prîvé de Mlle Le Prînce, à Yonge, sous-préfecture de Carente-Marîtîme ? Son condîscîple Adrîen Bertrand ne s’est jamaîs remîs de la dîsparîtîon soudaîne, quelques semaînes plus tard, de celuî quî le carmaît et l’envoûtaît par ses tours de magîe dans la grande maîson umîde du bas de la vîlle où îl s’étaît înstallé avec sa mère excentrîque. Cînquante plus tard, Julîan Dransield, un journalîste londonîen nostalgîque des sîxtîes, a prîs sa retraîte dans la statîon balnéaîre où vît Adrîen. Les deux ommes font connaîssance à la faveur de l’enquête que mène le Brîtannîque sur les personnalîtés sîngulîères de Mlle Le Prînce, dîsparue depuîs longtemps, et de hérèse Gourmel, sa grande amîe quî luî a survécu. C’est grâce à Julîan que inîra par se dénouer une double énîgme ayant jadîs cangé pour toujours le destîn d’Adrîen Bertrand. Dans ce roman au carme troublant, Françoîs Rîvîère déploîe avec brîo son art sîngulîer du paradoxe amoureux et de l’ambîguïté romanesque. Françoîs Rîvîère est l’auteur de nombreux romans et de scénarîî de BD (Le Privé d’Hollywood,Victor Sackville,Maître Berger). Il est également connu pour ses bîograpîes, notamment celle d’Agata Crîstîe, de Patrîcîa Hîgsmît et d’Hergé.
Un garçon disparaît
Du même auteur
ROMANS FabriquesFiction & Cie », Seuil, 1977, « Le Dernier Crime de Celia Gordon& Cie »,« Fiction Seuil, 1979 Profanations», Seuil, 1982Fiction & Cie , « Tabou, « Fiction & Cie », Seuil, 1985 Julius exhumé, « Fiction & Cie », Seuil, 1990 LUsine à rêves, Robert Laffont, 2009 Le Mariage de Kipling, Robert Laffont, 2011
BIOGRAPHIES Agatha Christie, Duchesse de la mort, « Fiction & Cie », Seuil, 1981, Livre de Poche, 2008 Souvenir dEnid Blyton, Ramsay, 1982 J.M. Barrie, le garçon qui ne voulait pas grandir, Cal mannLévy, 1991 Frédéric Dard ou la vie privée de SanAntonio, Fleuve Noir, 1999, Pocket, 2010 Patricia Highsmith, un long et merveilleux suicide, Cal mannLévy, 2003
LIVRES ILLUSTRÉS GrandGuignol(avec Gabrielle Wittkop), Veyrier, 1979 Les Couleurs du noir, Chêne, 1990 Les Héros de notre enfance, Chêne, 2008 Agatha Christie, la romance du crime, La Martinière, 2012 Villa Mauresque(avec Floch), La Table Ronde, 2013
François Rivière
Un garçon disparaît
Roman
Rivages
Retrouvez lensemble des parutions des Éditions Payot & Rivages sur www. payotrivages.fr
Collection dirigée par Émilie Colombani
© 2014, Éditions Payot & Rivages 106, boulevard SaintGermain  75006 Paris  ISBN 978-2-7436-2758-4
I
La pendule tinta sur le manteau de la cheminée, Mlle Le Prince frappa trois fois dans ses mains et aussitôt la porte souvrit, livrant passage au premier élève, un garçon aux cheveux crépus, les joues légè rement empourprées. Cétait son préféré, le plus timide et le plus assidu aux leçons. La veille, elle lavait surpris bavardant avec lune des deux insup portables surs Ternier et, à la fin de la classe, lavait grondé, laissant le pauvre garçon au bord des larmes. Elle sen était voulu, en avait parlé avec Theresa pen dant le déjeuner dans la petite salle à manger du soussol. Son amie lui avait dit quelle se montrait parfois trop sévère. « Sans doute, mais je crois en lui. Peutêtre estil un peu trop délicat et cela me gêne. » Theresa avait ri. « Voyons, Darling, questce que tu me racontes ? Les garçons ne sont pas tous comme ton frère : bâtis à chaux et à sable, bêtes et disciplinés. Je ne te comprends pas. » Làdessus, le café leur avait été servi et elles sétaient tues jusquà ce que la vieille
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cuisinière eût regagné son antre aussi sombre que sa tenue de veuve inconsolable. Les pieds des élèves raclaient le parquet bien ciré. « Un peu de silence », fit Mlle Le Prince, et tous se figèrent, sauf Monique Ternier qui continuait à gigoter comme si une piqûre dinsecte la démangeait. « Ouvrez vos cahiers de dictée ! Je commence. » Elle avait choisi un extrait du livre qui, jadis, lavait ter rifiée lorsquelle lavait lu fébrilement, semaine après semaine, dans les pages deJe sais tout, le magazine auquel ses parents étaient abonnés. Albert Le Prince, marchand de draps rue AlsaceLorraine, pas plus que sa très discrète épouse Honorine nauraient perdu leur temps à lire des uvres dites littéraires. « Il allait devant lui, virgule, comme un errant, virgule, dépassant les allées du Bois, une majuscule à Bois, il sagit du Bois de Boulogne, à Paris, virgule, marchant, virgule, Monique, ne copie pas, ma pauvre enfant, cest inutile, notre Maurice est encore plus mauvais que toi en orthographe ! » La petite classe soulagea la tension qui la figeait depuis lannonce de la dictée en ricanant sottement. MarieJéhanne Ternier sempourpra et Maurice Béquet, un garçon aux cheveux blond filasse et aux yeux dun vert très sombre, prit lair vexé dont il était coutumier. Assis près de lui sur la même travée, un autre élève, celui aux cheveux frisés et au regard timide entré le premier dans la classe, esquissa un sourire navré. Seule, peutêtre, Monique, lautre sur Ternier, la plus jeune, aurait pu décrypter lénigmatique
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expression de celui dont elle se flattait dêtre la confi dente. Adrien Bertrand était un drôle doiseau, comme lavait un jour murmuré Alice à Theresa lors du conci liabule les réunissant sur le perron du jardin à lheure de la récréation. Adrien, comme souvent, en tout cas lorsquil nétait pas accaparé par Monique Ternier, faisait bande à part, sintéressant aux arbres du jardin ou caressant le chat de la maison, un gros tigré aux murs paisibles baptisé Ulysse. Aujourdhui aussi, alors que se poursuivait la dictée, le garçon frisé sem blait étranger au reste de la classe. Alice Le Prince avait compris quune secrète connivence existait entre eux deux, et ce, depuis le jour où elle avait surpris sur le visage de ladolescent cette expression de ravissement frôlant lextase tandis quelle lisait à la classe une page deLa Guerre du feude Rosny aîné. Elle en avait été troublée au plus profond dellemême, flattée aussi de susciter pareille émotion chez un être quelle imaginait délicat. Le mot nétait pas delle mais avait été pro noncé sur le perron par Theresa alors que celleci, plissant ses yeux de myope, observait Adrien accroupi auprès du chat dans une flaque de lumière. Ce quelle aimait chez ce garçon, cétait son mystère et lhom mage plus ou moins conscient que lélève rendait à son cours. La pendule égrena onze notes cristallines et un fré missement parcourut la classe. Cétait lheure de la récréation. Un rituel connu de tous saccomplit tandis que les élèves, debout, Monique Ternier gigotant comme dhabitude, attendaient. La porte souvrit,
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livrant passage à la cuisinière claudicante et asthma tique. Mademoiselle reçut un plateau de laque chi noise sur lequel était empilé le courrier du matin et disposé un grand bol de porcelaine contenant un liquide fumant. La domestique rebroussa chemin et les élèves se bousculèrent derrière elle pour gagner le vestibule et, de là, le jardin. Celuici nétait accessible quà partir des fêtes de Pâques. Durant la période hivernale, les enfants se pressaient dans la partie la plus large du hall dentrée ainsi que dans lescalier menant au soussol et à la classe de Theresa qui don nait les cours de mathématiques, de sciences natu relles et danglais, une langue quelle pratiquait depuis ses plus jeunes années passées dans un village du Kent où vivait la sur de sa mère. Lhiver, donc, des courants dair glacés parcouraient la vaste mais sur tout haute maison Le Prince juchée au flanc du vallon menant dun côté jusquà la rivière et de lautre aux ruines du théâtre romain. On apercevait de loin sa fière silhouette couronnée dun toit dardoises à pans coupés, surmonté de cheminées, lun delle renforcée dun entrelacs de fer forgé dessinant les lettresletp, un caprice du grandpère dAlice. Celleci ne vivait plus seule dans la grande maison depuis que, cher chant à rompre avec une existence oisive et à vrai dire ennuyeuse, elle avait décidé de créer un cours privé. Avant de la rejoindre, Theresa avait enseigné les mathématiques dans un pensionnat religieux de la région où les choses ne sétaient pas très bien passées en raison de son « originalité », mais son
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