Un homme a disparu

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Un vol est commis dans une marbrerie de la vallée d'Ossau, dans les Pyrénées. Les soupçons se portent aussitôt sur le frère du directeur dont chacun connaît les frasques et qui a disparu. Pourquoi, dès lors, le garçon menace-t-il l'entreprise et son maître, pourquoi commet-il un sabotage sur un chantier, enfin pourquoi va-t-il jusqu'à tenter de tuer son frère ? Un journaliste ami de la famille essaie de le retrouver. Y parviendra-t-il assez tôt pour éviter le pire ?
Publié le : jeudi 16 juin 2011
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EAN13 : 9782748124729
Nombre de pages : 128
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Un homme a disparu
JeanClaude Dutilh
Un homme a disparu Les enquêtes de Stéphane Sarraut
ROMAN
© manuscrit.com, 2002 ISBN: 2748124731 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748124723 (pour le livre imprimé)
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C’était un lundi. Pau pelait de froid et les Pyré nées se perdaient au loin dans une brume verglacée. A peine devinaiton, audelà des collines béarnaises blanchies de givre, la dent acérée du Pic du Midi d’Ossau ; la journée ne s’achèverait pas sans neige. Claude Dinard releva le col de son manteau et s’engagea sur la place Royale que balayait un mé chant petit vent aigre, encore imprévisible la veille. En ce début de décembre, l’hiver s’imposait d’un coup à l’automne qui jusqu’alors n’en finissait pas de traînasser. Midi lâchait une foule bigarrée que le jeune homme remonta d’un pas vif, désorganisant le flot grégaire qui s’écoulait vers les popotes du coin. Il allait à la rencontre de Caroline, seul comptait pour lui cette invitation à déjeuner, la seconde en une semaine qu’elle avait acceptée, insistant pour revenir dans le restaurant de la Mère Lucas dont il était un familier ! Les copains allaient encore le charrier en le revoyant avec elle !  Si tu continues, l’année prochaine, tu pou ponnes ! avaientils déjà plaisanté. Claude brisa du talon la glace qui figeait le cani veau à ses pieds, puis il éclata de rire, indifférent à la rue. L’imbécile, il était ferré ! Au cours du déjeuner précédent, Caroline s’était confiée ; il savait qu’elle travaillait dans un cabinet
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d’assurances, mais lui n’avait rien livré en échange. Que pouvaitil révéler de son désœuvrement sans compromettre leur entente nouvelle ? Elle croyait donc qu’il poursuivait des études de droit, cela n’était pas faux, cela n’était pas vrai non plus. A la mort de Charles Dinard, trois ans plus tôt, ses deux fils avaient décidé de préserver l’important patrimoine familial, en l’occurrence une marbre rie située dans la vallée d’Ossau, sur la route des carrières. L’aîné, Marcel, qui secondait son père depuis plusieurs années, avait conservé la direction de l’affaire. Beaucoup plus jeune, Claude s’était vu attribuer une rente confortable qui lui permettait de vivre à sa guise, c’est à dire dans l’oisiveté ; son inscription en faculté était seulement destinée à lui assurer une couverture sociale décente. Dixsept ans séparaient les deux frères, c’était trop. Aujourd’hui, de fréquentes querelles les divisaient, Marcel esti mait que Claude ne méritait pas l’argent qu’il lui allouait et le cadet en exigeait toujours plus. Scènes navrantes, mais prévisibles. Claude arriva derrière l’église St Martin, à deux pas de chez la Mère Lucas qui proposerait dans un envol de torchon un civet de lièvre roboratif, arrosé d’un Jurançon léger, histoire de mettre les corps en fête diraitelle. Caroline parlerait de tout et de rien, il l’écouterait sans l’entendre vraiment, tout au bon heur d’être assis auprès d’elle, si désirable, mais si lointaine, comme inaccessible. Une bouffée de cha leur l’envahit lorsqu’il poussa la porte de la gargote. Il la vit tout de suite, dans le fond de la salle où elle s’était réfugiée pour échapper aux regards lourds des hommes installés aux autres tables. Il regretta de l’avoir conviée ici, le lieu était sans agrément, la clientèle miteuse, elle n’y était pas à sa place ; néanmoins, il rougit d’orgueil en passant devant ses camarades goguenards. Caroline n’eut pas l’air de s’en apercevoir et lui tendit la main en souriant.
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 Je suis en retard, bredouillatil.  J’arrive juste, moi aussi. Asseyezvous. La table qu’elle avait choisie n’était pas assez grande pour qu’il pût s’installer à côté d’elle sur la banquette. Il hésita, désappointé.  Mettezvous en face de moi, fitelle. Le serveur a insisté pour que je prenne un apéritif en vous atten dant, j’ai commandé un vin cuit. Je vais vous faire une confidence, j’adore ça, mais un verre suffit à me faire tourner la tête et je finis par raconter n’importe quoi ! Caroline semblait parfaitement à l’aise, décon tractée. Claude se voulut comme elle, désinvolte, joyeux. Il ne fit qu’accentuer sa maladresse.  Nicolas, la même chose pour moi, lançatil par dessus la salle, d’une voix exagérément aiguë, avant de lui demander ce qu’elle avait fait de beau, au cours de la matinée. Caroline parut surprise de la question.  J’ai travaillé, réponditelle doucement. La rou tine, rien de palpitant, je vous assure. Des dossiers, encore des dossiers, toujours des dossiers ! Et de la poussière ! Les assurances, vous savez !.. Enfin, il faut bien gagner sa vie ; je n’ai pas le droit de me plaindre, il y a plus malheureux que moi. Et vous ? ajoutatelle après un court silence.  Oh, moi !.. La routine aussi. Caroline posa sa main sur la sienne, l’obligeant à fermer les yeux sur le désir qui le brûlait.  Parlezmoi de vos études. Vous en avez encore pour longtemps ? Il répondit au hasard, pressé de quitter ce terrain glissant.  Un an. Caroline regardait tendrement ce garçon fausse ment audacieux qui l’avait abordée au cinéma et qui lui faisait depuis une cour discrète sans pousser son avantage.
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 Vos parents vivent à Pau ?  Ils étaient de Laruns, ils sont morts.  Pardonnezmoi. Elle se tut un instant, ne sachant comment conti nuer. Il lui vint en aide.  Vous, vous êtes paloise ? Elle acquiesça d’un signe de tête tandis que Nico las apportait leurs apéritifs.  Je suis née rue Henri IV, confirmatelle quand il fut éloigné. Claude ne savait pas ce qui lui plaisait chez cette fille, mais il se reprochait soudain d’être seulement ce qu’il était, un gosse trop gâté, livré à luimême dès l’enfance. Le ménage de ses parents boitait avant sa naissance, il leur avait permis de se réconcilier, la gratitude des siens pesa sur le retardataire. Il ne se connaissait pas de vœux inexaucés, d’envies insatis faites. Enfant, puis adolescent, il ne distinguait pas le bien du mal et son tempérament nonchalant accusait ses travers. On admettait qu’il manquât l’école pour un simple rhume, il s’abonna au coryza ; on fermait les yeux quand il chapardait dans le portemonnaie de la bonne, il en fut un client assidu ; on riait, plus tard, lorsqu’il préférait les filles aux mathématiques, sa réputation donjuanesque grandit en même temps que celle de cancre sans qu’il sût de laquelle il était le plus fier ! Il avait quinze ans à la mort de sa mère, son père l’abandonna à son inconséquence et Marcel ne fit rien pour redresser la barre, préférant le tenir à bonne distance de l’industrie familiale qu’il endos sait. Vous n’avez pas de famille ? demanda Caroline.  Si, un frère. Nous ne nous entendons pas très bien. Nous avons une grande différence d’âge, nous ne voyons pas les choses de la même façon.  Que faitil ? continuatelle en riant. Je suis curieuse !..
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