Un jour je reviendrai

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Quand la vie propose une seconde chance, sait-on la reconnaître et la saisir ?

C'est ce qui s'offre à Wilma, Ivana, Flavio, Marta, Loredana, Nicoletta, Stella, Manù, les personnages de ces nouvelles.

Sur fond d'Italie, l'auteure nous propose ces voyages de la deuxième chance, quand le destin semble avoir dit son dernier mot. Le dernier vraiment ?

Tout peut recommencer, mais on peut aussi ne pas savoir s'y prendre et passer à côté de l'opportunité qui se présente.


Après des études de lettres à Florence, Marie-Jeanne Ruff a passé vingt ans de sa vie dans différentes régions d'Italie où elle a exercé plusieurs activités avant de diriger à Bologne sa propre galerie d'art pendant huit ans. La nostalgie qu'elle nourrit pour ce pays que les circonstances de l'existence l'ont amenée à quitter à regret lui a inspiré ces nouvelles directement tirées d'histoires vraies.


Publié le : jeudi 1 janvier 2009
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9789999996118
Nombre de pages : non-communiqué
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UN JOUR JE REVIENDRAIJe la vis arriver sur le quai, encombrée d’une montagne impressionnante de bagages. Elle s’arrêta à hauteur de la voi ture 98, scruta du regard le compartiment où j’étais assise côté fenêtre, tendit son billet au contrôleur, parlementa quel ques instants avant de se hisser sur la plateforme du wagon suivie de tous ses baluchons. Sans doute ma compagne de voyage, pensaije en me replongeant dans ma lecture. La porte du compartiment s’ouvrit avec une brusquerie qui me surprit. — Bonsoir. Vous êtes en haut ou en bas ? demandatelle en désignant du menton les deux couchettes superposées. — En bas. Du coin de l’œil, je l’observai à la dérobée : les poings sur les hanches et l’air perplexe, elle semblait complètement dé couragée par la capacité du portebagages, insuffisant de toute évidence à accueillir son barda. — Vous pouvez utiliser le portebagages de mon côté, pro posaije, je n’ai qu’une valise. — Oh merci ! Vous êtes sympa ! Une expression de soulagement effleura son visage tendu. — Et ce sac, vous pouvez le glisser sous mon lit, ça ne me dérange pas.
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Cette fois, j’eus droit à un franc sourire. — Vraiment ? Encore merci. Elle s’assit côté couloir, jeta son sac à main sur ses genoux et sortit un paquet denazionali. — Ça vous dérange si je m’en grille une ? Elle n’attendit pas ma réponse : — Suisje bête, j’ai oublié que nous sommes en wagons lits et qu’il n’est pas permis de fumer. Le paquet denazionalile sac à main qu’elle re regagna ferma d’un zip sonore qui m’agaça les dents. Puis elle croisa les jambes et d’un geste las se laissa aller contre la paroi de bois laqué, la tête inclinée sur une épaule. Il était vingt heures ; le départ prévu à vingt heures qua torze était imminent. Trop tôt pour dormir. Qu’allaisje faire de tout ce temps ? Ce n’était guère dans mes habitudes de me coucher si vite. Et malgré le confort d’un T2, j’appréhendais cette interminable nuit que je présageais d’insomnie, où j’allais traverser la botte de part en part pour venir m’échouer au bout de son talon. — Vous allez jusqu’où ? s’enquit ma voisine soudain cu rieuse de ma destination. — Jusqu’au bout, jusqu’à Lecce. Elle poussa un long soupir de lassitude : — Moi aussi. Nous ne sommes pas prêtes d’arriver. Sa tête retomba en arrière comme un poids mort. Elle ajouta : — Il m’est impossible de dormir en train. — Vous êtes comme moi, nous serons deux. Ainsi, nous nous apprêtions à passer ensemble une nuit blanche ; cette infortune partagée ne sembla pas la consoler
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pour autant. Elle replongea dans son mutisme. Je continuais à l’observer discrètement pardessus ma revue. Je n’arrivais pas à deviner son âge. Elle ressemblait à une adolescente vieillie avant l’heure ; un pli soucieux barrait son front, deux fines rigoles d’amertume encadraient sa bouche et durcis saient son visage qui, on le devinait, avait dû être plutôt joli avec ses grands yeux foncés, son nez droit et le modelé délicat de ses joues aux pommettes hautes. Elle repoussait sans cesse d’un geste rapide de la main une lourde mèche qui s’obstinait à s’échapper de sa chevelure sombre où scintillaient de nom breux fils d’argent. Vingt heures quatorze. Le hautparleur annonça le départ du train. — Nous sommes à l’heure ! fitelle. Elle se leva, sortit dans le couloir, puis revint quelques instants plus tard. — Je me demande où est passé le contrôleur, je voudrais qu’il me libère l’échelle… — Vous voulez vraiment vous coucher dès maintenant ? — Quand il n’y a rien de mieux à faire… — Eh bien moi, je voudrais me restaurer un peu. En prin cipe, il devrait y avoir un wagonrestaurant jusqu’à Pesaro. — Il n’y a qu’un bar en milieu de train ouvert toute la nuit ; il propose des plats chauds jusqu’à dix heures, c’est le contrôleur qui me l’a dit. — Je m’en contenterai. Voulezvous que je vous rapporte quelque chose ? — Non, merci, j’ai ce qu’il faut. Mais je viendrai peutêtre vous rejoindre pour prendre une boisson chaude.
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