Un long blues en la mineur

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Un long blues en la mineur relate la rencontre mouvementée et tumultueuse durant les années de l'après-guerre d'un adolesent français avec son idole, Big Johnny White, un bluesman noir dont la réalité charnelle se révèlera bien différente de l'image floue issue du disque vinyle. Outre une poignante aventure humaine, cette histoire basée sur de nombreuses anecdotes vécues et réelles est aussi l'occasion d'un portrait des Etats-Unis et de la France des années 50 et 60, loin des clichés habituels.

Publié le : jeudi 1 janvier 2009
Lecture(s) : 64
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782918830092
Nombre de pages : 121
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- Vous savez, vous alliez être titularisé d’ici peu, me confia-t-elle dans un murmure de reproche. - Justement", lui répondis-je, "il est temps pour moi de partir". Etonnement, consternation, accablement aussi se lurent d’un seul coup sur son visage paperassier. Des sourcils trop drus soulevés par l’interrogation, emmanchés sur un long nez au bec recourbé. Ma décision proprement révolutionnaire en ces lieux lui ouvrait des gouffres insondables d’incertitude. - Mais…votre carrière?" me souffla-t-elle. Des pans entiers de sa vie s’effondraient: notations, avancements, échelles mobiles sur des postes immobiles, progression de carrière, horaires immuables s’écroulaient les uns sur les autres alors qu’elle prenait conscience que je lui disais ne pas m’intéresser vraiment à toutes ces choses. Elle, si distante d’habitude, si peu familière, se mit à me prendre le poignet, fébrile, inquiète, agitée. - Rassurez- moi", voulait-elle me dire, "vous avez passé un autre concours! Vous allez dans une autre administration, vous accédez à un meilleur grade!" - Non, non!" niai-je, "je n’aime que jouer de la guitare et écouter de la musique. Le bureau me pèse, j’étouffe, j’en crève! Vite! Un peu d’oxygène." Mais elle continuait, fébrile, me serrait dans l’angle du mur, baissait la voix pour que je lui confie sur le mode intime la vraie raison de mon départ."Il ne veut pas le clamer à voix haute devant les secrétaires, se disait-elle, mais, à moi, sa supérieure hiérarchique, il peut se confesser. Je sais qu’il a réussi à avoir de l’avancement. C’est pour cela qu’il part. Il me le dira! Il me le dira! J’en aurai le cœur net!" Et son front ridé de stupeur sur son teint livide lui donnait l’allure altière d’un papier à en-tête. Finalement, j’eus pitié d’elle et lui lançai à mi-voix: - Oui, je pars dans un autre ministère avec un peu d’avancement.
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