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Un putain d'été

De
109 pages
Un jeune prof et trois de ses élèves se découvrent une communauté d'esprit et vont ravager la région à coup d'abattage de croix, d'incendies de fast food et d'assassinat politique... Entre bitures, marrades, coups de gueule et coups d'éclat, un court roman libertaire où s'insinue toujours plus l'envoutante Camélia, la lointaine du vent aux genoux écorchés.
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Un putain d'été
N. Estires
Un putain d'été


















Le Manuscrit
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5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com
ISBN : 2-7481-3599-7 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-3598-9 (livre imprimé) N. Estires

ACTE I


Ouaah, si vous aviez vu quel écrivain j'étais ! !
En plus j'avais vraiment une belle gueule et j'étais
plutôt en forme ces temps-ci, je pouvais écrire des
trucs superbes et sensass' et je le savais. Et puis
surtout c'était pas donné à tout le monde. La preuve,
la littérature française était pas au mieux, fallait voir
ce qu'ils publiaient les enfoirés ! Le problème c'est
que j'avais déjà envoyé deux romans formidables à
des dizaines de bouseux d'éditeurs et que tous
m'avaient refusé lâchement. Accompagnant leur
négative de commentaires plutôt décourageants, voire
assassins. Mais moi il m'en fallait plus pour me briser
le moral : j'avais une putain de confiance en moi et
pour tout dire j'étais mon propre dieu, je me vénérais.
Un optimiste, voilà quel genre de mec j'étais. Et
pourtant y avait aucune raison vu que le monde était
une sacrée pourriture.

J'étais un pauvre type. Un looser. Pour oublier
ça, je me baladais de pièces en pièces dans la baraque,
une binouze glacée à la main. Eh ouais, j'aimais boire
mes bières à la limite de la congélation. Je vous cache
pas que ça nécessitait une attention de tous les instants
du côté du congélo, mais on se refait pas... J'ai
débarqué sur la véranda : une terrasse à moitié
couverte avec une rambarde autour, un truc en bois du
genre Far West, si vous voyez. Je me suis siroté ma
canette en réfléchissant à des sujets de roman. Dans le
silence du Causse, les moutons broutaient à perte de
vue au milieu des prés de cailloux. De quoi donc que
7Un putain d'été
je pourrais parler ? Ça faisait longtemps qu'on avait
pas connu un cagnard comme celui-là. Surtout qu'y
avait pas des masses d'ombre sur le plateau. Quand on
regardait au loin ça faisait des tâches de flou dans le
paysage. J'avais acheté cette baraque pour pas grand-
chose, Redzinsky et moi on l'avait retapée bien
gentiment. Y avait pas une âme qui vive à trois
kilomètres à la ronde, c'était ça l'essentiel.

C'est le bruit de la deux-chevaux qui m'a sorti du
hamac. La bagnole s'est arrêtée devant chez moi,
quelqu'un avait l'intention de me déranger à
l'évidence. Du portail, une vieille peau s'est présentée.
- Bonjour, jeune homme. Je suis madame
Mabuleau, fidèle de la paroisse Saint-Benoît. Je fais
une quête pour réparer le clocher de notre bonne
église. J'ai ici un certificat de bonne foi signé par
monsieur le curé.
- Ah ouais ? j'ai fait. J'pensais pas qu'y avait
d'bonne foi.
Je me suis approché, les mains dans les poches.
L'ancêtre a du croire que j'allais en extirper une pièce
ou deux.
- Vous êtes bien aimable, elle a remercié.
- J'vais vous en donner d'l'argent...
- Dieu vous le rendra, qu'elle a continué.
- Mais certainement pas pour l'faire réparer vot'
clocher MAIS PLUTÔT POUR L'FAIRE
DETRUIRE A COUP D'PELLETEUSES !!!
La vioque avait pris des postillons plein la
tronche. Sur le coup elle a reculé d'un bon mètre et
elle s'est arrachée en boitillant. En grimpant dans sa
deuche, elle a balancé je ne sais quelle bordée de
8N. Estires

malédictions sur ma tête et ma descendance
improbable.
- VEILLE PIE ! j'ai hurlé avant de retourner vers
le jardin.
Où j'ai promené mon cafard comme on promène
un chien en laisse.

***

- Ce qui m'faudrait c'est une aventure. C'est d'la
matière première.
- De quoi qu'tu parles mon salaud ? s'est fendu
Redzinsky sans cesser de se curer le nez.
Ce con d'immigré yougoslave comprenait rien à
rien. De la terrasse, j'ai balancé une pierre vers la
route, négligeant de m'intéresser à sa chute. Soudain
je les ai fixés, lui et sa grande gueule.
- On va mener une enquête, j'ai décidé d'un ton
abrupte.
- J'sais pas où ça va t'mener ! il s'est étouffé.
Il en était tout ému de sa connerie, tellement il
se marrait que je distinguais une vieille carie au fond
de sa mâchoire. Gros plan sur le citoyen Redzinsky :
le cheveu sec et dépeigné, un bout de saucisson entre
les dents, le menton gras, des poils qui fleurissent sur
le nez et qui poussent dans les oreilles. Voilà pour son
portrait.
- On sera détectives privés, j'ai asséné. Je serai le
chef et toi l'assistant, t'auras qu'à m'appeler chef.
Je m'y voyais déjà.
- Ça te branche ? j'ai sorti. De toute façon t'as
pas le choix.
- Pars devant ducon, il a philosophé. J'arrive.
9Un putain d'été

Pour résoudre une enquête, faut d'abord trouver
un crime quelconque. Et pour trouver un crime faut
des journaux. Alors je suis allé au bled, il n'y
subsistait qu'un petit commerce mais faut avouer qu'y
avait plus guère qu'une vingtaine d'habitants ; entre
nous le cimetière était davantage peuplé. Le truc
faisait épicerie, presse et bistrot, "Chez Raymonde"
on appelait ça. J'y ai bu un canon histoire de soutenir
l'économie rurale. Pis je m'en suis retourné chez moi
où j'ai commencé ma lecture sur la terrasse. Mais j'ai
rien trouvé de quoi résoudre : il se passait rien ou
alors la police faisait bien son boulot dans le secteur.
J'ai fini par m'affaler dans le canapé, le nez au milieu
de mes journaux : la vie d'enquêteur fallait s'accrocher
sec.

A mon réveil dans la soirée, Redzinsky regardait
la télé en dévorant des saucisses en boîte. Dans le
poste, une jeune héroïne à moitié nue terminait sa
chanson minable, un truc d'une profondeur
adolescente. Pas forcément consciente du néant
parolier, elle brandissait le poing comme un Che
Guevara haranguant les foules. Sauf que son discours
c'était du Maria Carey, pas plus. Pendant ce temps-là
des gens mourraient de faim, de froid ou d'atroces
maladies. D'autres se battaient pour la liberté,
mourraient pour des idées, pour un monde plus juste
et moins craignos. Et cette pétasse continuait à hurler
sa niaiserie comme si de rien n'était quand cinq
milliards d'individus touchaient moins d'un dollar par
jour.
- C'est qui cette conasse ? je me suis insurgé.
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