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Un rêve vertigineux

De
223 pages
Isabelle, psychologue, mariée et mère de trois enfants, fait un rêve qui va la métamorphoser. Elle sera immédiatement sous l'emprise amoureuse du médecin ORL de son plus jeune fils, ce qui déstabilisera son couple. Comment son mari Brian, un américain un peu farfelu, va-t-il réagir ? La jeune femme mènera de front, dépendance amoureuse, vie domestique très agitée et dépression dans une lutte humoristique où musique et psychanalyse seront ses alliées. Sortira-t-elle vainqueur de cette bataille et à quel prix ?
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2 Titre
Un rêve vertigineux

3 Titre
Anne Harsant
Un rêve vertigineux

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9076-9 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748190762 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9077-7 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748190779 (livre numérique)
6
. .
8 Un rêve vertigineux






« On peut concevoir le rêve comme un
drame qui se déroule en nous et dans lequel
nous sommes tout ce qui y figure, c’est-à-dire
tout à la fois l’auteur, le metteur en scène, les
acteurs, le souffleur et, enfin, le spectateur. »

Marie-Louise von Franz,
Rêves d’hier et d’aujourd’hui.
9 1

1
Le nourrisson semblait dormir paisiblement.
A ses côtés, sa mère le couvait tendrement du
regard tout en observant les gestes précis du
docteur. Tout fonctionnait normalement, les
appareils enregistraient patiemment les données
dont la normalité se vérifiait sur les écrans
d’ordinateurs. La mère sortit alors de son sac,
des feuillets qu’elle déchira soigneusement sans
même prendre la peine de les regarder.
– Où puis-je jeter ces morceaux ? demanda t-
elle au médecin.
Celui-ci, sans prononcer un mot, lui prit les
mains dans les siennes et lentement, l’entraîna
dans une petite pièce annexe. Délicatement, il
ouvrit la main de la jeune femme qui retenait les
feuillets déchirés, et ensemble, regardèrent les
morceaux virevolter jusqu’à s’échouer dans une
corbeille à papiers. La main du docteur, lâchant
son emprise, vint effleurer le visage de la jeune
mère. Celle-ci osa timidement croiser le regard
du médecin qui déposa sur ses lèvres un baiser
si fragile qu’il lui parut irréel.
11 Un rêve vertigineux
Un grognement sonore résonna à ce moment
précis. Isabelle se retrouva alors, étendue de
tout son long contre le corps inerte d’un
homme. Très vite, elle réalisa que les
borborygmes qui avaient rompu le charme
magique de son rêve n’étaient en fait que les
ronflements de son mari. Elle le toisa quelques
instants pour s’assurer que c’était bien lui.
L’ovale de son visage était impeccable. Ses
lèvres savamment dessinées laissaient entrevoir
en s’ouvrant, une dentition parfaite. Son nez
arrondi et ses pommettes saillantes
concouraient à l’harmonie de ses traits. La seule
ombre à ce portrait idyllique, était le marron
fadasse de ses iris, dissimulé sous de jolis yeux
clos.
Elle reconnaissait ce visage et pourtant il lui
devint soudainement étranger. C’était comme si
tout son être à elle s’était transformé, et que le
lien qui l’unissait à son époux s’était dissous. Ce
sentiment d’étrangeté s’était emparé de son
corps, et son âme devint la proie d’une émotion
fulgurante. Dès son réveil, et comme par
enchantement, elle était tombée amoureuse du
médecin de son rêve, qui était par ailleurs le
médecin de ses enfants.
Il n’avait pourtant rien de l’homme de ses
rêves. Elle revoyait une grosse tête épaisse
encadrant des lèvres minces et asymétriques que
nul n’aurait à priori songé à embrasser. Un nez
12 Un rêve vertigineux
à la Cyrano surplombant de petits yeux
encapsulés et rehaussés d’une pilosité
exubérante. Le seul rayon de soleil à ce portrait
peu flatteur était le bleu céleste de ses yeux qui
irradiait son visage.
C’est ce qui l’avait frappée lors de leur
première rencontre. Elle avait eu lieu dans son
cabinet, à l’occasion d’une consultation pour
son plus jeune fils, Sébastien, à qui il fallait
retirer des bouchons de cérumen. Aucun des
spécialistes consultés n’avait voulu pratiquer
cette intervention qui semblait si anodine, en
raison de conduits auditifs trop fins et quelque
peu biscornus. Le médecin de famille avait donc
recommandé ce jeune oto-rhino auprès de la
famille Spencer. C’est ainsi qu’un matin d’hiver,
Isabelle, son mari Brian et leurs trois enfants
débarquèrent sous les yeux ébahis du docteur
Fabrice Enock.
Il ne savait où loger l’encombrante poussette
où dormait la petite Clara. Il ignorait aussi sur
laquelle de ces cinq paires d’oreilles il devait
exercer son art.
Isabelle, qui visiblement tenait les rênes de sa
maisonnée, l’en informa sans tarder.
Après avoir efficacement effectué le
lavement libérateur sur les oreilles du petit
garçon, il décela une otite séreuse bilatérale
pour laquelle une prochaine consultation
s’imposait. Il convenait aussi de pratiquer sans
13 Un rêve vertigineux
plus tarder un audiogramme. D’autres examens
seraient sans doute à prévoir. A la fin de la
visite, Brian qui n’avait jusqu’alors prononcé un
mot, voulu faire preuve de courtoisie et d’une
certaine maîtrise de la langue française. Malgré
dix ans passés en France, son accent américain
surprenait toujours.
– Hello, au voir Doctor Knock !
– Docteur Enock ! rectifia nerveusement le
médecin.
– Oui, Doctor Schnock !
Isabelle ne put retenir un rire attendri à ce
souvenir, qui ne gêna en rien la poursuite sans
faille du puissant ronronnement de son époux.
Devant l’impossibilité de retrouver les bras de
Morphée, ni ceux de son nouvel amour, elle se
mit tout naturellement en quête de rechercher
les causes de sa brutale transformation
psychique. Il faut dire que sa formation de
psychologue l’y incitait.
Elle se remémora donc les rendez-vous qui
suivirent avec le docteur. Une certaine hostilité
s’était plutôt installée entre eux. Elle était
réticente à la pratique médicale de l’auriste
qu’elle jugeait trop interventionniste. Fabrice
Enock qui savait s’imposer, avait réussi à la
convaincre de l’urgence d’une intervention
chirurgicale.
Le petit Sébastien fut donc confié à ses
mains expertes pour pratiquer une paracentèse
14 Un rêve vertigineux
ainsi qu’une adénoïdectomie (pas d’affolement,
il s’agit des végétations) dans une clinique
privée où il exerçait de temps à autre.
Brian, qui lui, tenait les cordons de la bourse,
s’inquiéta du dépassement d’honoraires à payer
en liquide.
– Je n’aime pas trop les dessous de table !
avait surenchérit Isabelle.
Le médecin expliqua que tout était aussi
limpide que le seraient les conduits auditifs de
leur fils et que la mutuelle comblerait le
dépassement. Les époux convinrent que si tel
n’était pas le cas, ils changeraient de boutique.
Ils n’eurent pas à le faire, car effectivement
l’intégralité des sommes leur fut restituée par la
super mutuelle de Brian. Ex-responsable
financier d’une société américaine, il se vantait
d’avoir su négocier pour tout le personnel -et
surtout pour lui-même- cette fameuse mutuelle
octroyant des remboursements non limitatifs,
qu’il avait pu conserver après son récent
licenciement.
C’est ainsi que les consultations se suivirent,
rythmées de lavements, d’audiogrammes,
scanners et autres examens, car les otites
persistaient, ainsi qu’une légère surdité.
La pose d’aérateurs transtympaniques (pas de
panique, cette fois il s’agit de yoyos) s’avéra
impossible en raison des conduits immatures de
Sébastien. Pour finir, avant la longue
15 Un rêve vertigineux
interruption estivale, le docteur Enock voulut
tester le tout dernier appareil d’enregistrement
de PEA, pas celui des boursiers, ceux de
Sébastien. Les Potentiels Évoqués Auditifs
furent pratiqués dans une autre clinique privée
où le docteur sévissait aussi. Elle n’était pas très
loin du domicile des Spencer, mais la mère, et le
fils dans sa poussette, avaient dû effectuer le
trajet à pied. Aucun taxi n’avait voulu les
prendre en charge pour une aussi petite course.
Elle arriva en nage, en retard et confuse
auprès du médecin qui fut scandalisé par le
comportement peu mercantile des taxis.
« Lui, n’aurait guère renoncé au moindre
pécule », pensa méchamment Isabelle.
On coucha l’enfant paré d’une multitude
d’électrodes, sur un divan afin de procéder aux
enregistrements. L’effet sédatif des
médicaments tardait à venir et il fallut attendre
un long moment avant que l’enfant ne dormît.
Sa mère, elle, s’était déjà profondément
assoupie.
Ce sommeil en ce jour de cette consultation
du 17 juillet avait retrouvé celui de notre nuit du
22 août. L’analogie de ces deux situations, réelle
et rêvée, frappa alors Isabelle. Serait-ce ce jour
là qu’elle tomba amoureuse du docteur et que
ses sentiments incompatibles avec sa vertu
d’épouse fidèle demeurèrent inconscients ?
Ainsi ce rêve levait le refoulement et
16 Un rêve vertigineux
corroborait la théorie freudienne. Soit. Mais
ensuite ? Où cela allait-il l’amener ?
Tout d’abord sur l’île d’Oléron car la
sonnerie du réveil -à quatre heures quarante-
cinq- lui rappela qu’ils partaient en vacances ce
matin là. Cette fois-ci la sonnerie eut raison des
ronflements de Brian mais il n’était plus temps
pour Isabelle de replonger dans les délices de
son rêve vertigineux. Il fallait affronter la rude
réalité des derniers préparatifs : enfants à
nourrir, nettoyer, valises à boucler, le tout à
charger dans la voiture. En route !
17 2

2
Le voyage fut des plus paisibles. Isabelle
dormit une grande partie du trajet. Les enfants
un peu moins. Ils avaient hâte d’arriver au
centre de vacances du comité d’entreprise du
laboratoire de recherche infantile au sein duquel
Isabelle apportait une aide précieuse aux
grandes têtes penseuses.
Ils arrivèrent enfin à l’entrée du village. Le
lieu leur parut familier, bien que ce fût leur
premier séjour. Une vaste étendue d’eau
recouvrait un terrain aride où surgissait en son
centre, un énorme ballon qui flottait au rythme
des vagues provoquées par une brise légère. Les
grilles imposantes se renfermèrent derrière eux.
FA SOL LA…
Cette brève mélodie sembla sourde du néant.
« Le prisonnier ».
Isabelle se sentit transposée, cette fois-ci,
dans le corps du héros de leur série culte. Brian
lui aussi se sentait mal à l’aise. Ils doutaient de
ne jamais pouvoir retrouver leur cocon familial.
19 Un rêve vertigineux
L’urgence pourtant était de s’installer dans le
gîte qui leur était réservé.
Il fallut un long moment pour libérer la
Renault des nombreux bagages et accessoires
indispensables -selon Isabelle- à la survie de leur
famille nombreuse. Après un court repos, suivi
d’une restauration rapide, ils terminèrent leur
longue journée par le spectacle d’un cirque dont
l’heure tardive n’entamait en rien la vitalité des
jeunes Spencer.
Chacun eut droit à son billet de tombola, et
Nicolas, l’aîné, trouva une pièce de 10 F qu’il
s’empressa aussitôt de se défaire pour acquérir
un numéro supplémentaire qui fut le gagnant.
Fièrement, du haut de ses cinq ans et demi, il
rejoignit sur le podium le clown qui lui remit un
coq, fort heureusement en peluche. De nature
généreuse malgré un tempérament tyrannique, il
en fit don à son jeune frère qui accueillit ce
volatile dans sa couche avec ses autres animaux.
Les journées étaient épuisantes pour les
parents. À côté des nombreuses tâches
domestiques, s’ajoutaient les diverses activités
qu’offrait le centre. Certaines d’entre elles,
pratiquées au sein du club enfant, auraient pu
octroyer au couple des moments de répits bien
mérités. Cependant, aucun des trois enfants ne
voulut profiter de ces avantages, gratuits de
surcroît, qui avaient motivé les parents dans
leur choix du centre de vacances. Une vaine
20 Un rêve vertigineux
tentative avait échoué avec Clara, qui à onze
mois pensait-on, ne pouvait opposer une
résistance. Même les efforts et l’expérience des
animateurs ne purent venir à bout des cris
persistants et crescendo du bébé. Les parents
qui avaient pourtant fui à l’antipode de la
garderie, pouvaient entendre, le cœur brisé, les
plaintes de leur enfant. Ils furent contraints,
autant par la voix intérieure du remord que par
celle hurlée au mégaphone les réclamant
d’urgence, de reprendre leur tendre progéniture.
Un emploi du temps rigoureux s’imposa
donc. Chacun avait en charge l’activité d’un ou
de plusieurs enfants, de sorte qu’ils étaient
parvenus à libérer des moments de pratique
sportive individuelle.
Chacun put donc faire du tennis à des heures
respectives. Assurant mal ses revers et aussi il
faut l’avouer, ses coups droits, ceci ajouté à des
difficultés persistantes au service ainsi qu’au
filet, Isabelle jugea plus raisonnable de s’inscrire
à des cours de débutants. Elle y fit la
connaissance d’une autre jeune mère de famille,
et toutes deux, chaque matin, prenaient un
malin plaisir à laisser leur conjoint batailler avec
leurs bambins.
Leur professeur de tennis incarnait le type
même du beau gosse dragueur des séries
télévisées. Personnage qu’Isabelle exécrait en
temps ordinaire. Mais depuis son rêve,
21 Un rêve vertigineux
l’ensorcellement amoureux avait remplacé son
sens critique par une indulgence sans borne.
Aussi, trouvant le tennisman plutôt
sympathique, elle se montrait aimable avec lui.
Ce dernier crut ainsi et sans doute par vanité,
que ses regards langoureux lui étaient destinés,
sans comprendre bien sûr, qu’ils étaient causés
par l’image quasi obsédante de Fabrice Enock.
Isabelle, dans sa bulle, travaillait son service,
quand un vacancier surgit un matin sur le court.
– Vite, votre fille a eu un accident, vous
devez rentrer tout de suite !
Tout éclata autour d’elle. Elle courut jusqu’au
gîte où son mari portait dans ses bras leur fille
en pleurs. Blême, elle saisit son enfant et
constata avec soulagement qu’elle n’était pas
blessée.
Brian expliqua qu’elle était tombée de leur lit
alors qu’il préparait son biberon. En un éclair,
elle avait basculé sur le carrelage, trop
impatiente comme à son habitude, d’engloutir
la mixture.
– Mais elle n’a rien ! insista-t-il.
Pourtant comme elle s’était cognée la tête et
qu’elle avait vomi à deux reprises, il accepta
sans protester de la conduire à l’hôpital pour
passer une radio.
L’été dernier, c’était Sébastien qui avait
heurté sa tête sur les barreaux en fer de son lit,
en jouant à la sauterelle. Très vite, il s’était remis
22