Un voile sur ma vie

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Héléninha, petite fille Portugaise, vivant sous la dictature Salazar, issue d'un milieu agricole pauvre, va devoir subir dans sa chair la dure loi de son père et le terrible poids des traditions avant de s'en affranchir, avec l'aide de sa meilleure amie et complice de toujours, Maria. Toutes deux vont défier la morale jusqu'à commettre l'irréparable.


Publié le : jeudi 31 octobre 2013
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EAN13 : 9782332611482
Nombre de pages : 176
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ISBN numérique : 978-2-332-61146-8

 

© Edilivre, 2015

Remerciements

 

 

Remerciements

Je tiens à remercier plus particulièrement ma famille et mes amis qui m’ont soutenue et encouragée dans cette merveilleuse aventure, qu’est l’écriture.

Chapitre 1

Ma vie ne fut qu’une succession d’évènements où le bien et le mal cohabitèrent pour le meilleur et pour le pire.

Je suis née le dix septembre mille neuf cent quarante-cinq à Tondela au nord du Portugal, de l’union de mon père : Manuel Da Silva et de ma mère, Amàlia Carvalho, dans un petit village niché au flanc de la montagne.

Les hommes et les femmes vivaient essentiellement de l’agriculture et de l’élevage et seul, le produit de leur travail leur permettait de subsister jusqu’à la récolte suivante.

La vie y était rude à l’image de leurs habitants et de cette terre aride, gorgée de soleil, qui épuisait les hommes à force de travail et d’exigence. Cependant, j’étais en parfaite osmose avec ce paysage où je n’ai rencontré nulle part ailleurs cette ambivalence entre, d’un côté, la montagne imposante presque maternelle par son aspect protecteur « la serra de Caramulo », parsemée de roches et de quelques bouleaux, et de l’autre, la riche vallée fertile du Douro, avec ses vignes à perte de vue et ses arbres qui semblaient surgir tout droit du chapeau d’un magicien, tant les chênes, les châtaigniers et les pins dressaient leurs cimes avec une imposante impudence.

Petite, j’aimais marcher pieds nus dans la montagne et arpenter les sentiers les plus sinueux, les bras chargés de brindilles pour allumer le feu dans notre immense cheminée.

Mes parents étaient tous les deux analphabètes, comme beaucoup de Portugais nés en mille neuf cent vingt-six, année où la dictature militaire s’empara du pouvoir et nomma à sa tête António de Oliveira Salazar, homme froid et austère. Ma mère eut quatre enfants : moi, l’aînée, Héléninha, puis mes trois frères, Manuel (qui hérita du même prénom que mon père, comme le voulait la coutume à cette époque), Joaquim et António.

Je n’eus pas une enfance heureuse et insouciante car issue d’un milieu populaire pauvre je dus, très jeune, seconder ma mère et m’occuper de mes frères tout en participant au travail de la ferme. En outre, le Portugal était un pays très ancré dans des traditions séculaires, où la religion dictait notre vie au quotidien et allait tracer le destin qui allait être le mien.

Notre président Salazar, catholique convaincu, respectera les traditions et dirigera le Portugal d’une main de fer, en collaborant au départ avec les militaires puis, assurera seul le pouvoir, en maître absolu jusqu’en septembre mille neuf cent soixante-huit.

Je ne renâclais pas aux différentes besognes qui m’étaient imposées, étant d’un naturel docile et serviable. Mon père, de toute façon, m’inspirait de la terreur et l’idée de me rebeller ne m’effleurait même pas l’esprit. Je me souviens particulièrement d’un hiver froid et rigoureux, où les loups affamés dévoraient les moutons dans la montagne, quand ils ne s’attaquaient pas aux jeunes bergers ou bergères que nous étions. C’était en hiver mille neuf cent cinquante-trois, ce matin-là, mon père me dit sur un ton péremptoire :

– Dépêche-toi de conduire les bêtes là-haut et surtout ramène-les toutes vivantes, sinon… !

Il ne continua pas sa phrase, car il savait que le village déplorait déjà deux disparitions de jeunes enfants, sans compter les brebis éventrées dont les loups se nourrissaient avec avidité. Ma mère le regarda d’un air incrédule mais n’osa rien dire. Elle se contenta d’ajouter :

– Héléninha, n’oublie pas ton bâton, couvre-toi bien et surtout rentre avant la nuit !

Elle me donna un rapide baiser sous le regard courroucé de mon père, qui quitta la pièce sans me jeter un regard.

Maman, les yeux embués de larmes, me regarda partir, mon petit frère Manuel âgé de deux ans, accroché à sa jupe, pendant que je sortais les moutons de leur enclos. J’arpentai le sentier qui menait au pâturage, la peur au ventre, ma maigre pitance d’une main et mon bâton de l’autre. Au fur et à mesure que j’avançais, une angoisse sourde m’oppressait et me tenaillait. Je sentais mon être tout entier m’abandonner quand une voix salvatrice m’interpella :

– Héléninha, où vas-tu de si bonne heure ?

Je n’eus même pas le temps de répondre, que Frédérico, un ami de mon père, s’empressa d’ajouter :

– Ne me dis pas, que Manuel t’a demandé de conduire tes bêtes dans la montagne avec ce qui se passe en ce moment !

Un pauvre sourire timide et de grands yeux apeurés lui firent comprendre qu’il avait malheureusement vu juste.

– Ne t’inquiète pas fillette, je vais aller lui parler et il faudra bien qu’il m’écoute ! Tu ne resteras pas longtemps là-haut, foi de Frédérico !

Je me sentis ragaillardie après ces propos rassurants et mes pas devinrent plus alertes. La journée se passa sans que l’ombre de mon bienfaiteur vienne interrompre ce qui commençait à devenir un cauchemar, à mesure que le soleil déclinait. Je n’avais qu’une envie, prendre mes jambes à mon cou, mais l’image de mon père, furieux, m’en empêchait. D’un geste de la main, je chassai ces idées noires de ma pensée et commençai à ramasser des brindilles, quand tout à coup, j’entendis des craquements derrière moi et vis un de mes moutons, couché sur le flanc, aux prises avec un loup qui ressemblait à s’y méprendre au chien de Frédérico. Prise d’une pulsion irraisonnée, je me mis à courir en faisant tournoyer mon bâton au-dessus de ma tête tout en criant de toutes mes forces. La bête se retourna, surprise, et s’enfuit en laissant derrière elle sa pauvre victime, exsangue. C’est à ce moment qu’apparut Frédérico, accompagné de plusieurs hommes du village, armés de fourches et de faux. Ils comprirent qu’ils étaient arrivés trop tard mais leur seule présence me réconforta. Je pris délicatement l’agneau à demi éventré dans mes bras, avec l’espoir un peu fou, qu’avec la chaleur de mon corps je puisse le ramener à la vie. Le reste du troupeau rentra dans la bergerie sans encombre, pendant que mes accompagnateurs furent invités à boire un verre de porto. Je poussai la porte de la maison, doucement, sans attirer l’attention sur moi avec l’agneau blotti dans mes bras, quand la voix tonitruante de mon père me fit sursauter :

– On ne peut vraiment pas te faire confiance, tu n’es bonne à rien !

Il se leva d’un bond et ôta sa ceinture pour me frapper, car j’avais failli à ma tâche en ne ramenant pas tous les moutons sains et saufs à la maison. Cependant, Frédérico qui avait observé toute la scène s’interposa entre mon père et moi en plaidant en ma faveur :

– Manuel, ta fille, malgré son jeune âge, a fait preuve de beaucoup de courage en chassant le loup et en rapportant le mouton dont Amàlia pourra cuisiner les restes.

Les autres hommes présents acquiescèrent et mon père n’eut pas, d’autre choix, que d’abandonner la punition qu’il me réservait. La soirée se passa ainsi, à parler de loups et de vie plus difficile à cause des prédateurs qui n’hésitaient pas à venir se nourrir, jusqu’aux portes de nos maisons. Cette atmosphère chaleureuse me fit presque oublier la terrible journée que je venais de vivre. Je me mis à aider ma mère à la préparation du dîner. Puis nos hôtes s’en allèrent et Frédérico me gratifia d’un grand sourire, avant de quitter notre maison, ce qui eut le don d’exacerber la colère de mon père.

– Héléninha, demain tu retourneras garder les moutons et tu te dispenseras de raconter ta vie à tout le village !

Chapitre 2

Après cet incident, la vie reprit son cours avec son lot quotidien de joies et de pleurs. Les loups avaient déserté notre région, suite aux nombreuses battues, organisées dans le village. Cette année-là ma mère donna naissance à mon petit frère Joaquim, un beau bébé joufflu, qui accapara toute son attention. J’eus donc l’autorisation d’aller au marché avec mon père, vendre les œufs, le lait de chèvre et notre fromage dont tout le monde vantait les mérites dans le village. Comme à l’accoutumée, mon père conduisit quelques moutons pour les vendre sur la place aux bestiaux. Il faisait chaud en ce début de printemps et la route me parut longue, avec les trois kilomètres que nous avions à parcourir jusqu’au marché.

La nature s’éveillait aux premiers frémissements de ce mois d’avril et malgré le lourd silence de mon père, j’étais heureuse à l’idée de retrouver mon amie d’enfance : Maria. Ses parents vivaient dans le village et étaient de petits paysans qui venaient, eux aussi, vendre les produits de leur labeur. Ils nous prêtaient souvent main forte lorsqu’il y avait du travail dans les champs et mon père les appréciait beaucoup.

L’entraide était monnaie courante dans notre milieu où tout le monde se connaissait. A ma plus grande joie, je me retrouvais à côté de ma meilleure amie à haranguer la foule, en espérant rapporter des escudos à la maison. Quant à mon père, il était parti sur une autre place pour essayer d’offrir ses bêtes au plus offrant, tout en demandant à la mère de Maria de veiller sur moi.

Je pris mon rôle très au sérieux et, malgré mon jeune âge, je réussis à convaincre les acheteurs de me faire confiance. Sous l’œil aiguisé de ma voisine, j’appris vite à calculer et à rendre la monnaie étant, aux dires de ma mère, douée pour les chiffres. La foule était nombreuse ce matin-là et je n’eus pas beaucoup de temps à consacrer à Maria, mais nos sourires complices et sa seule présence suffirent à me rendre heureuse. Le prêtre de la paroisse, étonné de me voir là, m’adressa la parole :

– Ton père est-il là ? J’aurais besoin de lui parler ma petite Héléninha !

– Non, Mon Père, il est sur la place de l’église.

– Merci, ma fille, à dimanche à l’église !

Il s’en alla comme il était venu, sa chevelure en bataille, ce qui nous fit beaucoup rire, Maria et moi. Il était presque midi quand j’eus l’agréable surprise de voir Frédérico devant mon étal.

– Alors ma jolie Ninha, tu as quitté tes moutons et ton bâton de bergère pour venir au village ?

J’acquiesçai d’un signe de tête et avant même que j’ouvre la bouche, il m’acheta toutes les denrées que je devais vendre avant l’arrivée de mon père. Comme si cela ne suffisait pas à mon bonheur, il revint deux minutes plus tard avec un bonbon en sucre d’orge que je partageai aussitôt avec mon amie. Jamais la vie ne m’avait paru aussi douce que ce jour-là, même le visage taciturne de mon père me laissa indifférente et, sur le chemin du retour, je cueillis à la hâte des fleurs pour les offrir à ma mère. Elle fut soulagée de constater que tout s’était bien passé. Elle m’embrassa sur la joue pour me féliciter et pour me remercier de mon attention à son égard. Mon père interrompit brutalement ce moment d’intimité entre nous d’eux, en m’annonçant que j’irai à l’école à la mi-septembre comme le lui avait conseillé le Père Enrique ce matin, au marché. J’étais tellement heureuse à l’idée d’apprendre, ce qui représentait pour moi l’Inaccessible, et de jouer avec des enfants de mon âge que je remerciai aussitôt mon père dans un léger murmure.

– Ne me dis pas merci car, si le prêtre n’avait pas insisté tu n’y serais pas allée ! De toute façon, tu auras ton travail à faire avant et après la classe, nous ne pouvons pas nous permettre de nourrir une fainéante chez-nous ! Ajouta-t-il.

Sur ces bonnes paroles, il m’intima l’ordre de sortir sans autre explication. Je courus me réfugier auprès de mes moutons et là, laissai libre cours à ma peine en pleurant toutes les larmes de mon corps et en suppliant Saint Antoine, le plus gentil des saints, d’exaucer ma prière.

– Mon bon Saint Antoine, faites que papa ne revienne pas sur sa décision ! Je vous promets de bien travailler à l’école, vous serez fier de votre petite Ninha !

Chapitre 3

Durant le printemps et l’été, nous eûmes beaucoup de travail dans les champs. Je vis souvent Frédérico, mon amie Maria et ses parents qui vinrent nous aider pour les tâches les plus pénibles ou les plus urgentes.

Joaquim grandissait et dormait de moins en moins. Quand le temps me le permettait, je lui chantais des ritournelles ou le berçais tout en lui parlant doucement. Il me regardait avec ses beaux yeux verts, semblant comprendre ce que j’essayais de lui dire avec mes mots d’enfant.

Notre maison était très petite. Elle était composée de la chambre des parents et de la pièce principale où je dormais, avec Manuel, dans le même lit. Elle faisait aussi office de cuisine mais sans eau ni électricité. Nous nous éclairions avec des lampes à pétrole et nous allions chercher de l’eau dans notre puits. Certaines maisons du village étaient plus grandes que la nôtre avec une pièce de plus et, comble du luxe, avec du parquet au sol, alors que nos pieds ne rencontraient chaque jour que le froid mordant du béton.

Je me souviendrai toujours de ce lundi de Pentecôte où je dus rester à la maison garder mon frère Joaquim, pendant que mes parents se rendaient à l’église avec Manuel. Il n’arrêta pas de pleurer et pourtant, j’avais tout essayé ! Je l’avais changé, pris dans mes bras, dorloté, j’avais joué avec lui et même mis un peu de beurre sur son pouce dans l’espoir qu’il s’endorme mais, en vain !

De guerre lasse, je le remis dans son lit en commençant par le bercer doucement, puis de plus en plus vite au fur et à mesure que ses pleurs augmentaient. Même mes berceuses ne le calmaient pas je ne savais plus quoi faire ! quoi faire ! Je me mis alors à pleurer de désespoir tout en secouant énergiquement le berceau, ce qui eut pour conséquence de faire tomber lourdement mon frère sur le sol. A ce moment précis, ses cris redoublèrent d’intensité. Je le relevai promptement, m’assurai qu’il ne perdait pas de sang et, soulagée, le remis dans son lit. Cependant, mon calvaire continua car Joaquim se tordait de douleur et j’assistais, impuissante, à sa souffrance.

J’eus envie d’aller chercher de l’aide dans les environs, mais nous habitions loin de toute habitation et je ne devais quitter mon frère sous aucun prétexte, sous peine d’être punie.

Mes parents et mon frère arrivèrent seulement une heure après, alors que toute la maison résonnait des cris stridents de Joaquim.

– Que se passe-t-il ici ? Bougonna mon père.

Je rougis en baissant la tête.

– Pourquoi pleure-t-il ? Héléninha et depuis quand ? Ajouta ma mère très inquiète.

Je bredouillai quelques vagues explications, pendant que mon frère Manuel ne me quittait pas du regard. Maman examina Joaquim sous toutes les coutures et compris, aussitôt, la gravité de la situation. Elle supplia mon père d’atteler notre âne pour emmener, immédiatement, mon petit frère chez le médecin. Les pourparlers furent longs et, au bout d’une demi-heure, mon père sortit de la maison en m’apostrophant :

– Tu accompagneras ta mère et tu expliqueras au docteur ce qui s’est passé !

Puis, il aida ma mère à monter dans la carriole et me confia mon petit frère qui s’était endormi d’épuisement. La route me parut interminable. Je tremblais de froid, malgré le soleil ardent de ce début d’après-midi. Par chance, le médecin était chez lui. Il examina aussitôt Joaquim tout en me questionnant.

– As-tu porté ton petit frère, Héléninha ? Réponds, s’il te plaît, j’ai besoin de savoir !

Et dans un murmure à peine audible, je me mis à tout lui raconter. A la fin de mon récit, le docteur ajouta :

– Votre fils a très certainement les deux jambes fracturées.

Il me pria d’attendre dans la salle d’attente. Je ne sais pas comment se termina l’entretien mais, une chose est sûre, ce bon docteur avait certainement plaidé en ma faveur car, de retour à la maison, mon père me priva seulement de manger et ne m’adressa aucun reproche. Joaquim se rétablit assez vite et, depuis ce malheureux évènement, je redoublais d’attention à l’égard de mes deux frères, oubliant presque que j’étais encore moi-même une petite fille.

L’été se termina sous une chaleur écrasante, rythmé par le ramassage du foin et le battage du blé en prévision de l’hiver. Toutes les bonnes volontés étaient mises à contribution. Les hommes, munis de fléaux, battaient les épis de blé pendant que les enfants ramassaient les céréales tombées sur le sol, accompagnés par les cris stridents des cigales.

J’aimais ces instants magiques car je pouvais jouer, en début d’après-midi, avec mes petits camarades dans les champs, laissant libre cours à mon imagination. Les hommes se reposaient sous l’ombre des arbres rêvant, peut-être, à un avenir meilleur. Les femmes, quant à elles, s’acquittaient des tâches ménagères avant de pouvoir profiter d’une courte sieste réparatrice.

Frédérico m’observait souvent à la dérobée et semblait s’amuser de mes enfantillages. Il était le seul adulte à s’intéresser aux enfants, à prendre part à leurs jeux et à rire aux éclats avec eux, au grand étonnement des grandes personnes. La solitude devait sans doute lui peser énormément et nous lui apportions un peu de fraîcheur dans sa vie quotidienne. Il vivait seul, à deux kilomètres de chez nous, et offrait souvent ses services aux paysans de la région.

Chapitre 4

Septembre arriva en même temps que je me préparai psychologiquement pour ma première rentrée scolaire. Ce matin-là, je me réveillai encore plus tôt que d’habitude, tout excitée à l’idée d’aller à l’école. Je ravivai aussitôt le feu avant de prendre mon petit déjeuner et questionnai ma mère une fois toutes mes tâches accomplies.

– Maman, tu crois que je serai intelligente en allant à l’école ?

– Petite sotte, tu apprendras surtout à lire, à écrire et à compter ! S’esclaffa-t-elle en me caressant les cheveux d’un geste tendre.

Je me blottis dans ses bras et l’embrassai sur les deux joues.

– Héléninha, voilà ton repas pour ce midi ! S’empressa d’ajouter ma mère tout en se dégageant rapidement de mon étreinte car mon père venait d’entrer en poussant violemment la porte.

Il n’eut pas un regard pour moi et se mit à crier :

– Amàlia, ce satané renard a encore tué une de nos meilleures pondeuses ! A cette allure, nous n’aurons plus d’œufs à vendre au marché !

Puis il fit volte-face et m’apostropha avec sa brutalité habituelle :

– Et toi fainéante, tu préfères aller à l’école plutôt que de nous aider à la ferme ! File avant que je ne revienne sur ma décision !

Je sortis rapidement sous l’air consterné de ma mère. Toute ma bonne humeur s’était envolée devant tant de bienveillance et je dus faire, comme d’habitude, contre mauvaise fortune bon cœur. J’avais trois kilomètres à faire à pied tous les matins pour aller à l’école. Notre maîtresse, madame Pirès, était une petite femme imposante, entre deux âges, qui nous inspirait confiance. Étant née dans le village, elle connaissait notre situation familiale à tous et désirait à tout prix nous faire partager son savoir. Le jour de la rentrée, elle nous souhaita la bienvenue avec un large sourire, ce qui me fit oublier l’incident du matin.

Nous étions une classe unique, d’une trentaine d’élèves, toutes âgées de neuf à douze ans. Les grandes prenaient en charge les plus petites ou aidaient la maîtresse à nettoyer la classe. L’ambiance était familiale tout en étant studieuse. Le midi, beaucoup d’enfants mangeaient à l’école et réchauffaient, si besoin, leur repas sur le poêle de la classe, pendant que d’autres rentraient manger chez eux. Pour déjeuner, maman me préparait très souvent un morceau de chorizo avec du saindoux sur un quignon et un peu de paprika dans un panier en osier. A...

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