Une aube nouvelle s'annonce

De
Ouvrage des Editions Salamata coédité par NENA.

En ce jour de dimanche, les côtiers avaient pris la pleine mesure de l'importance des enjeux électoraux présidentiels. La jeunesse en âge de voter, cette fois-ci s'était décidée à prendre en main son avenir.

Dans l'ensemble du territoire côtier, les longues files d'hommes d'un côté et de l'autre des femmes attendaient patiemment avec discipline inaccoutumée en pareilles circonstances l'ouverture des bureaux de vote qui eut lieu à 8 heures précises. Dès 18h30 les décomptes des voix laissaient apparaître un ballottage entre le vieux et l'actuel Président de la République, ce qui se confirma lors de la publication des résultats définitifs par la Cour Suprême. Pour la première fois au grand étonnement du pouvoir en place, un Président de la République venait d'être mis en ballottage par un adversaire politique, leader d'un parti d'opposition.
Publié le : samedi 19 septembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782370150783
Nombre de pages : 151
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Extrait
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En ce dimanche matin, le Chef de l’Etat Bougouma Fall venait de quitter l’un de ses salons situés au 1er étage de l’immeuble surnommé : « Château du Prince ».
La porte-fenêtre s’ouvrait sur un grand verger, propriété provisoire de tous les mandataires élus du peuple de Côte Noire pour diriger ce pays. L’appellation, plus tard raccourcie, devenue simplement le Château, n’avait pas usurpé cette dénomination. Le bâtiment, construit en région éloignée de la capitale par les colonisateurs français, prenait l’allure d’un château sans en être un.

Grâce à des travaux d’aménagement et de technique achevée, un fils de France, ingénieur des Ponts et Chaussées, avait créé une lagune artificielle, traversant en largeur le jardin. Les anciens locataires, investis de la mission dite civilisatrice de cette première colonie d’Afrique, occupaient les lieux à tour de rôle. Dés que l’un d eux cessait fonction, le suivant le remplaçait. Les uns et les autres, chacun à sa manière rénovait, retouchait, réaménageait. Ils avaient fait de l’endroit béni un Eden, paradis terrestre où l’Autorité suprême de la colonie passait les week-ends, loin des bruits et tracasseries de la capitale. Ce repos hebdomadaire des anciens Présidents au Château devint nécessité. Bougouma l’inséra dans son agenda.

Le maître des lieux avait emprunté une porte dérobée, descendit un escalier pour se retrouver de plain-pied au cœur de son verger. Un livre à la main, « Les Misérables » de Victor Hugo, dont il n’arrivait plus à poursuivre la lecture, angoissé par des questions, auxquelles aucune réponse ne donnait satisfaction. L’homme continuait à marcher. Il pensait à ses propres scores électoraux, ceux de son parti qui régressaient à « vue d’œil », d’une présidentielle à l’autre, d’une législature à l’autre. Des explications fournies par ses proches politologues, anciens dignitaires de son régime ne pouvaient le convaincre. Jusqu’à présent son parti élu sortait vainqueur des joutes électorales, mais avec des scores électoraux de plus en plus réduits. Que faire? se demanda le Président. Il eut l’impression d’être le seul à vouloir trouver une bonne réponse.
Bougouma tentait de récapituler ses différents pourcentages des scores électoraux passés de 82 % à 69 % lors des premières élections présidentielles et législatives et de 68 % et 65 % lors des toutes dernières élections. Pour la première fois, il entrevit l’image probable d’une prochaine défaite, image rejetée aussitôt. Il pensa à ses véritables adversaires politiques du moment.

Toujours le livre à la main, il continua sa promenade, satisfait du travail accompli dans ce milieu privilégié par le Tout-Puissant. Dame nature avec générosité avait rendu le site naturellement fertile. Y poussaient en rangées géométriquement opposées les meilleurs spécimens des arbres fruitiers du pays. Un agronome français de grand renom avait pu acclimater dans des serres quelques plantes venues d’Europe : poiriers, pommiers, pêchers et cerisiers. Bougouma revint à ses premières pensées. Il constata que ses adversaires politiques n’ont pas encore son charisme. Plus d’une fois, en dehors de toute campagne électorale, ses fameuses inaugurations d’ouvrage d’utilité publique, se déroulaient dans une ambiance de fête où le folklore, les propos dithyrambiques à l’adresse du Président, y compris la danse, l’émotion, les larmes de joie s’emmêlaient. Mieux, durant ces périodes fastes, l’annonce d’un nouveau-né, homonyme du Chef de l’Etat qui devenait aussitôt le parrain n’était pas rare. Sa popularité demeurait au zénith. Quant à ses meetings politiques, ce fut encore le « rush ». Les porteurs de voix, célèbres personnalités maraboutiques, chefs religieux et grands khalifes avaient toujours donné des consignes de vote en sa faveur, consignes d’ailleurs, généralement bien suivies
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