Une étoile en dérive

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Aux alentours des années soixante, des paquebots déversaient un flot d'Antillais sur les ports de France. On pouvait dire d'eux qu'ils s'exilaient car leur billet était remboursable, le plus souvent, à un organisme compatissant. Munis d'une farouche fierté, d'un certificat d'études, ou simplement de la grande volonté et du courage de vouloir obtenir le « Meilleur », ils déboulaient vers les administrations de la Mère Patrie. Ils trouvaient là une bonne planque contre la peur des vexations multiples, un passeport pour la sécurité de l'avenir : deux à trois mois de congés payés et une retraite avancée dans les îles. Réussite assurée dans cet Eldorado.


Nella n'est donc pas une exception. Elle s'exile par la seule volonté de Man-titine sa mère, meurtrie par la trop nette propension d'un époux passé maître dans l'art de la séduction depuis une certaine réussite sociale, à vouloir confondre vanité et Amour. Man-titine veut pour sa fille ce meilleur-là. Mais Nella n'a pas « la corde » administrative. Trahie par une cousine, ne se défiant de rien dans une capitale française pleine d'embûches, l'îlienne affrontera, en vraie battante, la dérive de sa destinée. Elle s'accrochera à son « Etoile » qui elle le sait, elle le croit, est faite pour briller dans le firmament selon la loi de la création.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782844507286
Nombre de pages : 208
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I
ToUt là-baS SUr le fond de l’océan, entre ciel et immenSité moUvante, Une maSSe lUmineUSe Se déroUle, SanS tamboUr ni trompette, tel Un tapiS jaUne éclaboUSSé d’étincelleS viveS argentéeS, verS la terre encore toUte chargée de la loUrdeUr de la nUit. L’AStre dU joUr aprèS S’être caché poUr mieUx dévoiler la nUdité de la lUne S’apprête, vraie épée de DamoclèS, à Se SUSpendre Une pleine joUrnée SUr la tête de la popUlace terrienne. Il n’en eSt paS à Sa première fantaiSie SUr la planète. En baS, on eSt habitUé à SeS SaUteS d’hUmeUr. On S’y accommode bon gré, mal gré. Cependant, depUiS qUelqUeS joUrS il en prend à Son aiSe, on Sent monter comme Une SoUrde incertitUde danS le choix d’Un maUvaiS coUp. La menace de SeS rayonS bien affûtéS ne baiSSe paS en intenSité. Loin S’en faUt ! TroUve-t-il qUe toUt en baS, on ne lUi montre paS aSSez de gratitUde ? QUe toUt en baS, on déambUle indifférent voire blaSé, comme Si Son aSSidUité à diSpen-Ser Sa lUmière bienveillante était choSe natUrelle ?
Allez Savoir le fond de Sa réflexion, la réalité de SeS intentionS. Ce qUe l’on preSSent, c’eSt qU’il va faire deS SienneS. Il deScendra abrUpt comme l’aigle plonge SUr Sa proie, en l’occUrrence, le crâne de ceS lillipUtienS, profi-teUrS de SeS largeSSeS. EgoïSteS, ilS ne Se préoccUpent point de SeS étatS d’âme. DU moment qU’il Se lève et réchaUffe la moindre parcelle, ilS Sont contentS. MaiS peUt-être qUe cette tâche qUotidienne, briller et chaUffer la terre lUi devient inSUpportable. PoUrqUoi ne Se révol-terait-il paS ? Ne ferait-il paS la grève ? une joUrnée de
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grève de Soleil, poUrqUoi paS ? C’eSt Une pratiqUe trèS à la mode SUr terre. — Le Soleil aUjoUrd’hUi SoUrit de toUteS SeS lèvreS, diront certainS inSenSéS. — MaiS non, le Soleil n’eSt paS comme à l’accoUtU-mée, dira Un aUtre. Ce qUi eSt Sûr, c’eSt qU’il ne laiSSe perSonne indiffé-rent. PartoUt, on S’accroche aUx SoUvenirS, examine leS direS deS ancienS avec force conviction : — Il fait trop chaUd à cette époqUe de l’année… c’eSt maUvaiS ça. — Le tempS eSt bizarre, ça noUS ramènera Un SéiSme... — ParlonS paS de malheUr... tU te SoUvienS de l’an-née dix-neUf cent..., il avait fait Un tempS Semblable et patatra... Une Semaine... même paS et noUS avonS eU Un cyclone. QUelqU’Un alla jUSqU’à dire, S’appUyant SUr Une pré-diction annoncée par Une Sainte qUi Serait morte en laiS-Sant Sa confeSSion aU Vatican, qU’Une île commençant par la lettre M allait diSparaître. Le pape était aU coUrant. Il avait miS le nom de l’île SoUS Scellé. De là à faire Un rapprochement avec le M de MartiniqUe, il n’y avait qU’Un paS. — un tel, il faUt toUjoUrS qUe tU en rajoUteS. — N’empêche, aS-tU remarqUé la coUleUr de la mon-tagne dU VaUclin ? On noUS dit qU’elle eSt éteinte, maiS qUi eSt entré dedanS poUr avancer cela ? La natUre peUt changer... Bref… Une choSe était préviSible, le Soleil avec oU SanS prédiction bombardera la terre dèS potron-minet. A cela, nUl ne poUvait conteSter la réalité de dépendance deS îleS. Et il SavoUrera Sa vengeance en poUSSant toUt le
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monde danS SeS dernierS retranchementS ; marionnetteS déSarticUléeS priSeS aU piège de Sa foUrnaiSe. PlUS de jambeS molleS à traîner, plUS de plaiSir à gambader, plUS de déSinvoltUre SoUS le ciel SanS nUageS, plUS de piqUe-niqUe campagnard. L’herbe en l’eSpace d’Une coUrte joUrnée avait déjà viré Sa teinte. BarbecUe aU fond dU jar-din, perSonne n’y penSait. PorteS et voletS reSteront cloS. En de rareS endroitS, de petiteS maSSeS d’ombre rafraîchieS par la brUme fUgitive dU matin, roSée évapo-rée dèS la première heUre, donnaient encore l’impreSSion faUSSe d’Une bienveillante qUiétUde. CeS havreS qUelqUe peU réconfortantS étaient priS d’aSSaUt par leS animaUx de toUS poilS. un chien langUe pendante montrait leS crocS Si on tentait de le déloger de l’étroite place où il tentait de reprendre SoUffle, Un carré SoUS le feUillage d’Une modeSte plante reScapée danS le fond dU jardin. Il voUlait profiter SeUl de cette aUbaine. ToUteS leS beStioleS qUi réSiStaient à la deStrUction SaUvage de la natUre par leS hommeS, devenaient féroceS, intraitableS à défendre leUr petit qUartier de fraîcheUr. — QUelS idiotS, fainéantS et égoïSteS ceS proprié-taireS, devaient-ilS penSer. Eh oUi ! CeS dernierS S’évertUent à acheter dU terrain danS le SeUl bUt de défricher, coUper, abattre arbUSteS et arbreS parfoiS millénaireS poUr Semer béton et gazon. Pri-vant ainSi deS millionS d’eSpèceS, inviSibleS à leUrS yeUx, conditionnéS à la denSité de l’hUmidité deS SoUS-boiS, dU droit de vivre, dU droit à la liberté d’aller et venir à leUr aiSe SUr Une terre créée poUr le bien de l’hUmanité entière. La maUvaiSe hUmeUr Se développait et prenait ainSi poSSeSSion de toUt ce qUi boUgeait, lentement maiS Sûre-ment. DanS l’intimité deS foyerS, on S’énervait poUr Une peccadille, on tranSpirait trop, beaUcoUp trop dèS leS pre-
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mièreS lUeUrS dU joUr. On S’agaçait, la diSpUte facilement S’inStallait là où jadiS le compromiS était monnaie coU-rante. La tradition dU reSpect familial Se perdait. PoUr la planète terre, la zizanie avait été planifiée par l’intoU-chable toUrneSol céleSte. On n’était paS loin de l’éclate-ment toUt azimUt de la joyeUSe harmonie de la création.
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DeboUt SoUS la véranda, l’œil abSent, Nella regardait venir de l’horizon cette groSSe boUle Scintillante qUi Se déployait par vagUe montante de chaleUr, envenimant SUbrepticement l’environnement. Combien de foiS avait-elle eSpéré contempler cette miSe en Scène dU petit matin ? CeS inStantS en rêverieS chimériqUeS étaient loin danS le tempS, qUand fébrile, mal réveillée, elle coUrait le pavé pariSien poUr Se rendre à Son boUlot. C’était le StimUlant à déclencher danS Son eSprit, l’encoUragement à la beSogne. DepUiS troiS anS, elle avait meSUré Sa Soli-tUde et n’aSpirait plUS qU’à rejoindre Sa terre natale. Créer Son petit coin bien à elle. Elle avait économiSé poUr cela, et aUSSi poUr fermer Une parenthèSe SUr l’échec d’Une vie non porteUSe de finalité conStrUctive. — Bientôt, ah ! OUi je vaiS poUvoir, moi aUSSi, pro-fiter dU Soleil en penSant à toUS ceS genS avec leUr drôle d’air StUpide, Se démenant SoUS la griSaille, affrontant leS frimaS, piedS geléS poUr Se rendre aU travail. Elle Se voyait bien leS SienS en éventail. DoUce image qUi lUi arrachait deS SoUrireS d’imbécile heUreUx.
AUjoUrd’hUi elle voUdrait poSSéder le poUvoir de ce Soleil. Comme elle allait, faUte de poUvoir tordre le coU
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à ceUx qUi lUi mettaient le bâton danS leS roUeS, lUi cher-chant deS poUx danS SeS cheveUx qUi déSormaiS emma-gaSinant toUt Un taS de StreSS, perdaient de leUr joli éclat, comme elle allait leUr ternir avec bonheUr leUr horizon. — TienS, je mettraiS bien le feU Un peU partoUt. Elle perdait conScience dU fait de Sa préSence danS la foUrnaiSe. Elle avait l’hUmeUr belliqUeUSe ce joUr. La rage lUi montait à la gorge, démUnie qU’elle était devant leS difficUltéS qUi dégringolaient SUr SeS épaUleS. si SeU-lement elle n’était paS SeUle poUr régler SeS déboireS. MaiS elle avait choiSi. Elle avait troUvé ce noUveaU che-val de bataille, elle devait poUvoir y parvenir, elle était aUSSi têtUe qUe leS aUtreS. Elle était chez elle aprèS toUt. Elle n’avait cependant paS dormi de la nUit, S’était toUrnée et retoUrnée danS Son lit à la recherche, l’eSpace d’Un moment, de la poSition qUi devait lUi apporter le calme, prémiSSe d’Un Sommeil qUi foUrnirait le recUl néceSSaire poUr mieUx raiSonner, et faire face aUx embê-tementS préSentS et à venir. ToUtefoiS, avec détermina-tion, elle pUiSait, en jetant Un regard réaliSte danS Son paSSé, la motivation et la force d’aller jUSqU’aU boUt de Son projet d’inStallation, de garder l’eSpérance d’Une réUSSite méritée. — Ta vie n’a paS été trop dUre malgré toUt, le démar-rage ? CerteS, qUelqUe peU chaotiqUe maiS, remUe-toi et montre-noUS ce qUe tU SaiS faire ! Il y avait eU depUiS Son arrivée, deS nUitS de déSordre plUS intenSe. La déroUte n’était paS encore totale. Elle SoUrit à l’évocation dU mot déroUte, image de genS qUi coUrent danS toUS leS SenS, qUi errent danS l’incertitUde d’Un avenir. Ce n’était paS Son caS. Cependant, elle ne S’attendait paS à Un accUeil aUSSi réprobateUr de toUt ce qUi reSpirait danS Sa commUne. C’était à peine exagéré maiS laSSe de Se battre, c’était ainSi qU’elle voyait leS
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choSeS. PoUr Se décider à venir ici, elle avait qUelqUe peU enjolivé, rehaUSSé la mentalité îlienne, ayant gardé, mal-gré toUt, le SoUvenir d’Une enfance de bonne camarade-rie, de confiance danS leS membreS de la famille dU côté de Sa mère, toUt aU moinS. Elle voUlait Se refaire Une vie, en mettant leS kilomètreS entre l’EUrope et elle, maiS rien n’allait comme elle l’eSpérait. soUvent elle reStait aSSiSe danS Un floU total d’idéeS incohérenteS, oU bien allait et venait, joUant deS jambeS danS Sa chambre encombrée de paqUetS. Elle contemplait le déSaStre. Combien de foiS avait-elle maUdit cette StUpide déciSion d’avoir oUvert SeS valiSeS, d’y avoir plié SeS affaireS poUr rejoindre le paradiS ? ElleS étaient là à SeS piedS, toUjoUrS emballéeS, arrivéeS Une dizaine de joUrS aprèS Sa venUe. Elle avait déjà pU meSUrer l’étendUe de la SitUation, jamaiS SoUp-çonnée danS l’eUphorie dU changement. DanS cette mai-Son rêvée, diSpoSée aU mieUx danS Son imaginaire à PariS, elle vivait Un caUchemar maintenant…
Elle avait SUr place Un frère, FrançoiS qUi lUi avait demandé de venir habiter, le tempS deS travaUx, avec lUi et Sa famille. Nella en avait vraiment aSSez de vivre chez leS aUtreS. Et pUiS chez FrançoiS, trop de SoUvenirS col-laient à chaqUe poteaU, chaqUe recoin, chaqUe pièce même tranSformée. Il n’inSiSta paS, maiS il Sentait bien qU’elle n’était paS SatiSfaite. Elle dépériSSait à vUe d’œil. Trop fière, elle tenait bon et S’entêtait danS SeS réSolU-tionS. — La maiSon eSt abîmée maiS… elle Se répare…, avait dit FrançoiS. MaiS poUr Nella qUi avait qUelqUe peU oUblié leS nUanceS localeS, c’était Une rUine qU’il fallait abattre et reconStrUire. La mentalité n’avait paS évolUé danS le SenS poSitif. DeS qUerelleS dU paSSé tendaient à Se répercUter
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d’année en année, de génération en génération qUi voU-drait inStaUrer danS la commUne leS principeS de la ven-detta. Cependant, il leUr manqUait l’eSSentiel : le coUrage et le Sang corSe, la tenace rUdeSSe dU caractère crétoiS. Elle avait « fUi » la MartiniqUe, horS de portée d’Une vin-dicte dont elle ignorait l’origine, Son retoUr donnait Un regain de SoUffle à SeS perSécUteUrS.
Elle avait deS ennUiS avec laDDE, l’organiSme qUi délivrait leS permiS de conStrUire, le perSonnel S’accor-dait poUr lUi donner Une leçon, l’apprentiSSage Selon la méthode antillaiSe dU repectUeUx comportement à obSer-ver enverS ceS meSSieUrS et dameS reSponSableS dU bon fonctionnement dU Service pUblic, SUrtoUt qUand on débarqUe fraîchement de Métropole. MaiS cette intolé-rable mainmiSe SUr la direction deS affaireS commUnaleS ne poUvait S’arrêter là, danS le poUrriSSage de Son qUoti-dien. Non, le tempS faiSait la grimace… la plUie S’était déchaînée poUr arroSer le payS, Une aUtre manière de coUronner le déSaStre. — Normal, dira-t-on, ce Sont leS joieS et leS incon-vénientS deS îleS.
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Par leS troUS aU plafond, le délUge S’infiltrait SanS y être invité, finiSSant le Sabotage dU plancher qUi ne tenait bon qUe parce qUe l’on n’y marchait paS trop. Il fallait avant de S’y lancer, avoir jaUgé le danger, poSer par endroit précaUtionneUSement leS piedS SanS riSqUe de Se retroUver SUSpendU danS Une poSition peU avantageUSe, aU-deSSUS de la terre ferme, qUelqUeS mètreS plUS baS. PUiS le Soleil était revenU, joUant aU chat et à la SoUriS
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encore Une bonne Semaine. Ce dernier aUrait pU foUrnir Un certain baUme à Son cœUr, maiS il l’indiSpoSait. Il dar-dait SeS rayonS par leS fenteS agrandieS par le manqUe d’entretien. Par leS fenêtreS et leS porteS qU’elle oUvrait en grand poUr faire circUler l’air pUr et empêcher la poUr-ritUre à l’intérieUr, il ne contribUait qU’à faire reSSortir Une odeUr de SoUS-boiS en pUtréfaction. « QUelle galère ! Se répétait-elle. QUel merdier ! PoUrqUoi toUt cela n’arrive-t-il qU’à moi ? » Et la lUne avait priS le relaiS. Par leS fiSSUreS, elle mUltipliait SeS indiScrétionS, peUplant leS nUitS de Nella d’anicrocheS qUi aUraient fait fUir plUS d’Une. DanS leS zoneS d’obScUrité, leS beStioleS S’aventUraient à l’inté-rieUr de ceS pièceS délabréeS. un Soir, elle avait été tiré de Sa Somnolence avec l’étrange SenSation qUe qUelqUe choSe, Un animal SanS nUl doUte, rampait SUr Son drap. Elle ne boUgea d’abord qU’Un pied, plUS rien ne Se mani-feSta. MaiS Sa penSée faiSait le marathon. « un Serpent ! Se dit-elle, il y a Un Serpent SUr mon lit. » un Serpent qUi devenait Un python, qUi l’enroUlait à l’étoUffer. MaiS Un tel animal poSSède Un corpS long et doit peSer. Or, elle ne Sentait aUcUn poidS. Elle reprit confiance. Elle boUgea Son aUtre pied, elle détecta Un léger moUvement à la haUteUr de Son coU. D’Un geSte brUSqUe, elle envoya leS drapS en baS dU lit. AU bord de la criSe, elle braqUa Sa torche électriqUe. un énorme cra-paUd bUffle la contemplait de SeS yeUx rondS, faiSant treS-SaUter Sa gorge jaUne. Il reStait danS Son coin, malgré l’incitation de Nella à voUloir le faire dégUerpir. Il n’était paS qUeStion de cohabiter. Elle paSSait SeS nUitS à faire la chaSSe aUx importUnS, mUnie d’Un bâton de balai. Déri-Soire défenSe contre batracienS, lézardS et araignéeS en payS de connaiSSance. Avec Une dextérité SanS égale, ceS
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dernièreS lUi tendaient deS piègeS tranSparentS d’Un coin de mUr à Une aUtre place de la pièce, verS Une fenêtre oU ce qUi lUi Servait de commode. PoUr dépêtrer de SeS che-veUx le voile griS de leUrS chefS-d’œUvre, elle paSSait deS inStantS d’énervement à en devenir féroce. Gare à ceUx qU’elle attrapait. Elle poUrchaSSait, débUSqUait et faiSait regretter aUx aUdacieUx cette manière peU SympathiqUe de venir SqUatter Son bien. En habitUéS, ilS Savaient où troUver la cachette imprenable. EpUiSée, qUelqUefoiS, elle reStait deboUt SUr le lit, Son arme levée épiant la moindre préSence inSolite. Elle tUait SanS état d’âme toUS ceS malheUreUx qUi, comme elle, cherchaient aUSSi Un coin tranqUille poUr Se planqUer bien à l’abri dU concert de criS, de chUintementS et coaSSementS donné par toUteS SorteS de criqUetS, chevaUx de boiS, et oiSeaUx noctUrneS envahiSSantS. Elle ne poUvait Se décider à Se coUcher, craignant qUe leS plUS téméraireS ne viennent la rejoindre danS SeS coUvertUreS…
Elle avait de qUoi, et le tempS de meSUrer l’immen-Sité de Sa connerie. Car c’en était Une belle ! — QUe vient-elle proUver danS cette galère ? La nUit dernière, elle avait rUminé leS idéeS, leS SoU-venirS leS plUS fUneSteS… le petit joUr l’avait SUrpriSe, vidée. — MaiS comment faiSaient leS aUtreS ? CeUx qUi réUSSiSSaient leUr retoUr. RetoUr qUe l’on croit inévitable. — PoUrqUoi ? Elle avait vécU deS annéeS danS la Mère Patrie. — PoUrqUoi n’avoir paS priS ma retraite danS Un petit coin charmant de la France profonde ? Il y en a de Si beaUx.
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